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"Il a fait de notre vie un enfer" : le militant associatif et conseiller départemental Aurélien Centon condamné pour harcèlement moral

Ecrit par Gignoux Sébastien – le mardi 26 mai 2026 à 18H59

Convaincu d’être le père d’un enfant né d’une relation extraconjugale, le fondateur de l’association P’tit Cœur et élu au Département Aurélien Centon a comparu mardi 26 mai devant le tribunal correctionnel pour des faits de harcèlement moral sur une ancienne collègue de travail. Il est condamné à quatre mois de prison avec sursis.

Elu au sein de la majorité départementale et militant bien connu des Réunionnais pour son engagement envers les familles défavorisées, c’est une autre facette de sa personnalité qu’Aurélien Centon a dû défendre mardi 26 mai devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis : celle d’un homme insistant à l’extrême, au point de « pourrir la vie » d’une femme et de sa famille, dixit le président Bernard Molié.

L’affaire, délicate, débute en août 2022 par une relation extraconjugale consommée avec une collègue de travail. L’histoire aurait pu demeurer secrète, sauf que la grossesse de la jeune femme va entraîner une succession d’événements lourds de conséquences.

"Entêtement déraisonnable"

Sans qu’aucun des deux amants ne considère alors que l’enfant puisse être le fruit de leur brève union, chacun poursuit sa vie de son côté, dans son couple respectif. Jusqu’à la naissance du bébé en août 2023, dont Aurélien Centon va finalement vouloir savoir, à tout prix, s’il en est le père. Or, le compagnon de la jeune femme a déjà reconnu l’enfant, que sa mère souhaite élever comme tel.

Mais le fondateur de l’association P’tit Cœur multiplie les appels et messages pour savoir s’il est le géniteur. Avec un « entêtement », note le tribunal, qui va frôler « le déraisonnable. » Alors qu’il lance une procédure de contestation de paternité, Aurélien Centon n’a de cesse d’approcher la jeune femme, puis son compagnon, ses parents et même ses collègues de travail.

"Présent dans tous les aspects de ma vie"

Au bout de plusieurs mois, la santé de la jeune maman se dégrade, elle perd une dizaine de kilos, doit quitter son travail et finit par déposer plainte pour harcèlement en janvier 2024. « Il a fait de notre vie un enfer » raconte la jeune femme à l'audience. « J’avais peur, je voulais que ça cesse. Il était présent dans tous les aspects de ma vie au point que je n’avais qu’une envie : disparaître. »

L’insistance du conseiller départemental se renforce encore quand la jeune femme n’amène pas l’enfant faire les tests de paternité demandés dans le cadre de la procédure. « Il est allé jusqu’à se présenter à la crèche du petit, au domicile de son grand-père à l’Entre-Deux, ou de se présenter au travail de son compagnon en avançant sa qualité d’élu », égrène l’avocate de la plaignante.

Il voulait "une solution amiable"

A la barre, Aurélien Centon conteste l’intention délictuelle, expliquant qu’il voulait seulement « prendre des nouvelles de l’enfant » et « trouver une solution à l’amiable. » « Avec mon expérience, j’ai vu trop de situation dramatique pour des enfants à qui on a caché leurs origines », justifie-t-il. Tout juste regrette-t-il « d’avoir compris trop tard que j’aurais dû laisser la justice faire son travail. »

Lire aussi : Aurélien Centon renonce à se présenter aux municipales de Saint-Paul

Pour Me Christel Videlo-Clerc, le prévenu « n’a jamais pensé à l’intérêt de l’enfant mais à maintenir son emprise sur ma cliente. » Insomnie, anxiété, idées noires, hypervigilance… la partie civile énumère les conséquences sur la santé de la jeune femme, toujours suivie psychologiquement trois ans après. « Et le discours de Monsieur n’est pas rassurant quant à la suite. Il n’y a aucune remise en question de sa part », s’inquiète l’avocate.

"Une part d’humiliation"

Pour le ministère public, l’infraction de harcèlement moral est parfaitement caractérisée. « On a tout le panel possible : des comportements répétés, des appels, des messages, des visites, avec des conséquences sur la santé et la vie professionnelle et familiale de la victime » pointe la procureure Ludivine Fathi.

« Il y a ajouté une part d’humiliation en allant révéler cette relation et est allé beaucoup trop loin en abusant de son statut d’élu » conclut-elle en réclamant à l’encontre du prévenu au casier judiciaire vierge une « peine d’avertissement » de neuf mois de prison avec sursis, avec interdiction d’entrer en contact avec la victime et tous les membres de sa famille approchés par Aurélien Centon.

"Un homme désespéré"

La défense plaide toutefois la relaxe, faute d’élément intentionnel. « Tous les torts ne sont pas de son côté. C’était une relation consentie, avec un enfant dont on ne sait pas qui est le père. Lui a voulu assumer son écart et avoir un lien avec l’enfant » affirme Me Judith Baumont. « Oui, il y a eu trop de contacts, oui, il a été maladroit dans des moments de faiblesse… Mais il a agi en homme blessé, désespéré, qui voulait assumer ses responsabilités » estime l’avocate.

Après délibéré, le tribunal va retenir la culpabilité d’Aurélien Centon, lui infligeant la peine de quatre mois de prison avec sursis, avec l’interdiction d’entrer en contact avec la victime pendant deux ans. La procédure civile s’agissant de la filiation de l’enfant a fait l’objet d’un appel, après un premier jugement favorable à l’élu Saint-Paulois.

Etiquettes : Harcèlement | Tribunal

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