Témoignage d’un professeur affecté en Ile de France
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" Son concours en poche, Antoine, qui n’avait enseigné qu’en zone rurale se retrouve nommé en région parisienne, dans un établissement classé « zone violence ». Deux mondes et pourtant…
Août 2009, Antoine*, 26 ans, vient de connaître le lieu de sa première affectation de professeur titulaire : un lycée professionnel classé en zone violence dans une ville de l'Essonne réputée pour ses quartiers « chauds ». Pour lui qui n'a connu que des lycées de zones rurales dans son Poitou natal, le dépaysement promet d'être total...
Retour en 2009. Une fois son concours en poche, il formule ses vœux d'affectation dans le mouvement inter-académie de l'Education Nationale, vœux liés à un système de point. Avec 21 points seulement au compteur, Antoine n'a pas d'autres choix que de démarrer sa carrière dans une des trois académies les moins cotées de France : Créteil, Paris ou Versailles. Ce système accouche d'un paradoxe visiblement insoluble. Les enseignants les moins expérimentés sont affectés dans les lycées considérés comme les plus « difficiles ». Au déracinement territorial et à la découverte d'un milieu inconnu s'ajoute la peur de se retrouver en lycée APV (Affectation Prioritaire à Valoriser), comme ce fut le cas pour Antoine qui enseigne le français et l'histoire-géographie.
« L'angoisse, je l'ai eu avant la rentrée. Surtout quand j'ai su que j'étais affecté en Zone violence. Je connaissais déjà la réputation du quartier avant même d'y avoir mis les pieds. J'avais des a priori négatifs et la tête pleine de stéréotypes renforcés quand j'ai découvert l'établissement pour la première fois... Des agents d'entretien arrachaient tous les buissons devant le bahut. Naïvement, je demande pourquoi et on me répond que, pour des raisons de sécurité, ils sont enlevés pour que personne de l'extérieur ne puisse s'y cacher. Et puis une voiture de la BAC sur le parking du lycée le jour de la rentrée, je n'avais encore jamais vu ça. »
Mais s'il parvient à exercer son métier dans de bonnes conditions, c'est parfois au prix de quelques sacrifices financiers, lui qui évalue son temps de travail avec la préparation des supports pédagogiques, les cours et les corrections de copies à 40 heures par semaine. « Gérer une classe de plus de trente dans un lycée comme le mien, c'est compliqué. Alors j'ai demandé à pouvoir en partager une en deux groupes de quinze. Je dois faire deux heures de cours au lieu d'une dont une qui ne m'est pas payée mais au final, je suis moins fatigué et la qualité d'écoute et de travail est incomparable. »


