Je rêvais d’un autre monde

Dans la vie courante je me dois d’être exemplaire car au moindre faux-pas et c’est la vindicte populaire qui me tombe dessus à bras raccourci pour me lyncher.
Nous sommes propulsés à la vitesse grand-V dans la logique de l’immoralité dans un système pourri. Celle ou celui qui persiste dans le sens des bonnes règles se verra censuré, rejeté, banni, diabolisé, mis à l’écart. La société aime les gens soumis qui parcourent sans faire de vagues la route de la bêtise.
Bien malheureux est celui qui ne suit pas le chemin d’autrui.
Le travailleur actuel est obsédé par la possession. Il a une belle bagnole rangée dans le pavillon de naze mais n’en profite pas en bien. Son superflu acquit dans la douleur l’éloigne inexorablement du bonheur. Le 4x4 de rêve est devenu pour lui une épreuve un fil à la patte le boulet qu’il faut traîner pour sauver les apparences car l’argent ne fait pas tout pour gagner la partie.
Le prolo construit son malheur à fermer sa gueule toute sa vie active. Il meurt à 60 ans laminé par les années de labeur.
Je préfère perdre mon temps à ne rien faire que de gâcher ma vie au boulot.
Je crois au Père Noël je prends les réflexions que beaucoup me font à la lettre. Dans la difficulté de faire entendre mes sentiments profonds en manque de reconnaissance je donne mon avis sur la philosophie de la vie. La plupart de mes interlocuteurs dérapent dans la facilité de réponse pourvu qu’ils parlent. Sans peine et dans la contradiction chacun apportera la réponse qu’il lui plaira.
Je suis consterné de voir ces personnes sûres d’elles et convaincues droites dans leurs bottes m’accusant de tout. Me dictant les bonnes résolutions dans le bien-fondé de notre belle société. Je les vois disparaître prématurément les pieds devant périssables à cours terme décaties par le temps et la connerie. C’est fou ce que les cons sont à cheval sur les principes.
Tout ce que j’aime est interdit. Tant pis ! Je mange des tartines beurrées par-dessus j’étale une couche épaisse de confiture de fraises et je m’envoie un grand expresso corsé du Pérou avec le petit pot de crème.
Je m’interdis tout ce qui est autorisé l’alcool et le tabac. Aujourd’hui je suis mieux à la maison que dans les bouchons mon pote ! Même dans la putain de 4x4 Porsch Cayenne de merde.
Moi je les connais bien les grandes gueules ou plutôt je les ai bien connues. Aujourd’hui tous ces mecs sont morts ou presque éclopés par la vie décatis par la clope leur boulot de chiotte et la connerie.
Facho ma couille, le courage ne se situe pas où tu penses mon bonhomme. Il en faut du courage pour traverser une vie entière ne faisant que le strict minimum en toute Li…Ber…Té… Sans demander rien à personne et surtout ne pas se soumettre face à des pauvres types comme toi.
C’est toi la petite main tu rampes comme un serpent devant ton patron et il ne suffirait de presque rien pour que tu cognes sur ta bonne femme
Le type au turbin tous les jours n’est pas courageux. C’est un lâche qui obéi comme un toutou à son patron tout ça pour avoir des avoirs un frigo la télé. C’est petit et nul.
Ça se sent que c’est toi, frustré au boulot et petit caïd au bistro tu me fous les glandes car tu fermes ta gueule dans ton turbin. On n’est pas né dans la même crémerie.
Confidences pour confidences je hais mon prochain, ce monde ne me convient pas et c’est pour cela que l’on me regarde de traviole. La partie est inégale je suis épuisé de rebondir comme une balle de tennis ballotté entre le nanti qui s’empiffre et les pauvres qui crèvent de faim.
J’ai plaisir à voir la dégradation que fait le temps passé sur les personnes détestées. Usées par les coups de boutoir de la vie, dégradées, vieilles et ridées comme les falaises d’Étretat.
Des personnes qui m’ont fait mal consciemment et à l’insu de mon plein gré.
Je ne crains pas le labeur mais ce sont les mecs avec qui je travaille qui me font peur.
Choisir ses contraintes plutôt que de les subir pour rien au monde je ne quitterai ma prison aujourd’hui.
Gilles Bayet


