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Covid 19 : Il va nous falloir prendre du recul pour tenter de comprendre ce cataclysme planétaire

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 30 avril 2020 à 19H19
La pandémie du coronavirus incitera-telle la médecine hospitalière comme celle du secteur libéral à tenir compte, dans l’abord de leurs patients touchés par l’infection, d'une dimension contextuelle collective à la fois épidémiologique, sociologique et évolutionniste ? Cette même approche manque  assurément à la pratique médicale qui aborde individuellement les patients. Cette crise aura également mis en évidence que nous manquons d’informations fines, cliniques, psychologiques, au plus près des malades, obtenues avec leur participation consentie parce que, comme le dit bien ce dernier mot, ressentie comme essentielle. Ceci permettrait de tenter de circonscrire des « profils » afin de comprendre pourquoi certaines personnes ayant contracté le virus ne présentent aucun symptôme alors que d’autres y perdront la vie. Dans les deux cas, il est important d’obtenir ces informations pour tenter de cerner ce cataclysme collectif que nous vivons alors que nous pensions collectivement que nous possédions en France, sinon en Occident, l’un des meilleurs systèmes de soins médicaux au monde. 
 
Le terme de profil est inadéquat. Chaque être humain étant unique génétiquement et en s’individuant psychiquement, le risque de « profilage » pourrait créer des nosographies qui, malencontreusement, risqueraient de se retourner contre les patients et même contre les praticiens, tant les classements figent les représentations. Ceci dit, nous avons besoin, pour communiquer, de points de repères. Les institutions publiques soignantes devront-elles attendre que des initiatives soient prises hors de la médecine officielle pour rechercher ces informations explorant le psychisme des patients, leur histoire, leur culture ?  
 
Quant à l’institutionnalisation de l'approche en psychologie clinique et médicale, il nous faudra encore attendre, c’est à craindre, un certain temps. Nous devrions prendre conscience que nous subissons assurément les conséquences de la « disjonction des savoirs » sur l'humain - ce qu’Edgar Morin avait dénoncé depuis longtemps - et d'une approche dissociant santé mentale et sante physique. De plus, l'hôpital, performant pour assumer les urgences, aborde le corps, en médecine générale, en pièces détachées dont il est nécessaire d’acquérir un haut niveau de technicité qui s’inscrit dans un isolement des pratiques. Pour Stéphane Velut, chirurgien hospitalier : « Chacune de ces spécialités est devenue si complexe que le praticien exerçant dans l’une ne possède pas le centième des compétences de celui exerçant dans l’autre », p. 26, (1). Les responsables médicaux hospitaliers devraient adopter la posture éthique de reconnaître ce constat et d’y remédier.   Stéphane Velut a soulevé la question d’une position de chercheur impliqué - qui pour nous a une valeur hautement scientifique - du chercheur observateur au sein du « système » qu’il souhaite réformer.  Il nous faudra pour cela un certain courage. Il nous faudra aussi dépasser les intérêts et freins corporatistes qui ont contribué à la fois à reléguer la psychologie hors du champ médical et à décloisonner les spécialités. Ceci faisait déjà dire à Alexander Pope, donc ce n’est pas récent (1688-1744) : « La vie que tu dissèques, tu l’as perdue au moment où tu crois la trouver. » Plus proche de nous, le psychiatre Piet Nijs reconnaît que « le médecin formé à une médecine somatique doit s’ouvrir à la dimension totale d’une relation humaine », p. 44, (2). Les psychologues cliniciens frappent à la porte du médecin en « revendiquant » un avis dès l’établissement du diagnostic comme complémentaire de celui du médecin. Il faudrait se résoudre à ce que les désirs de pouvoir n’entravent pas cet indispensable travail interdisciplinaire, voire transdisciplinaire, impliquant aussi le patient... 
 
Selon notre regard, la pandémie serait révélatrice d’un état de morbidité d’une frange de la population vulnérable existentiellement à l’échelle de la planète, que la conscience collective semblait ignorer et qu’elle découvre aujourd’hui brutalement. Cette ignorance proviendrait du fait que nous avons minimisé la fragilité, la sensibilité et la vulnérabilité du vivant humain que le coronavirus est en train de nous rappeler. 
 
Sur notre continent européen, la lenteur de la réactivité des ARS a été également évoquée. L'exemple de l'Allemagne décentralisée dans la gestion de la crise devrait nous inciter à déléguer des compétences et des pouvoirs en santé publique au niveau municipal (et intercommunal) pour se rapprocher des citoyens et diligenter des expérimentations sur le sujet essentiel de la promotion de la santé. Nous soutenons cette perspective depuis des décennies en nous référant au « Mal français » évoqué, un temps, par Alain Peyrefitte.
 
Réf : 
1) Piet Nijs, « Médecine du corps ou de l’homme ?», pp. 41 à 57, in Cahier de Bioéthique, n° 1, Presses de l’Université de Laval, Québec, 1979.
2) Stéphane Velut, L’hôpital, une nouvelle industrie, le langage comme symptôme, Tracts Gallimard, n° 12, 2020 ; et L’illusoire perfection du soin, L’Harmattan, 2014.

 

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