Horticulture à La Réunion : une filière en mutation face à la pression des importations

Avec près de 250 producteurs et 184 hectares cultivés, la filière horticole réunionnaise reste un pilier du marché local. Mais entre recul du nombre d’exploitations, concurrence des importations et manque de structuration, elle se réorganise pour tenter de se relancer.
Longtemps portée par un tissu de petites exploitations, la filière horticole réunionnaise amorce un tournant. Apparue dans les années 1980, elle s’est progressivement structurée autour de cultures florales, ornementales et de pépinières. Mais derrière cette stabilité apparente, le secteur a profondément évolué : les petites structures reculent, au profit d’exploitations plus grandes et plus organisées.
Cette transformation s’explique par une équation économique de plus en plus complexe. Les professionnels doivent composer avec la concurrence des importations à bas prix, des difficultés de rentabilité et un manque de structuration commerciale. À cela s’ajoutent des contraintes spécifiques au territoire, comme l’accès limité à certains plants ou une forte dépendance aux intrants, dans un contexte de pouvoir d’achat contraint des ménages.
Près de 9 exploitants sur 10 ne produisent qu’un seul type de culture
Sur le terrain, la production reste concentrée dans quelques zones clés, notamment à Saint-Paul, Saint-Pierre, au Tampon ou encore à Sainte-Marie. À Saint-Paul, à lui seul, un quart des surfaces horticoles de l’île est concentré entre une trentaine de producteurs. La filière est largement spécialisée : près de 9 exploitants sur 10 ne produisent qu’un seul type de culture, principalement des fleurs coupées ou des plantes en pot.
Autre caractéristique : une orientation quasi exclusive vers le marché local. Les fleurs coupées alimentent fleuristes, marchés forains ou circuits de gros, tandis que les plantes en pot sont souvent vendues directement sur les exploitations ou en jardineries. Mais cette dépendance au marché intérieur reste fragile. La demande progresse, mais elle se heurte encore à des limites logistiques et commerciales.
Résister face aux importations
En parallèle, la pression des importations reste forte. Chaque année, des centaines de tonnes de bulbes et de plantes, ainsi que des millions de fleurs coupées, arrivent sur le territoire, pesant directement sur les producteurs locaux. À l’inverse, les exportations restent marginales, confirmant le déséquilibre du marché.
Face à ces défis, la filière tente de se structurer. Autour de l’Union des horticulteurs et pépiniéristes de La Réunion, des initiatives émergent pour valoriser la production locale, à l’image du label « Plant’Péi » ou du développement de pratiques plus durables comme la production biologique intégrée. Des groupements de producteurs se mettent également en place pour mutualiser les moyens et améliorer la commercialisation.
Un projet stratégique à l’horizon 2027 fixe désormais le cap : mieux vendre, mieux produire et mieux s’organiser. Reste à savoir si cette montée en gamme et cette structuration collective suffiront à enrayer le recul du nombre de producteurs et à renforcer la place des fleurs péi face à une concurrence extérieure toujours plus forte.


