Revenir à la rubrique : Société

« Le sida se soigne aussi par la politique » : l’appel de Jean-Luc Roméro à La Réunion

Ecrit par Julien Delarue – le jeudi 4 décembre 2025 à 08H31

Présent sur l’île du 2 au 4 décembre dans le cadre du vol “Ruban Rouge”, Jean-Luc Roméro alerte sur la hausse des contaminations et appelle les élus réunionnais à s’engager dans la lutte contre le VIH, alors que son dernier livre, L’espoir d’une France sans sida, vient de paraître.

« On évoquait la fin de la transmission du VIH, qui est un objectif fou : arriver en 2030 à la fin de la transmission de ce virus. Sauf que les chiffres pour La Réunion ne sont pas très bons », prévient Jean-Luc Roméro. Le président d’Élus Locaux Contre le Sida, de passage sur l’île pour la Journée mondiale de lutte contre le sida, se dit préoccupé par un contexte international qu’il juge « catastrophique ».
« Il y a quelques jours, le président américain a interdit de célébrer le 1er décembre (Journée mondiale de lutte contre le sida) et coupe les crédits à de nombreuses associations africaines. On va avoir des gens qui vont mourir », alerte-t-il.

Lire aussi : VIH et infections sexuellement transmissibles : nette hausse des contaminations à La Réunion en 2024

« On peut arriver à la fin de la transmission du VIH. »

À cette fragilisation des financements mondiaux s’ajoute le manque d’engagement européen. « Le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme avait besoin de 18 milliards de dollars pour poursuivre ses actions. On en a à peine 11, et la France n’a toujours pas dit combien elle allait donner, alors qu’elle était jusqu’à présent le deuxième contributeur », regrette-t-il. Pourtant, l’objectif reste à portée de main. « Si on y met les moyens, et ce ne sont pas des moyens si extraordinaires que ça, on peut arriver à la fin de la transmission du VIH. » C'est l'objectif fixé par l’ONUSIDA — zéro transmission en 2030 — qui reste pourtant atteignable si les moyens sont au rendez-vous.

« Le rôle des élus locaux est essentiel »

À La Réunion, le militant appelle à une mobilisation plus forte des collectivités. « Le rôle des élus locaux est essentiel. Anne Hidalgo, il y a onze ans, a lancé l’appel de Paris des villes contre le sida. Les résultats sont là : Paris est au bord d’être une ville sans transmission du sida », souligne-t-il. D’où son invitation claire : « J’appelle tous les candidats aux élections municipales, particulièrement ici, à dire : “Je serai le maire de la fin de la transmission du VIH.” »

L’enjeu, poursuit-il, tient en quelques étapes simples : « Que chacun soit dépisté, que ceux qui le sont soient sous traitement et que ceux qui sont sous traitement n’aient plus de charge virale. » En France, environ 10.000 personnes ne savent pas qu’elles sont séropositives. « Ces personnes mettent en jeu leur santé et, sans le savoir, continuent à infecter d’autres. »

Au-delà des chiffres, Jean-Luc Roméro déplore un tabou toujours vivace. Le matin même, une Réunionnaise est venue lui confier discrètement sa séropositivité. « Personne ne le sait, je ne sais pas à qui en parler », lui a-t-elle dit. « On s’attaque plus aux personnes séropositives qu’à ce virus, soupire-t-il. Les progrès médicaux ont été considérables, mais les progrès sociétaux ne sont pas là. Les discriminations restent d’une violence inouïe. »

Son nouveau livre, L’espoir d’une France sans sida, sorti le 20 novembre, veut précisément raviver cette flamme collective. On y retrouve les témoignages d’une vingtaine de personnalités — politiques, scientifiques, artistes — parmi lesquelles Roselyne Bachelot, Anne Hidalgo, Line Renaud ou encore Valérie Trierweiler. « C’est un livre collectif pour donner un message d’espoir. On pourrait vivre dans un monde sans transmission si, malheureusement, certains dirigeants comme Trump ne faisaient pas n’importe quoi. Couper les crédits, c’est tuer des gens. »

Aujourd’hui président de Sida Info Service, Jean-Luc Roméro s’inquiète de la méconnaissance grandissante autour du virus. « Les connaissances autour du VIH se sont complètement effondrées. Le sida se soigne aussi par la politique. Il faut une parole forte et des moyens, parce qu’on a cinq ans pour dépister tout le monde. »

Etiquettes : Sida | VIH

Dans la même rubrique

0💬
Tri :