Municipales 2026 : les candidats de l’Est passent à l'oral devant les chefs d’entreprise

Avec 44 % de pauvreté dans l’Est, les chefs d’entreprise veulent remettre l’économie au cœur de la campagne municipale. À Saint-André et à Saint-Benoît, le Club économique de Bourbon organise une série de rencontres avec des candidats et leur propose de s’engager sur des mesures concrètes pour le développement économique du territoire et de la Cirest.
Originale et probablement jamais vue localement, la démarche s’appuie sur un double constat et une base solide.
Estimant que l’économie est pour le moment reléguée à bonne distance des questions et mesures liées au pouvoir d’achat et à la sécurité, alors que l’Est affiche un taux de pauvreté de 44 %, compte plusieurs communes parmi les plus pauvres de France, connaît un chômage structurel élevé, un niveau de vie médian nettement inférieur à la moyenne nationale et une dépendance marquée à la filière canne-sucre et au secteur public, le Club économique de Bourbon a invité les principaux candidats — susceptibles d’occuper demain le fauteuil de président de la Cirest, en charge du développement économique — à des rencontres-débats qui ont débuté mardi soir à Saint-Benoît, dans le cadre de la distillerie de la Rivière du Mât.
Pour cadrer ces échanges, le Club économique de Bourbon s’appuie sur un livre blanc consacré au développement économique de l’Est à l’horizon 2035. Le document dresse un constat chiffré et sans détour de la situation du territoire : « Le statu quo n’est plus une option. Avec 44 % de pauvreté, l’Est est une poudrière sociale », résument les chefs d’entreprise, qui soulignent toutefois que le territoire dispose d’atouts stratégiques majeurs : ressources naturelles abondantes, foncier économique, potentiel énergétique, agriculture, biodiversité et jeunesse de la population.

Un libre blanc et une trajectoire
Le livre blanc défend l’idée d’un changement de modèle économique. Il ne se limite pas à un constat, mais propose une trajectoire fondée sur la création de valeur et l’emploi local.
Parmi les axes mis en avant : le développement d’une économie verte, le tourisme durable et authentique, la transition énergétique, la bio-économie, l’agroalimentaire, les services à la personne et un accompagnement renforcé des entreprises locales.
Le document insiste également sur la nécessité de rattraper le retard en matière d’infrastructures structurantes (mobilité, zones d’activité, logistique), de renforcer l’attractivité du territoire et de mieux accompagner les entreprises dans leurs besoins en compétences — notamment en matière d’intelligence artificielle — en gestion et en structuration, avec un objectif affiché de création de plusieurs milliers d’emplois à moyen terme.
Sur le volet des infrastructures, le besoin de rattrapage est chiffré à 200 millions d’euros sur dix ans, avec notamment la proposition de prolonger la 2x2 voies jusqu’à Sainte-Anne ou la création d’un port sec pour « faciliter la logistique des marchandises ».
Pour attirer des investisseurs, le CEB prône par ailleurs la mise en place de certains « avantages » (exonérations de taxes, foncier…) réservés à la région Est, présentée comme en retard en matière de développement économique.

« Pour créer du pouvoir d’achat, il faut créer de la richesse »
Pour le président du Club économique de Bourbon, Pierre-Jacques Surjus, la démarche vise à remettre l’économie au cœur du débat municipal, en appelant à la vigilance face à la multiplication des promesses de gratuité qui émergent dans les programmes :
« J’entends cantine gratuite, fournitures scolaires gratuites… D’accord, mais comment on paye ça ? En augmentant les charges des entreprises ? L’octroi de mer est en train de baisser, comment on fait ? On vend les bijoux de famille ? Et quand il n’y en a plus, on fait comment ? »
Il rappelle un fondamental : « Pour lutter en faveur du pouvoir d’achat, il faut créer des richesses, il faut créer des emplois. Et ça passe par jouer groupé : les chambres consulaires, l’intercommunalité, les communes, l’État et les entreprises », explique-t-il.
D’où la proposition de créer un organe permanent de rencontre entre l’ensemble des acteurs institutionnels et le monde économique, afin de créer un climat favorable et de développer l’attractivité économique, rappelée comme une condition indispensable au développement du territoire :
« Un investisseur de l’autre côté de l’île ne va pas venir investir ici dans l’état où on se trouve. En revanche, il viendra quand il y a un climat favorable aux affaires, à la production. »
Il propose également la création « d’une maison, d’une case à projets où on va pouvoir investir, mettre en commun toutes nos connaissances et porter le territoire vers le haut. Il y a besoin d’un vrai travail de fond et de remettre de la confiance ».

Une charte pour du « concret »
Pour traduire cette vision en actions locales, le Club économique de Bourbon a élaboré une charte d’engagements, proposée à la signature des candidats aux municipales et aux communautaires.
La charte repose sur dix engagements concrets et vérifiables, parmi lesquels :
– instaurer une concertation systématique avec les entreprises avant toute décision impactant l’activité économique ;
– créer une commission locale dédiée aux TPE et PME ;
– garantir la stabilité fiscale locale sur le mandat ;
– désigner un référent « entreprises » en mairie ou à l’intercommunalité ;
– lutter contre la vacance commerciale et préserver l’accessibilité des centres-villes et centres-bourgs ;
– accompagner les entreprises dans les transitions écologique et numérique ;
– faire de la commande publique un levier pour les TPE-PME, notamment par l’allotissement ;
– respecter strictement les délais de paiement à 30 jours ;
– préserver le foncier productif et accélérer les projets économiques ;
– lever les freins au recrutement local, notamment liés au logement, à la mobilité et à la petite enfance.
L’objectif affiché : créer un cadre stable, lisible et favorable à l’investissement et à l’emploi.
Un appel à "garder les pieds sur terre"
Les rencontres organisées par le CEB se veulent à la fois des temps d’échange et d’engagement.
« L’idée, c’est de les écouter, mais aussi de leur proposer des idées, pour qu’ils puissent s’en saisir. En espérant que demain, une fois élus, ils réfléchissent différemment au développement économique », souligne Pierre-Jacques Surjus.
Après une première rencontre mardi soir à Beaufonds avec Patrick Dalleau et Patrice Selly, une nouvelle soirée est organisée ce jeudi avec Sabrina Ramin et Jean-Hugues Ratenon.
À Saint-André, des échanges sont programmés dans les locaux de RVE avec Joé Bédier et Éric Fruteau le 20 février, puis avec Jean-Marie et Laurent Virapoullé le 26 février.
Pour les chefs d’entreprise de l’Est, l’enjeu est clair : replacer l’économie au centre des priorités du prochain mandat et obtenir des engagements concrets.
« L’économie, c’est la base », résume le président du CEB, qui appelle les futurs élus à ne pas oublier le monde économique dans leurs choix politiques et à « garder les pieds sur terre ».


