"A 21 ans, un tyran domestique en germe"

Les deux ex-conjoints se sont mis "en ménage" avec l’accord de leurs parents alors qu’ils n’avaient que 15 et 14 ans. Ces dernières années, Johnny a commis des infidélités qui ont séparé le couple. Pourtant alors qu’il fréquente une autre personne, Johnny veut absolument rencontrer le nouvel ami de Kiera. Les pressions exercées par Johnny commencent en avril dernier. Kiera est chez sa soeur. Cette dernière descend. Il l'a fait monter dans la voiture et exige qu’elle appelle sa soeur. Face à son refus, il lui cogne la tête contre la porte et lui tire les cheveux. L’épisode le plus inquiétant intervient quelques jours plus tard.
Johnny veut récupérer des papiers et parler pour s’excuser, arranger les choses mais revient rapidement sur la question du nouvel ami. Toujours dans la voiture, il réclame une rencontre et pour l’obliger à passer plus rapidement le coup de téléphone, asperge son ex-petite amie d'un bidon d’essence.
"Connu à Saint-Louis", prétend-il, et pour "pouvoir discuter plus tranquillement", ose-t-il encore se justifier, il amène Kiera au gouffre de l’Etang Salé en pleine nuit. Là-bas, il lui demande de regarder sa dernière demeure et les croix des personnes décédées tragiquement. Terrorisée, Kiera retourne avec lui durant un mois avant qu’il ne disparaisse à nouveau. Johnny a une nouvelle copine.
Durant son audition, Kiera explique également avoir été régulièrement mordue. "Un geste d’affection" , pensait-elle, mais qui s’est progressivement mué en violences quand les bleus et traces couvraient son corps. A la barre du tribunal, Johnny reconnait mordre ses compagnes "par plaisir" mais le geste renvoie, note la procureure, à une symbolique beaucoup moins reluisante en réalité.
Johnny présente un "profil inquiétant", le jeune homme se confondant constamment "dans ses mensonges", note l’avocate de la partie civile. Pour Me Aurélie Hoareau, la personnalité d’un pervers narcissique se dégage à la lecture du dossier, prenant le prétoire "pour des imbéciles", et la victime "pour sa chose". "Qui croira que vous l’avez emmenée au gouffre pour une promenade?", tance la robe noire, attachée à l’image d’un prévenu prédateur et d’une victime étant sa proie.
Si "le tribunal traite souvent de violences conjugales, il est rare de juger en comparution immédiate une jeune de 21 ans pour des faits de cette nature", pointe le parquet.
Johnny ne consomme pas d’alcool ni de stupéfiant, "le problème est lié à sa personnalité et c’est cela qui fait froid dans le dos. Il y a une forme de perversité dans les actes imposées et de manipulation dans ces déclarations", analyse la procureure. "A 21 ans, c’est un tyran domestique en germe", résume la représentante de la société qui requiert 2 ans de sursis probatoire et une obligation de soins notamment.
"Attention aux mots qu’on emploie", relativise le conseil de Johnny, Me Virginie Von Pine, qui tente de lui brosser un profil plus flatteur qu'un pervers narcissique en puissance. Son client a reconnu certains faits de violence et des témoignages ont indiqué qu’effectivement sa voiture tombe régulièrement en panne. "Le marteau sert ainsi à taper sur la batterie " et de surcroît il n'était pas menaçant, fait-elle valoir.
Pour sa première condamnation, Johnny écope de 18 mois de prison avec sursis probatoire. Il a l’obligation de se soigner, d’exercer une activité professionnelle, de réparer les dommages et l’interdiction d’entrer en contact, de paraître au domicile et sur le lieu de travail de son ex. Il devra également effectuer un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple et verser 1.500 euros de préjudice morale à la victime.
*prénoms d'emprunt


