Pour une démolition raisonnée

La démolition, dont le caractère frappant nous rappelle que l’Etat entend veiller au respect des règles édictées, ne doit pas s’opérer sans discernement. De nombreuses familles réunionnaises n’ont le plus souvent que pour seul patrimoine une maison édifiée à la force des poignets. Elles ont patiemment économisé pour s’offrir non pas un palais des temps modernes mais bien une petite « kaz ». Aussi détruire ce bien et faire table rase du lien établi avec ce bout de terrain et le voisinage nous semblent participer d’une forme de violence symbolique des autorités.
Procéder d'office aux travaux de démolition en exécution d’une décision de justice n’est pas anodin et peut perdre de sa connotation éducative et de son exemplarité. Agir en méconnaissant un certain nombre de paramètres est en mesure, d’un côté, de nourrir un sentiment latent d’une forme d’oppression de l’Etat à l’égard des plus modestes et, de l’autre, d’exacerber l’impression d’une espèce de complaisance à l’égard des plus nantis. Dès lors, aux yeux du citoyen lambda, ce qui est juste du point de vue du droit devient injuste d’un point de vue social.
Il est donc nécessaire de (re)penser l’équilibre entre la volonté de préserver les espaces agricoles et naturels, de limiter les constructions dans les zones à risques et de répondre à l’aspiration de tout un chacun de se loger. Opter pour une démolition raisonnée signifie que les autorités doivent revoir leurs priorités en matière de démolition de constructions illégales et engager un authentique dialogue avec les contrevenants pour éviter les drames humains.
Le Club de La Réunion


