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À La Réunion, 17 personnes sont mortes dans la rue en 2024

Ecrit par N.P. – le mercredi 5 novembre 2025 à 14H24

Derrière ce chiffre, des centaines d’hommes, de femmes et de familles vivent toujours sans solution d’hébergement. La Fondation pour le Logement appelle l’État, le Département et les communes à faire enfin du logement une priorité politique.

Dix-sept vies perdues dans l’indifférence. Dix-sept personnes mortes dans la rue en 2024 à La Réunion, selon les données de la Fondation pour le Logement. Ce bilan, minimaliste car de nombreux décès échappent encore aux statistiques, illustre le problème d’un système d’hébergement d’urgence saturé et inadapté. Près de 2.500 ménages n’ont pas pu être pris en charge par le 115, le numéro d’urgence sociale censé garantir un toit, même temporaire, à toute personne en détresse. Parmi eux, plus de 1.000 hommes seuls, 450 femmes isolées et un tiers de personnes âgées de plus de 50 ans.

« Je suis dans la rue, il faut que je change ma poche médicale. Le plus dur c’est ça. On dort sur les grands bancs ou bien dans les kiosques. À chaque fois qu’on téléphone au 115, on nous demande notre date de naissance. Ils savent très bien qu’à 65 ans, une personne n’est plus en capacité de se défendre. On est une proie », raconte Gérard, 65 ans, à la rue depuis deux ans. Son témoignage traduit l’usure et le désespoir d’une population invisible, ballottée entre démarches administratives, promesses non tenues et nuits sans abri.

Pour la Fondation, le constat est alarmant. « Dans nos accueils de jour, nous voyons des personnes en situation de lourd handicap, des personnes âgées, mais aussi de plus en plus de jeunes ou des familles avec plusieurs enfants en bas âge sans même une proposition d’hébergement d’urgence. Et pourtant, les constats sont connus, les solutions pour agir aussi. On ne voit toujours pas d’électrochoc pour faire du logement une priorité à La Réunion », alerte Matthieu Hoarau, directeur régional de la Fondation pour le Logement.

« C’est inacceptable »

L’association rappelle qu’en vertu du Code de l’action sociale et des familles, toute personne sans abri en détresse médicale, psychique ou sociale, a le droit à un hébergement d’urgence inconditionnel. Or, la réalité est tout autre : faute de moyens, les services instaurent des critères de priorisation qui reviennent à trier les précaires entre eux. « C’est inacceptable », tranche Matthieu Hoarau, qui appelle les pouvoirs publics à « cesser de jouer avec les principes fondamentaux du droit au logement ».

À La Réunion, les capacités actuelles sont loin de couvrir les besoins : environ 110 places d’hébergement à l’hôtel, 800 en structures spécialisées. La Fondation demande une mobilisation massive des bâtiments publics vacants, la création d’au moins 230 nouvelles places en Maisons Relais, autant en résidences sociales ou foyers pour jeunes travailleurs, ainsi qu’une relance de la production de logements très sociaux.

Ces mesures s’inscrivent dans la philosophie du “Logement d’Abord”, qui vise à garantir une solution pérenne avant tout accompagnement social. « Le logement d’urgence n’est pas une fin en soi, mais il doit rester une porte d’entrée vers la stabilité. Si l’on ne fait rien, on risque d’assister à de nouveaux drames humains et à de vives tensions sociales », prévient Matthieu Hoarau.

Alors que les inégalités explosent et que les prix du logement continuent de grimper, la Fondation appelle le préfet, le président du Conseil départemental et les maires à agir de concert pour « mettre à l’abri toutes les personnes à la rue ». L’enjeu dépasse les chiffres : il s’agit de dignité, de solidarité et d’un choix de société. « On est là, on attend… On attend quoi ? Je ne sais pas », confiait Gérard. À l’approche de la saison des pluies, cette question résonne comme un appel désespéré à la conscience collective.

Etiquettes : Logement | sans-abris

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