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Alamanda Polymers, laboratoire du succès de Willy Vayaboury aux Etats-Unis

Grâce à la mobilisation de sa famille à Saint-Pierre et le soutien financier de son associée américaine Joy Bowman, Willy Vayaboury s'est forgé au fil des années une solide réputation à Huntsville, Alabama, dans l'univers impitoyable de la recherche et de l'industrie pharmaceutique.
Ecrit par Thierry Lauret – le lundi 19 février 2024 à 07H49
Willy Vayaboury, président d'Alamanda Polymers.

Doctorat de chimie des biomolécules obtenu à l'université de Montpellier 2 en poche, Willy Vayaboury débarque en 2004 à Huntsville, dans le nord de l'Alabama (USA), pas encore très à l'aise en anglais mais bien déterminé à occuper l'emploi de post-doctorant pour lequel il a été recruté. Sa thèse sur la « polymérisation des NCA (N-carboxyanhydrides) » a tapé dans l'oeil du Pr. Carmen Scholz de l'Université d’Alabama à Huntsville.

« Depuis 1906, les gens essaient de contrôler la synthèse des polyacides aminés pour ses applications dans le domaine pharmaceutique, notamment pour augmenter l’efficacité des médicaments comme les anticancéreux ou l’ARN par exemple », expose le Saint-Pierrois, qui n'a plus quitté l'Alabama où il a cofondé en 2008 son propre laboratoire de recherche, Alamanda Polymers, avec le soutien de Joy Bowman, une ancienne étudiante devenue son associée.

Willy Vayaboury n'a pas inventé de formule chimique magique pour l'industrie pharmaceutique : son atout réside dans sa méthode de synthèse des polyacides aminés, qui sont utilisées comme enveloppe pour transporter les médicaments jusqu'à la cible qui leur est assignée. Un secret de fabrication qui lui permet de garantir à ses clients qualité et répétabilité . «  Les polyacides aminés ne déclenchent pas de réponse biologique, ils ne sont pas actifs. 70 % de mes clients utilisent cela comme vecteur de principe actif : ce sont des transporteurs de médicament qui lui permettent de circuler plus longtemps dans le corps, pour l’amener exactement dans l’organe qu'il faut », résume le chercheur.

Même si ses carnets de commande sont aujourd'hui bien remplis, Willy Vayaboury assure qu'il n'aurait jamais pu maintenir son entreprise en activité hors des Etats-Unis, et surtout sans l'aide de sa famille. « J’ai monté une compagnie dans un petit local où je suis encore présent, un local vide où il fallait tout refaire en vitesse parce que j'avais quitté l'université et que je n’étais plus payé. Au début, on perdait beaucoup d’argent, papa et maman ont fait des prêts, ils ont mis le terrain et la case en caution pour payer. J’ai monté l’entreprise avec une étudiante que je considère comme ma sœur adoptive, elle a mis toutes ses économies dedans, en plus du prêt familial », relate celui qui a fait partie des lauréats du prix Talents d'Outremer en fin d'année dernière.

Le laboratoire d'Alamanda Polymers n'étant pas dimensionné pour produire en qualité pharmaceutique pour les multinationales du secteur, Willy Vayaboury a choisi de rester spécialisé dans les produits de qualité dite de recherche, en s'épargnant ainsi d'investir « deux à trois millions de dollars » dans une usine qu'il aurait été illusoire d'espérer rentabiliser, dans un contexte de concurrence exacerbée.

L'appel du retour au péi

Les lois américaines protectionnistes qui incitent les entreprises du pays à se fournir localement ont fini de convaincre le président d'Alamanda Polymers de conserver son siège social en Alabama, même s'il envisage d'ouvrir une antenne consacrée à la recherche à Saint-Pierre, tout près de sa famille et de ses amis.

« Moi, j’ai toujours voulu rentrer à La Réunion, ça a toujours été mon but. Aujourd’hui, je suis suffisamment solide, la production va rester ici, c’est comme ça. 70 % de mon chiffre d’affaires est fait aux USA», fait-il valoir. Willy Vayaboury n'a pas oublié que lorsqu'il a postulé à un poste de maître de conférences à l'Université de La Réunion, son dossier n'a même pas été retenu pour les interviews finaux.

« Ce qu'il est possible de faire, c'est d’avoir une antenne à La Réunion pour faire de la recherche, pour faire son propre système de délivrance de médicaments. Ne pas juste vendre du produit chimique, mais une formulation sous forme de licence de brevet. Après, on fait produire ailleurs », confie celui qui occupe à peu près tous les postes de son entreprise, de la production à la gestion de la clientèle.

« Depuis deux ans j'embauche des étudiants, je forme des gens pour qu’ils fassent tourner la boîte et que je puisse rentrer à La Réunion. Je suis d'ailleurs ouvert à embaucher des étudiants réunionnais, s'ils veulent venir travailler dans l'Alabama », lance Willy Vayaboury, qui assure avoir des difficultés à trouver du personnel suffisamment qualifié sur place.

Etiquettes : Nanomédecine | Santé

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