« Penser et agir en Réunionnais, c'est trouver des solutions externes et en faire la synthèse »

À en croire Paul Mazaka, « l'identité culturelle est plus importante que l'identité génétique ou biologique ». Pour le formuler autrement, c'est le mode de vie et le patrimoine culturel des Réunionnais qui fondent leur identité, plus que la couleur de leur peau.
Ce postulat est partagé par son comparse José Macarty, qui le développe entre autres thèmes dans un ouvrage intitulé « Être et ne pas être, introduction à la philosophie réunionnaise » (Komkifo Editions). Si le travail de réflexion a été mené en duo, lors d'échanges hebdomadaires entre penseurs qui refusent la posture du savant-sachant, c'est bien José Macarty qui signe seul ce livre qui se veut « accessible » au plus grand nombre.
« Je considère que José, c'est la plume. D'autant plus il avait déjà mené une longue réflexion sur le sujet », justifie Paul Mazaka. « C'est un duo philosophique, on a échangé toutes les semaines, mais toutes les références citées dans le livre, c'est José. C'est pour cela que j'ai dit à José d'être l'unique auteur. »
Les deux amis se connaissent depuis plusieurs décennies, mais ont mené une quête « parallèle » avant que leurs chemins ne se rejoignent suite à la publication dans le magazine Zarboutan d'un article sur la philosophie réunionnaise de José Macarty qui s'apparente, avec le recul, à une forme d'ébauche du livre paru ces derniers jours.
« Ne jamais se regarder dans le miroir des autres »
José Macarty, ancien journaliste à Témoignages puis à Radio Korail, a voyagé à travers ses lectures, tandis que Paul Mazaka, ex-directeur des affaires culturelles d'Eric Boyer, a parcouru le monde avec des artistes (Gramoun Lélé, Danyel Waro) ou avec des tableaux (les expositions de la collection Vollard à Singapour ou New Delhi). Au terme de leurs pérégrinations, ils ont abouti à la même conclusion : la lointaine destination qu'ils pourchassaient pendant des décennies se trouvait sous leurs yeux, ici, à La Réunion.
« On a commencé par redéfinir la philosophie », rembobine José Macarty. « Etymologiquement, la philosophie c'est la recherche de la vérité, qui passe par une pensée critique et rationnelle. Nous, avec Paul, on a voulu redéfinir les choses. » Rien de moins. « Oui : on dit que pour nous cette quête met en œuvre un peuple et son expérience. On considère que notre livre est d'abord une prise de pouvoir, car le véritable pouvoir c'est le pouvoir des mots. On se dit : il ne faut jamais se regarder dans le miroir des autres. Dans le miroir des autres on a toujours été défini comme un peuple de bons à rien, violent et alcoolique. »
Le duo considère que s'il existe une philosophie réunionnaise, celle-ci « doit transparaître dans tous les domaines de notre société » : cuisine, jardinage, musique, croyances religieuses, etc... « Il doit y avoir le même déterminant. Le premier déterminant, c'est notre capacité à emprunter à toutes les sources. On emprunte, mais on prête, on apprête (selon le Larousse : accommoder, préparer un mets d'une certaine manière, Ndlr), et c'est dans la façon d'apprêter que se situe la philosophie réunionnaise. Il y a une relation dialectique entre les deux. On apprête de telle façon qu'on aboutit à une synthèse, comme la cuisine réunionnaise. On emprunte et on apprête aussi pour résoudre les contradictions », développe José Macarty.
Paul Mazaka sourit malicieusement en évoquant le sandwich mélangeant bouchons et frites, dénommé « américain », pour montrer jusqu'où peut amener l'esprit de synthèse. Un « besoin presque atavique de se mélanger » qui façonnerait notre personnalité. Pour lui, l'idée est de penser une philosophie, pas tant pour s'en gargariser que pour définir des solutions face aux défis qui se présentent à notre société et la fragilisent.
Il s'agirait ainsi de « penser et agir en Réunionnais, de trouver des solutions externes et d'en faire la synthèse. » José Macarty, lui, cite « L'Art de la guerre » de Sun Tzu ou le rappeur SCH pour parler d'une technique d'évitement héritée du maronnage, « lo kas kontour », qui pousserait le Réunionnais à ne pas trop se/en dévoiler et à se déporter stratégiquement sur un côté pour éviter certains problèmes. José Macarty reprend aussi ls mots du poète Alain Lorraine, pour qui « La Réunion ne se donne qu'après l'amour ».


