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Saint-Denis : La Chambre Régionale des comptes détak lo baro du château Lauratet

Ecrit par Thierry Lauret – le dimanche 10 août 2025 à 07H06
Le château Lauratet à Saint-Denis, demeure emblématique du style néoclassique.

Considérée comme l'une des plus belles maisons créoles néo-classiques du chef-lieu, le château Lauratet sera grand ouvert au public les 20 et 21 septembre lors des Journées européennes du patrimoine. Propriété de l'État depuis 1984, la belle demeure est depuis occupée par les magistrats de la Chambre régionale des comptes.

Avec ses hautes colonnes surmontées de balustrades elles-mêmes ornées de vases Médicis, la façade du château Lauratet ne donne pas dans la discrétion, mais plutôt dans l'ostentation. Les premiers propriétaires de la demeure, qu'il s'agisse de Jean Joseph Pajot, substitut du procureur général au conseil supérieur de Bourbon, ou de Camille Panon-Desbassayns de Richemont, veuve du vicomte Louis Jurien de la Gravière, sont de riches représentants de la colonie, et ils désirent que cela se sache.

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Mais la maison d'inspiration néo-classique, sise à l'époque dans la rue de l'Église (aujourd'hui rue Alexis-de-Villeneuve), va s'inscrire dans la mémoire collective sous la dénomination de château Lauratet, du nom du prospère commerçant Louis Élie Richeville Lauratet, "issu d'une famille créole d'armateurs installée dans l'île depuis 1787", comme l'a décrit l'ancien président de l'Académie de La Réunion Alain-Marcel Vauthier.

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Les époux Lauratet entreprennent la restauration de leur belle demeure et s'inspirent, selon les spécialistes unanimes, de la maison du maire de Saint-Denis Gustave Manès (l'actuel musée Léon-Dierx), dont le "porche richement décoré", comme mentionné dans l'ouvrage Le Patrimoine de La Réunion, donnera aussi des idées aux bâtisseurs du château Morange.

Un domaine racheté par l'État à la famille Cazal

"J'ai toujours lu que c'était bien la famille Lauratet qui avait financé la construction du château. On en a parlé avec Bernard Leveneur [le directeur du musée Léon-Dierx], il a toujours défendu cette thèse-là. Les Ateliers Prevost, qui étaient les architectes de la maîtrise d'ouvrage lors de la rénovation du château, dit la même chose", avance Nicolas Péhau, président des Chambres régionales des comptes (CRC) de La Réunion et de Mayotte.

Tombé sous le charme de la demeure qu'il connaît par cœur, Nicolas Péhau se prête volontiers à la visite de la maison et de son jardin, qu'il affectionne tout particulièrement. Depuis son rachat en 1984 par l'État à la famille de l'imprimeur Henry Cazal, le château Lauratet abrite le siège de la Chambre régionale des comptes de La Réunion. En 1987, un bâtiment neuf mais bien intégré au décor est livré pour y héberger les services administratifs de la CRC, qui emploie une trentaine d'agents.

Gétali, baro, lavoir et cuisine en pierre

"On sait que c'est un magistrat judiciaire, M. Pajot, qui a été le premier propriétaire du cadastre. On a la preuve qu'il a acheté d'ici jusqu'à ce qu'on appelait à l'époque la rue de la Compagnie, actuelle rue Mac-Auliffe. Il avait une parcelle importante et il semblerait, mais ce n'est pas sûr, que cela ait été, un temps, un palais de justice. J'ai vu une fois une estampe "palais de justice" dans un plan de la ville, mais je n'ai pas de source", évoque le président de la CRC.

Outre son guétali surplombant l'intense activité, son baro monumental parmi les plus hauts de Saint-Denis et surplombé là encore de vases Médicis, ou encore sa dépendance (peut-être l'ancien garage pour la calèche) transformée en logement pour les agents de la CRC de passage, le château Lauratet a conservé son lavoir à l'arrière, ainsi que deux bancs dont on suppose qu'ils ont été construits par les mêmes ouvriers piémontais qui avaient imaginé les formes géométriques, à effet 3D, qui ornent le sol de la terrasse.

Autre curiosité cachée à l'arrière de la demeure : le bâtiment en briques rouges qui abritait jadis la cuisine, avec sa charpente en bois de fer conçue sans la moindre vis. La cuisine, récemment rénovée par l'artisan Wilfrid Roullin, a été intégrée au bâtiment administratif et fait office de coin repas pour les agents.

Visite gratuite et sans réservation durant les Journées du patrimoine

"Il y a deux successions de briques différentes. Les premières des briques utilisées étaient celles qui servaient à lester les bateaux quand ils ramenaient des matériaux à La Réunion. C'est de la brique du Nord, très reconnaissable avec des particules de charbon à l'intérieur", indique Wilfrid Roullin, qui raconte comment il a taillé à la main un évier en pierre de taille pour coller à l'ambiance chaleureuse de la pièce.

Les 20 et 21 septembre prochains, lors des Journées européennes du patrimoine, le public pourra peut-être s'installer dans le coin repas des agents et goûter avec eux le premier miel issu de la ruche installée dans un coin du jardin. Bertrand Méhau assure que ses abeilles on été aperçues jusqu'au jardin de l'État et il est fier de détailler les espèces endémiques plantées, "pour la plupart mellifères", pour égayer la cour. Lors des visites gratuites et sans réservation, qui pourront être guidées ou libres, sur le mode de la flânerie, le président de la CRC et ses collègues revêtiront même la robe de magistrat pour expliquer leur mission au public.

Le bureau du président de la Chambre régionale des comptes.
Le petit salon, avec son plafond en arrondi.
Les colonnes de la grande terrasse.
L'effet 3D saisissant du sol de la grande terrasse.
Le guétali qui donne sur la rue Alexis-de-Villeneuve.
Le lavoir, récemment rénové.
La cuisine en briques.

 

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