Les centres de pneus Sautron échappent à la liquidation judiciaire

Visé par une requête en résolution de son plan de redressement, le groupe réunionnais Sautron a évité la liquidation judiciaire ce mercredi. Le tribunal de commerce a préféré temporiser, en attendant des éléments complémentaires et la cession d'actifs annoncée par la direction.
Ils auraient pu tout perdre ce mercredi. Les centres de pneus du groupe Sautron, implantés aux quatre coins de l’île, étaient dans le viseur d’une requête en résolution de plan de redressement déposée le 25 janvier par Me Langet, commissaire à l'exécution. Il était reproché au groupe de ne pas avoir honoré plusieurs échéances de son plan de continuation adopté en 2021, pour un montant total estimé à 1,1 million d’euros selon nos informations. En cause notamment : le non-paiement des annuités dues par les SCI (société civile immobilière) du groupe.
Lors de l’audience à huis clos du tribunal de commerce de Saint-Denis, Me Hirou, mandataire judiciaire, a soutenu la demande de liquidation. Le parquet a également plaidé en ce sens. Mais après de longs échanges en chambre du conseil, les juges ont préféré surseoir à statuer. "Nous ne sommes pas en possession de l'ensemble des éléments. Nous ne pouvons pas prendre de décision à ce jour. Il y a des approximations dans le rapport du commissaire", a justifié le président Bernard Molié.
Combien d’emplois seraient concernés en cas de liquidation ? Y a-t-il des dettes nouvelles ? Aucune réponse formelle n’a pu être apportée lors de l’audience pour un groupe qui réalise environ 8 millions d’euros de chiffre d’affaires, . Le président a insisté sur la nécessité d’obtenir des précisions supplémentaires de la part des dirigeants, ajoutant : "Ils vont continuer d'échanger de manière précise. Nous nous reverrons en juin."
"On avait déjà préparé le cercueil de quelqu’un qui n’est pas mort"
Le tribunal attend donc des "éléments précis" pour trancher lors d’une nouvelle audience fixée au 11 juin. D’ici là, le groupe compte céder plusieurs actifs à des sociétés basées à Saint-Pierre et Saint-André, afin d’apurer sa dette auprès de ses créanciers, essentiellement des établissements bancaires.
Pour Me Settama, avocate du groupe Sautron, la décision du tribunal est un soulagement. "Je suis très satisfaite de sauver ce fleuron de La Réunion. C’est un chef d’entreprise qui se lève tous les matins, travaille tous les jours. Quand vous avez un problème de pneu, vous savez que vous pouvez aller là-bas. Mais dès qu’il y a un souci, on ne fait pas de cadeau."
Le groupe, fondé il y a plus de 50 ans, avait déjà surmonté plusieurs épreuves, dont la crise du Covid et le cyclone Garance qui avait détruit son centre de Saint-Benoît (il devrait rouvrir d'ici une dizaine de jours, NDLR). "L’État est démissionnaire, les entreprises se battent seules. On avait déjà préparé le cercueil de quelqu’un qui n’est pas mort", lâche l’avocate.
En attendant la prochaine audience, les centres de pneus Sautron poursuivent leur activité.


