Cybersécurité : les spécificités de La Réunion et Mayotte insuffisamment prises en compte, selon l’OCOI

Dans une analyse consacrée à la nouvelle stratégie nationale française de cybersécurité 2026-2030, l’Observatoire de la Cybersécurité de l’Océan Indien (OCOI) met en lumière les défis spécifiques auxquels sont confrontés La Réunion et Mayotte. Si le cadre national est jugé nécessaire face à la montée des cybermenaces, l’OCOI souligne l’urgence d’une déclinaison territoriale adaptée et dotée de moyens différenciés.
La France s’est dotée d’une nouvelle stratégie nationale de cybersécurité pour la période 2026-2030. Présentée par le gouvernement comme une réponse à l’intensification des cyberattaques visant les entreprises, les collectivités et les services publics, elle fixe un cadre structurant pour les cinq prochaines années.
Lire aussi : Cybersécurité : une délégation de l’océan Indien formée au cœur de l’écosystème français
L’Observatoire de la Cybersécurité de l’Océan Indien s’est penché sur les conséquences concrètes de cette stratégie pour les territoires ultramarins. Dans un communiqué, l’organisme met en garde contre une approche uniforme qui ne tiendrait pas suffisamment compte des réalités très contrastées de La Réunion et de Mayotte.
Cinq piliers pour faire face à une menace croissante
La stratégie repose sur cinq axes structurants censés répondre aux enjeux des prochaines années. Elle mise notamment sur la montée en compétences par la formation et le recrutement, le renforcement de la cyber-résilience des organisations, l’entraînement à la gestion de crise, la maîtrise des technologies numériques stratégiques et une coopération renforcée à l’échelle européenne et internationale.
Si ce cadre est jugé indispensable, son efficacité dépendra largement de sa déclinaison locale et des moyens réellement accordés aux territoires.
À La Réunion, un écosystème déjà structuré mais encore fragile
À La Réunion, un socle existe déjà. Le territoire dispose d’un centre régional de réponse aux incidents, d’acteurs publics mobilisés, de prestataires privés implantés et d’une offre de formation en cybersécurité qui s’est développée ces dernières années.
Dans ce contexte, la stratégie nationale pourrait jouer un rôle d’accélérateur, en améliorant la coordination des acteurs et la préparation à la gestion de crise. Mais des limites persistent. Les capacités opérationnelles restent encore restreintes et de nombreux jeunes formés localement peinent à s’insérer professionnellement. Les TPE et PME, quant à elles, rencontrent de fortes difficultés à financer leur cybersécurité, ce qui maintient une exposition élevée aux risques.
À Mayotte, la priorité aux fondamentaux
La situation est bien différente à Mayotte. Le territoire ne dispose pas encore d’un écosystème cyber structuré, ni d’un dispositif pleinement opérationnel de réponse aux incidents. L’offre de formation reste limitée et les capacités locales sont fortement contraintes.
Dans ce contexte, la stratégie nationale ne pourra produire d’effets que si elle permet d’investir dans les fondamentaux : sensibilisation, développement des compétences de base, premières capacités de réponse aux incidents et accompagnement renforcé des acteurs publics et privés.
La question centrale des moyens financiers
Pour les deux territoires, la question des financements apparaît déterminante selon l'OCOI. À La Réunion, l’enjeu est de consolider et professionnaliser l’existant afin de franchir un cap opérationnel. À Mayotte, il s’agit avant tout de construire un socle minimal, sans lequel toute ambition en matière de cybersécurité resterait théorique.
Les acteurs locaux alertent sur le risque d’un creusement des inégalités territoriales si la stratégie nationale n’est pas accompagnée de moyens différenciés et adaptés aux réalités économiques des territoires ultramarins.
Un enjeu politique majeur pour les territoires
La réussite de la stratégie nationale de cybersécurité dépendra désormais de son appropriation par les responsables politiques nationaux et locaux. À La Réunion comme à Mayotte, la cybersécurité est devenue un enjeu de résilience économique et institutionnelle, qui dépasse largement le seul cadre technique.
Pour l'OCOI, l’enjeu est clair : transformer un cadre national ambitieux en investissements concrets, capables de réduire les écarts territoriaux et de renforcer durablement la protection numérique des territoires de l’océan Indien.


