Ma belle-mère, l’humanité et la finance internationale

Ma belle-mère (paix à son âme) était pied-noir, d’origine espagnole. Je me souviendrais toujours d’une conversation au cours de laquelle je tentais de justifier la révolution algérienne. Vous considériez tout de même les autochtones, quasiment comme des esclaves. Vous n’avez pas été très tendre avec eux et je comprends leur révolte, lui disais-je. Ce à quoi elle me répondit du tac au tac : « Mais enfin, il m’arrivait souvent d’offrir des vêtements usagés à ces pauvres gens ».
La messe était dite. Je fus interloqué par cette réponse mais en même temps, cela me permit de mesurer le gouffre existant entre des colons fortunés et tout puissant et les habitants de ce territoire. Le mépris de cette caste inférieure n’était pas ostensible mais, dans cette société aux valeurs bien établies et figées, chacun avait sa place et il n’était pas question d’en changer. C’est probablement cet insupportable blocage sociétal, au moins autant que la flagrante inégalité, qui mit le feu aux poudres.
Je ne peux aujourd’hui m’empêcher de comparer cette situation à l’actuel déséquilibre du Monde. Il y a d’un côté la finance internationale, les grandes entreprise, les monopoles mondiaux plus puissants que les états (1) et de l’autre, le reste du Monde : la plèbe et ses gardes-chiourme. Dans les DOM, les confettis de l’empire français, le souvenir de cette époque coloniale est encore vivant, les inégalités sont encore là, les successeurs des grands colons aussi.
Dans ces microcosmes sociétaux un peu repliés sur eux-mêmes, il est intéressant d’observer cette sorte de caricature des inégalités mondiales. Les choses vont-elles s’améliorer ? À l’image du Bhoutan, la gestion de ces petits territoires semble poser moins de problèmes que celle des grands ensembles économiques continentaux. On pouvait donc le penser. Que nenni, c’est pire. On tente aujourd’hui de justifier les inégalités et les déséquilibres en clamant urbi et orbi que le bonheur est à notre portée. Il suffirait d’augmenter notre résilience, autrement dit, notre capacité de supporter les douleurs infligées par la vie moderne. On se fout du Monde !


