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Pic pétrolier : Le loup est là

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 8 avril 2020 à 09H34

D'après le dernier bilan énergétique produit par horizon Réunion ([https://energies-reunion.com/wp-content/uploads/2019/07/HORIZON-REUNION-0519-BER2018-300x220-31BD-sans-TC-page.pdf]url:https://energies-reunion.com/wp-content/uploads/2019/07/HORIZON-REUNION-0519-BER2018-300x220-31BD-sans-TC-page.pdf ) notre taux de dépendance énergétique (part relative des énergies fossiles importées dans la consommation d’énergie primaire) est de l'ordre de 87% en 2018. Parmi ces importation, les produits dérivés du pétrole représente 61%. Or dans un avenir proche, la probabilité que nous soyons confrontés à des difficultés d'approvisionnement en pétrole est loin d'être négligeable.

Selon l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), le pic d'extraction du pétrole dit conventionnel, i.e. pour lequel il suffit de creuser et pomper, a été passé en 2008 ([https://www.iea.org/reports/world-energy-outlook-2018]url:https://www.iea.org/reports/world-energy-outlook-2018 ). On notera que cette même année, en raison d'une demande toujours croissante et d'une offre ayant du mal à suivre en raison de ce fameux pic, les prix du barils ont atteint des records à prés de 140$ le baril. Certains experts estiment aujourd'hui que ce pic d'extraction du pétrole conventionnel a été le déclencheur de la crise financières et de la crise des subprimes([https://jancovici.com/publications-et-co/interviews/une-interview-pour-mr-mondialisation/]url:https://jancovici.com/publications-et-co/interviews/une-interview-pour-mr-mondialisation/ ).  

Depuis ce pic, le pétrole non-conventionnel, dont l'émergence a été permise par les prix élevés, a permis de combler la décrue du conventionnel pour continuer à faire croître l'offre. Ce pétrole non-conventionnel rassemble entres autres les sables bitumineux et le pétrole de schiste dont l'extraction est beaucoup plus complexe. Cette complexité d'extraction fait chuter leur taux de retour énergétique, i.e. il faut dépenser plus d'énergie pour extraire une même quantité d'énergie. 

Leur rentabilité est donc beaucoup moindre que les pétroles conventionnels et la crise actuelle du coronavirus les met en difficultés. En effet la chute du cours du baril, en raison d'un déséquilibre entre l'offre et la demande, a fait chuter le prix du baril autour des 30$. Or le seuil de rentabilité pour les entreprises exploitant les pétroles non-conventionnels se trouve autour de 80$. Ces entreprises sont déjà fortement endettées et les premières faillites aux Etats-Unis sont déjà annoncées ([https://www.wsj.com/articles/u-s-shale-driller-whiting-petroleum-to-file-for-bankruptcy-11585746800]url:https://www.wsj.com/articles/u-s-shale-driller-whiting-petroleum-to-file-for-bankruptcy-11585746800 ). En quoi cela peut avoir des répercussion sur l'approvisionnement mondiale?

L'AEI dans son rapport de 2018 précise que pour combler la décroissance de l'offre de pétrole conventionnel, l'offre de pétrole non-conventionnel devrait plus que tripler pour satisfaire la demande en 2025. Or cette hypothèse reste fragile comme le montre une étude publié par l'institut français du pétrole (IFPEN) fin 2019 ([https://ogst.ifpenergiesnouvelles.fr/articles/ogst/pdf/2019/01/ogst190315.pdf]url:https://ogst.ifpenergiesnouvelles.fr/articles/ogst/pdf/2019/01/ogst190315.pdf ). Cette étude publiée avant la crise du coronavirus ne prend pas en compte la chute des cours du pétrole induite mettant une pression financière supplémentaire sur l'industrie du schiste et diminuant par la même occasion ses chances de tripler sa production.

La probabilité qu'un pic d'extraction (conventionnel et non-conventionnel) soit atteint d'ici 2025 est donc loin d'être nulle. Passé ce pic, la quantité de pétrole disponible sera donc de moins en moins importante année après année.

Cela constitue une menace importante au vu de notre dépendance à cette énergie. Depuis 2009, nous avons atteint un plateau à la Réunion concernant l'importation de pétrole ([https://energies-reunion.com/wp-content/uploads/2019/07/HORIZON-REUNION-0519-BER2018-300x220-31BD-sans-TC-page.pdf]url:https://energies-reunion.com/wp-content/uploads/2019/07/HORIZON-REUNION-0519-BER2018-300x220-31BD-sans-TC-page.pdf page12). Ce qui se profile pour l'avenir est une diminution des importations liée à la diminution de l'offre mondiale. Comment se passe la vie à la Réunion avec des importations de pétrole qui diminuent? Personne ne peut le dire précisément. En revanche il est certain que les secteurs en dépendant directement subiront des impacts. 28% de l'électricité produite utilise des dérivés du pétrole. 53% des importations sont destinées aux transports qui devraient donc également souffrir de cette baisse d'approvisionnement. 

Il apparaît donc urgent de prendre conscience de ce risque dont l'occurence n'est pas certaine mais d'une probabilité suffisante pour que l'on s'attache à réfléchir à commun le gérer. Nous ne parlons pas ici d'un risque pour dans 40 ans mais bien pour 2025 soit 5 ans. Si nous ne nous occupons pas du problème, il finira tôt ou tard par nous rattraper. Subir le problème sera certainement beaucoup moins plaisant que de le gérer en ayant anticipé un minimum.

 

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