La conférence régionale, une grand messe (?) pour rien
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Dans mon "journal" du 5 septembre, je développe ce qu’aurait dû être cette "conférence régionale économique et sociale" prévue pour le 14 novembre. En résumé : elle aurait dû être organisée par les responsables politiques locaux, à l’initiative du président de la Région, non pas pour donner des avis dont le gouvernement fera ce qu’il veut, mais pour définir des propositions réunionnaises à négocier avec celui-ci, en vue d’aboutir à un projet ; projet que parlement, gouvernement, administrations centrales et extérieures, collectivités territoriales, organisations économiques et professionnelles, acteurs économiques, sociaux et culturels mettront en oeuvre, chacun selon ses compétences.
Ce schéma est celui de la décentralisation, valable pour toutes les régions de France et de Navarre. Les responsables politiques immédiats du développement réunionnais ne sont pas le Président de la République, ni le Premier ministre, ni les ministres (celui des outre-mer compris), mais les élus de nos collectivités territoriales, le président de la Région ayant la responsabilité particulière de coordonner le travail avec les autres collectivités "dans le respect de leurs compétences".
Les dirigeants politiques du pays sont libres d’organiser le développement de l’île en fonction de sa situation particulière, et dans le respect des lois et des règlements de la République française, de L’Union européenne auxquelles nous appartenons, (de la Communauté indianocéanique lorsqu’elle sera créée), et de la Communauté internationale.
Nous tournons en rond parce que nous n’avons pas de responsables sous la main, que nous pouvons sanctionner. Le préfet que tout le monde va déranger, n’est pas un responsable politique, il exécute les politiques qui ont été définies. Nous ne l’avons pas élu, nous ne pouvons pas le sanctionner. Le Président de la République n’a pas été élu pour s’occuper directement du développement de La Réunion, mais des problèmes de la Nation. Nous ne pouvons pas le sanctionner par un vote, uniquement sur ce qui se passe à La Réunion ; il en est de même pour les ministres. Par contre, nos conseillers régionaux, nos conseillers généraux, nos conseillers municipaux eux, sont élus directement par nous, ils sont sous la main, nous pouvons les sanctionner.
Les projets de développement réunionnais ne doivent pas venir de Paris, mais de Saint-Denis.
Nous frappons aux mauvaises adresses quand nous manifestons devant la préfecture, quand nous écrivons au Président de la République pour les problèmes de développement local. Nous devons manifester devant l’Hôtel de la Région, le Palais de la Source et nos mairies. C’est aux élus de ces collectivités de mettre en forme (ensemble) les politiques qui conviendraient pour La Réunion (en relation avec le préfet, les parlementaires, les acteurs économiques, sociaux, culturels) ; de bien les négocier avec Paris, Bruxelles, etc. ; et enfin, de conduire leur application sur le terrain. Et c’est à eux qu’il faut demander des comptes. Ils sont là, sous la main ; nous les connaissons, nous pouvons les rencontrer facilement. Nous pouvons les sanctionner par nos votes s’ils ne donnent pas satisfaction. Ils sont les "responsables" de notre politique de développement.
Il appartenait au président de la Région d’organiser cette conférence régionale, de saisir le Conseil Economique et Social de La Réunion pour en assurer le bon fonctionnement.
La conférence régionale qui s’ouvrira le 14 novembre, est une répétition des états généraux de 2009. Le président Vergès n’a pas assuré ses responsabilités en 2009 ; comme le président Robert n’assure pas les siennes en 2012.
Que reste-t-il des états généraux de 2009 ? A qui devons-nous demander des comptes ? La conférence régionale de 2012 sera, comme les états généraux de 2009, une grand messe ( ?) pour rien.
Le clivage politique essentiel, à La Réunion, aujourd’hui, n’est pas entre "la droite" ou "la gauche", puisque les deux présidents de Région que je viens de citer sont l’un de gauche et l’autre de droite.
Aujourd’hui, il doit passer entre :
- d ‘une part : ceux qui sont dans l’ancienne situation "coloniale" de La Réunion : possession de la France, irresponsabilité des élus locaux dépendants des décisions du pouvoir central ; non reconnaissance du pays, du peuple, et anonymat.
et
- d’autre part : ceux qui sont dans la situation des régions, instituée depuis la décentralisation : appartenance à la République française, responsabilité des élus locaux en matière de développement local, et partenaires du pouvoir central ; reconnaissance du pays, du peuple et de l’identité régionale.
Les choses n’iront pas forcément mieux tout de suite. Plus de pouvoirs à des élus locaux n’est pas sans risques. Mais au moins nous pourrons mieux identifier les responsables, faire pression sur eux, éventuellement les changer ; préparer et réaliser des projets réunionnais entre Réunionnais.
Paul HOARAU


