Indignez-vous

Lors d’un séjour en métropole, j’ai souhaité vérifier le réel écart de prix entre deux supermarchés de même enseigne. L’un est à Paris, l’autre à Sainte-Suzanne.
J’ai donc acheté à Paris 19 produits dont 15 produits courants dits « de distributeur ». Pour vérifier « l’effet importateur », j’ai également acheté 4 articles de marque. L’addition était de 33,52 €.
A Sainte Suzanne, deux jours après, j’ai racheté les mêmes produits, à l’exception d’un shampoing qui n’était pas en rayon et des dosettes de café de marque d’un prix tellement prohibitif, (6,80 € au lieu de 3,49 €), que je ne l’ai pas acheté.
Je me suis livré à des petits exercices.
Le premier consiste à calculer la différence globale entre les mêmes produits achetés sur 2 lieux différents. Pour rendre « toute chose égale par ailleurs » j’ai naturellement retiré de la note parisienne le café et le shampoing. Elle est maintenant de 29,20€. Celle de Sainte Suzanne de 46, 39€ soit une différence globale de 59 %. Avec quelques « perles » : par exemple, 12 rouleaux de papier toilette de marque distributeur sont affichés à 2, 39 € à Paris et à 6,15€ à St Suzanne soit une majoration de 157 % !, un pot de miel de 500g toujours de marque distributeur est vendu à Paris 2,61€ et 5,14€ à la Réunion, soit 96 % d’écart. D’autres exemples dans cette liste de 17 produits sont excessivement plus chers à la Réunion.
Le deuxième exercice consiste à mesurer l’effet importateur. Le système des « cartes d’exclusivité » a pour conséquence de rajouter un intermédiaire entre le producteur et le consommateur. La petite étude porte sur 4 produits de marque dont je connais les prix pratiqués dans les deux magasins. Il s’agit: du lait, des biscuits bios, des céréales pour petit déjeuner et les fameuses imitations de capsules de café. La différence de prix est de 72 % pour ces 4 produits non « distributeurs ». Elle donc bien supérieure au taux global de 59 % annoncé plus haut.
Le troisième exercice consiste à mesurer l’écart de prix sur les seuls produits de marque distributeur, les mêmes 14 produits à la Réunion et à Paris. Ce qui ramène nos additions à 22, 35€ pour Paris et 35,39€ pour la Réunion. Soit un écart, toujours excessif de 58 %.
De tels écarts doivent pouvoir s’expliquer ?! Plusieurs pistes :
D’abord, les frais liés « à la boutique », le mobilier et l'immobilier. Mais dans notre cas, il s’agit de la même enseigne, le design et le mobilier sont identiques. Le coût de l’immobilier parisien est bien plus conséquent qu’à Sainte Suzanne, ces frais de boutique ne semblent donc pas impacter la différence de prix.
La piste des salaires peut être invoquée. Mais les employés de la grande distribution réunionnaise ne sont pas sur-rémunérés. La masse salariale et les charges afférentes ne sont donc pas plus responsables de cette envolée des prix.
Il reste deux pistes, souvent avancées, celle des taxes et celle liée à l’éloignement et donc aux frais de transport.
Les taux de TVA sont moindres à la Réunion mais compensés par l’octroi de mer souvent mis en avant pour « bouche not yeux ». 5 produits de cette liste sont taxés à Paris au taux normal de 19,8% mais de 8,5% à la Réunion. 12 articles sont taxés au taux réduit de 5,5% en Métropole et au taux réduit de 2,1% dans notre île. L’octroi de mer compense ces taux TVA minorés à la Réunion ? Mais de combien ? À la Réunion, deux taxes d’octroi additionnel sont appliqués : l’octroi de mer fixé à 4% et l’octroi de mer régional de 2,5%. Les taxes à la consommation à la Réunion sont donc de 15 % pour le taux normal (8,5 de TVA + 6,5 d’octroi de mer) et 8,6% pour le taux réduit (2,1 % de TVA +6,5%).
Les taux d’octroi peuvent être majorées ou minorées en fonction des produits. Ainsi, le lait et les sardines sont à 0% tandis que les pâtes et les jus de fruit respectivement de 18 et 28 %. Une étude précise produit par produit nous montrerait que globalement l’application des octrois de mer compense la réduction des taux de TVA consentis à la Réunion. Si bien que l’on peut dire que les produits sont taxés de la même façon en Métropole et à la Réunion.
Ce ne sont donc pas les taxes qui expliquent les différences entre les prix pratiqués à Paris et à la Réunion par la même enseigne.
Reste, en dernier, la piste du fret. Elle fait l’objet du quatrième exercice.
Il y a deux façons pour arriver à la Réunion : le bateau et l’avion. Il est donc question de volume et de poids. J’ai pris la précaution de mesurer ces deux valeurs. Les 17 produits pèsent ensemble 12,4 kg et un carton de 45 litres peut les contenir. Les produits choisis sont non périssables et supportent les voyages en bateau.
Les grands groupes réunionnais, pour ce genre de marchandises, mobilisent des containers de 20 pieds soit 33 m3. Il faut donc raisonner sur ce volume pour trouver l’impact du transport sur les prix. Dans un container, il rentre 733 colis identiques à notre carton. Nous arrondissons à 700.
Les coûts de transport m’ont été transmis oralement par un transitaire de la place. Ils se montent, pour un container, à 3200€ de frais de bateau, plus les coûts de déchargement 300 €, plus 147€ de frais dit « de sortie du port » pour rejoindre un entrepôt sur le territoire de la commune du Port, des frais fixes de 35 €, plus 15€ de taxe douanière, et enfin 12€ de participation pour le terminal portuaire.
Ces frais sont fixes, que le container soit vide ou plein. Pour notre simulation, il est plein de 700 colis. Il faut donc diviser la somme de 3 709€ par 700 soit 5,30 € pour notre carton de 45 litres. A cela, il faut rajouter 1% de la valeur du contenu pour l’organisateur du transport c'est-à-dire le transitaire. La part du transport de notre carton est donc de 5,64 € (5,30€ de transport et 1% de la note parisienne). Je ne compte pas le transport des marchandises de l’usine de fabrication au port d’embarquement car ces frais sont comparables à ceux de l’usine jusqu’au supermarché parisien.
En résumé, pour transporter mes achats de Paris à la Réunion, dans des conditions habituelles de gros volumes, cela me coûte 16,8 % des prix affichés dans le magasin parisien. On est bien loin des 59 % constatés ! D’autant que j’ai déjà payé la marge bénéficiaire à Paris !
Il y a de quoi S’INDIGNER !


