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"Bon marché y coûte cher !"

Voici le communiqué de Jean-François Nativel, élu d'opposition au TCO et conseiller départemental, au sujet du conflit entre le TCO et les transporteurs.
Ecrit par zinfos974 – le vendredi 20 août 2021 à 13H54

Le secteur des transports scolaires dans l’ouest de l’île est secoué depuis une semaine par une grève, et j’apporte mon soutien à tous ceux qui se battent en ce moment pour conserver leurs acquis sociaux.

D’après les informations que j’ai pu obtenir auprès des grévistes qui m’avaient sollicité, ce conflit trouve son origine dans un changement de prestataire. Le principal groupement de transporteurs de l’Ouest, existant depuis 34 ans, a perdu le gros marché des transports scolaires suite à un nouvel appel d’offres, lancé par le Territoire de la Côte Ouest (TCO).

Les nouvelles conditions établies dans le cadre de ce marché par l’actuelle majorité au TCO/mairie de Saint-Paul interrogent, mais aussi inquiètent s’agissant de l’avenir et de la qualité de ce service public. En effet, auparavant la partie technique représentait 60 % et le prix 40 %, mais aujourd’hui c’est le prix qui a été fortement valorisé puisqu’il représente 70 % dans les critères d’attribution, et seulement 30 % pour la partie technique.

Du coup le lauréat, transporteur du Nord, n’a eu aucun mal puisqu’il a fait une offre 1,8 millions d’euros moins chère par an, soit 10,8 millions d’euros sur les six ans de la durée du contrat. Mais comment peut-on espérer conserver une offre de qualité pour nos enfants avec un prix aussi « cassé » ? Car il faut bien comprendre qu’une entreprise doit faire du profit, et que ce moindre coût nécessitera de grosses économies, qui se répercuteront sur la qualité de l’offre mais aussi sur les conditions de travail et les acquis sociaux des salariés.

Dans une telle situation, les chauffeurs de bus sont amenés à quitter l’ancien prestataire pour rejoindre le nouveau, et ils s’inquiètent fortement à juste titre des risques de se voir privés d’une rétribution convenable, du paiement juste des heures supplémentaires/week-end, de la conservation de l’ancienneté acquise dans le groupement, mais aussi de l’ensemble des conditions salariales obtenues par leurs syndicats, bien implantés et représentés chez l’ancien prestataire, et apparemment bien moins présents au sein du nouveau.

Aujourd’hui, ce sont bien les salariés qui expriment leur mécontentement et qui font grève, car ils ne souhaitent pas être les dindons de la farce sur lesquels vont se faire les économies drastiques nécessaires. Se posent d’ailleurs à ce niveau les conditions de réalisation, d’autant que si l’ancien prestataire possède un gros parc de bus dans l’ouest avec les chauffeurs, le nouveau, lui, n’aurait pas de bus disponibles d’après les syndicats, et serait en train de les commander. Au-delà de cette particularité, le comble dans cette histoire c’est que le TCO exige de l’ancien prestataire qu’il assure malgré tout le service avec ses chauffeurs jusqu’aux vacances d’octobre, moment de la prise de relais prévue.

Même si ces dispositions sont conformes à la loi, et qu’elles exposent le groupement à une forte amende journalière pour non-respect du contrat du fait de cette grève, on peut comprendre la colère actuelle des chauffeurs, qu’ils expriment à travers ce mouvement de protestation.

C’est d’ailleurs ce point essentiel qui fait actuellement l’objet d’une négociation, ainsi que bien évidemment les conditions de réemploi des chauffeurs par le nouveau prestataire.

Il n’en demeure pas moins qu’étant donné la situation on peut s’interroger sur les difficultés à venir et qui risque de rejaillir sur la qualité des transports et la pérennité de ce service indispensable pour tous les enfants de la Possession à St Leu en passant par Saint-Paul.

Précisons par ailleurs que dans le cadre du nouveau marché, l’âge maximum des bus pour y répondre est de 15 ans, contre 12 ans auparavant, ce qui dans notre contexte de routes sinueuses et de territoire vallonné, n’est pas sans questionner sur la sécurité offerte à nos enfants. Sans parler de certains critères qui n’auraient pas été respectés, ou encore des carences possibles évoquées au niveau du respect des normes Haute Qualité Environnementale (HQE), exigées dans le cadre de ce genre de marché.

En tant qu’élu d’opposition au TCO, je demande solennellement au président et à l’assemblée de cette instance de trouver urgemment une solution, en garantissant à l’ensemble des salariés des conditions de travail proches ou équivalentes de celles dont ils jouissaient auparavant. Par ailleurs, j’attire l’attention des élus et de la population sur le bon suivi dans le temps de ce marché, en espérant qu’ils ne finissent pas par donner raison à l’adage « bon marché y coûte cher ».

Il est surprenant de constater que la majorité politique en place, pourtant issue d’une mouvance très à gauche, construite sur la défense du peuple, des ouvriers, du prolétariat puisse inscrire sa politique dans une telle perspective de mise en péril des acquis sociaux.

Une bonne gestion dans le champ public ne consiste pas forcément à thésauriser, à faire des économies, mais bien à équilibrer les dépenses et les recettes, en offrant les meilleures prestations possibles.
 
Jean-François Nativel
Élu d’opposition au Territoire de la Côte Ouest (TCO)
Conseiller départemental 19e canton Saint-Paul

 

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