"20 Désamb"

En 2018, j’avais eu le sentiment – totalement subjectif, bien sûr – que le 20 décembre était une journée portée disparue. Les festivités m’avaient semblé minimalistes, réduites au strict minimum syndical.
Cette année, tout a commencé avec la manifestation qu’organise, comme chaque année, l’association des « Amis de Sarda Garriga » devant la stèle du Barachois. On ne soulignera jamais assez le travail de mémoire remarquable qu’accomplissent tous les membres de cette association, hélas peu connue.
Samedi, toute l’île – et les médias s’en sont fait l’écho – était au diapason de la Fête de la Liberté, comme en témoigne le commentaire d’un lecteur de Zinfos : « de belles photos en NB ...pour un beau défilé...tout en couleurs » ([https://www.zinfos974.com/%F0%9F%93%B7-St-Denis-en-fete-pour-le-20-Desamb_a147504.html]urlblank:https://www.zinfos974.com/%F0%9F%93%B7-St-Denis-en-fete-pour-le-20-Desamb_a147504.html ).
J’avoue que cela m’a remis du baume au cœur. Car le 20 décembre n’est pas une date anodine. Les marchands du temple ont réussi à transformer Noël en un gigantesque barnum consumériste. Ils ont même essayé de nous fourguer Halloween, un machin totalement étranger à la culture créole. Tout çà pour nous faire cracher les quelques euros qui pouvaient bien nous rester après la rentrée des classes. Et avant qu’on ne passe de nouveau à la caisse à Noël et au jour de l’An.
Heureusement ils n’ont pas encore réussi à “monétiser” (comme on dit dans le jargon des youtubeurs) l’abolition de l’esclavage. Mais restons sur nos gardes : tous ces requins biberonnés, dans les écoles de commerce, au cash-flow et au warning profit doivent, sans aucun doute, chercher un moyen pour transformer notre rendez-vous annuel avec la liberté et la fraternité en un black Friday de la commémoration.
Le 20 décembre n’est pas un jour comme un autre. Il est celui où la République (qui n’est pas exempte de critiques, car elle n’a pas toujours été irréprochable : les harkis – parmi d’autres colonisés - en savent quelque chose) a reconnu la dignité d’Homme à des populations traités jusque-là en biens meubles. Il faut relire le discours de Sarda Garriga et en apprécier – au-delà du paternalisme qui l’imprègne – l’importance, à une époque où des thèses racialistes établissaient, sur des bases pseudo-scientifiques, l’infériorité définitive, de la majeure partie de la population mondiale.
Mais la Liberté (avec une majuscule) n’est jamais un acquis définitif. Les états sont des monstres froids qui n’ont ni cœur, ni sentiments. Nous pouvons gagner de petits pans de liberté, mais c’est une lutte sans cesse recommencée. Et on ne peut aspirer au repos, sous peine de se retrouver soumis, aliéné, dominé. L’esclavage existe toujours ; et je ne parle pas de la situation qui prévaut dans certains pays comme la Mauritanie ou l’Arabie saoudite.
Je parle de nouvelles formes de servitude contre lesquelles aujourd’hui il convient de lutter, liées à l’argent-roi et qui transforment l’Homme en une variable d’ajustement.
Je parle des salaires de misère et des dividendes indécents.
Je parle des parachutes dorés et du SMIC qui augmente de 0,2%. Je parle des “delevoye” aux multiples casquettes et de nos anciens réduits au minimum vieillesse.
Je parle de l’hôpital public que l’on étrangle et du secteur médical privé qui se gave.
Je parle de toutes les trahisons d’une élite qui n’a jamais lu le programme du Conseil National de la Résistance. À moins qu’elle ne l’ait trop bien lu, à l’instar de Denis Koestler, ancien PDG d’Axa, dont l’ambition était de détricoter ce programme. C’est à dire d’en finir avec la Sécurité sociale et la retraite par répartition, double symbole d’une solidarité qui complète le triptyque républicain.
Alors ne soyons pas amnésiques. Continuons de célébrer le 20 décembre pour ne pas oublier ce qui fut et nous préparer à ce qui sera.


