La future route du littoral face à des scénarios catastrophes

La Réunion est soumise chaque année aux rafales des cyclones. Ce risque a-t-il été pris en compte jusqu'à quel niveau ?
Dominique Fournel : Les ingénieurs sont partis sur la base d'un cyclone exceptionnel qui pourrait se produire tous les 100 ans. Donc, il s'agit d'une hypothèse large et donc rare. En gros, l'ouvrage peut résister à des vents de 300km/h.
Les piles du viaduc seront-elles à une distance suffisante pour parer à un effondrement massif de la falaise ?
Nous avons déterminé une ligne rouge parallèle à la côte et qui définit l'endroit au-delà duquel aucun bloc ne peut percuter les piles du viaduc. Cette distance varie en fonction de la hauteur de la falaise. De la Possession à Saint-Denis, il y a donc une distance de sécurité de 40 à 60 mètres par rapport à la route actuelle. En face de la Grande Chaloupe, cette distance minimale n'existe pas évidemment.
Les deux voies aux extrémités seront réservées au transport collectif. Un bus, avec son poids, peut-il chavirer dans l'océan ?
Le garde corps a été dimensionné pour résister à des chocs importants. Ce sont les mêmes barrières que l'on peut retrouver sur la route des Tamarins sur les ouvrages avec un vide en-dessous. Le pont de la Grande ravine a par exemple un vide de 140m en contre-bas. Le problème est le même. Évidemment, un scénario où un poids lourd lancé percuterait de face la rampe est le plus critique mais l'angle ne le permet pas vraiment.
Les hypothèses actuelles écartent une bande d'arrêt d'urgence sur la future route ? Que se passe-t-il en cas de panne d'un véhicule ?
Il y a en effet de prévu une 2x2 voies avec une voie réservée au transport collectif aux extrémités de la route. Il y aura un accotement de 70cm là où une BAU normale c'est 2 mètres de large. Mais les largeurs de voie sont telles que l'on peut continuer en 2 voies. La largueur du tablier est quand même de 29m.
Une voie réservée aux modes doux est-elle envisagée ?
Il n'y a pas de mode doux de prévu dans l'enquête publique actuelle. Par contre nous envisageons peut-être que les vélos puissent emprunter le 2ème tronçon en contrebas de la digue qui est une voie de service. C'est une voie située entre les quatre voies et la mer.
En assemblée plénière, Michel Lagourgue (Groupe Alliance), évoquait l'hypothèse d'un bateau qui viendrait percuter les piles du viaduc. Avez-vous envisagé cette possibilité ?
Déjà, c'est un concours de circonstance malheureux. Avant que cela n'arrive, il faudrait que le navire en perdition ne puisse pas donner de signal de détresse pour qu'il soit aidé dans sa manœuvre. Cela dit, nous avons malgré tout imaginé sur le côté droit du pilier (donc côté mer) une sorte d'enrochement comme des gabions à la base du pilier. De cette manière, le bateau percuterait ces roches avant de toucher la pile. Il faut tout prendre en compte, ça été imaginé.
Le fond marin est de quel type ? Sablonneux ou plutôt rocheux ?
Rappelez-vous de la barge qui était au large de la route et qui a sondé le sol sous-marin. Globalement, on a affaire à un sol consistant. Certains endroits sont plus délicats mais nous construirons 2 types de piles. Le premier type : c'est une grande table de béton qui sera posée sur le fond de la mer. Le deuxième type : ce seront des pieux posés dans le sous-sol comme pour le viaduc de Saint-Paul où il y avait un sol vaseux. Mais ces techniques sont éprouvées. Je pense qu'il faut réussir à convaincre. Moi aussi j'aurais préféré qu'on passe par la montagne mais la voie en mer est la plus économique. Le sol marin est à une profondeur qui varie entre 5 et 14m. Donc, vous voyez, ce n'est pas abyssal. En Chine par exemple, il y a un ouvrage de viaduc en mer qui court sur 40km. Donc, cette future route du Littoral n'est pas si unique que cela.
L'hypothèse d'une vague géante type tsunami ?
Le tablier est à une hauteur moyenne de 18 mètres par rapport à une mer calme évidemment. Tout a été calculé pour que même dans les conditions les plus extrêmes, les vagues ne puissent arriver qu'à un mètre de la base du tablier.
Que va-t-il advenir de l'actuelle route du littoral ?
Entre la Possession et la Grande Chaloupe, il est prévu de démolir la route pour en faire une sorte de creux pour piéger les effondrements. De la Grande Chaloupe à Saint-Denis par contre, on est parti sur un entretien à minima, de façon à ne pas perturber l'équilibre de la falaise. Il ne faut pas oublier que cette route agit comme un rempart pour contrer la houle donc il faut la garder. De plus, elle pourrait servir en cas de problème sur le nouvel ouvrage.
Les habitants de la Grande Chaloupe dans tout ça ?
Une desserte en face de la grande Chaloupe permettra à ses habitants de rejoindre la nouvelle route du Littoral. Cette desserte se situera à la limite de la jonction digue/viaduc.
Pourquoi avoir balayé la solution du péage à l'entrée de la nouvelle route ?
Un péage aurait créé des embouteillages. Celui-ci n'était prévu qu'à une seule extrémité : c'est-à-dire à la Possession. Il était même prévu d'empiéter sur la mer. Nous avons donc opté pour la suppression du péage car l'ouvrage sera financé par la Région qui va emprunter. L'accord Matignon 1 prévoyait une concession de la route à une entreprise comme cela se fait en métropole pour les autoroutes. En contrepartie, l'entreprise en question se serait faite rembourser par l'intermédiaire du péage sur une longue période. La grande différence, c'est que le premier accord Etat/Région affichait 550 millions d'euros, le reste devait être payé par la redevance (donc le péage, ndlr), alors que l'Accord Matignon 2 c'est 1,6 milliard d'euros prévu pour la route. Le projet est donc financé entièrement par la Région qui va emprunter.
Le problème de l'entrée de Saint-Denis revient sans cesse dans les propos de l'opposition…
1,5 millions d'euros va financer des études qui ont été lancées récemment entre la mairie de Saint-Denis et la Région. Il est donc trop tôt mais les pistes sont les suivantes : un tunnel ou une tranchée couverte. On a même parlé d'un viaduc toujours un peu à la manière de la route du littoral mais entre nous, voir un viaduc en face du Barachois, ça gâcherait le paysage mais c'est mon point de vue personnel. Le plus important, c'est que l'on aille vite et que d'ici la réalisation de cette solution une amélioration soit apportée sur l'ouvrage déjà existant, c'est-à-dire le boulevard Sud.


