Ca rend foot !
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Mardi soir, Lyon affrontait Bordeaux lors du quart-de-finale aller de la prestigieuse Champion’s League, match faisant la fierté de tout amateur cocardier de foot car un de "nos" représentants se qualifiera pour les demi-finales de la compétition et ira défier soit le Bayern Munich, soit Manchester United, cocorico ! Yolande Calichiama soulignait quant à elle deux jours plus tôt que, quel que soit le résultat de l’affrontement entre Quevilly et le PSG, un Réunionnais jouerait la finale de la Coupe de France, la Rényon lé la!
La Rome antique voulait du pain et des jeux, remplacés depuis par la bière et le foot, saupoudrés d’un bonne dose de chauvinisme, qui font courir au bistrot tant de "sportifs" télécommandés et bedonnants. Un intervenant de l’émission "C dans l’air", lors d’un numéro consacré à Raymond Domenech, expliquait en substance que le sport à la télévision représente pour les gens (les messieurs surtout), las du travail et autres fardeaux de la vie, un moyen de se détendre, voire de rêver. Soit, le sport de haut niveau est à même d'offrir un très grand spectacle aux initiés.
Il n’en reste pas moins que le foot est devenu un simulacre de conflit plus ou moins larvé, quand il ne débouche pas sur des violences gratuites. Ainsi un France-Angleterre ravive la Guerre de Cent Ans, un France-Allemagne porte la trace indélébile du sinistre feuilleton en deux épisodes de la Guerre Mondiale, tandis qu’un France-Espagne est pour les seconds l’occasion d’une revanche sur Joseph Bonaparte.
Arrêtons-nous un instant sur ce dernier exemple et faisons connaissance avec Manolo, originaire de Séville. Manolo est un intellectuel, universitaire, cultivé, passionné de littérature et de cinéma, ouvert, voyageur. Il est aussi, à l’instar de son célèbre homonyme "Manolo el del Bombo", sorte de Footix (bien) en chair et en os, supporter en chef de l’équipe d’Espagne, un inconditionnel du ballon rond.
Un inconditionnel de son pays plus exactement car tout match impliquant "sa" sélection nationale (foot, tennis, basket, curling, lancer de nain...) le plonge dans un état second, révèle le Mister Hyde qui sommeille en lui. Manolo perd toute objectivité, gagne en mauvaise foi, harangue l’arbitre devant son téléviseur, dénigre de façon gratuite le physique des opposants, profère insultes et préjugés racistes.
Sous l’effet de la troisième mousse, d’aucuns trouveront la scène drôle, qui ne manque pas il est vrai de cocasserie. D’autres regretteront que le sport de haut niveau mette en scène aux yeux de certains des gladiateurs, des soldats et non des athlètes esthètes dont le seul intérêt serait d’apporter du plaisir au spectateur. Un moment de partage, de fête où l’on aurait envie, au-delà de quelques railleries de bon aloi, d’embrasser son "adversaire" à la sortie du stade ou du bar.


