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Après les résultats du premier tour

Paul Hoarau fait le point sur les enjeux de fond et à terme de ces Régionales et sur la place des électeurs dans ces enjeux.
Ecrit par zinfos974 – le mardi 16 mars 2010 à 15H31

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Cette élection régionale avait trois enjeux :

- 1. Premier enjeu : La liberté, la responsabilité et l’identité de la région Réunion, au sein de la République Française et de l’Union européenne, de la même façon que les autres régions françaises et européennes pour ce qui les concerne, dans la conduite du développement de l’île ; ou la dépendance sous tutelle parisienne.

–2. Deuxième enjeu : Le soutien à la politique de l’Alliance ; ou une autre politique pour La Réunion.

– 3. Troisième enjeu : La promotion d’une économie locale avec les acteurs réunionnais ; ou la porte ouverte aux entreprises de dimension mondiale pour accaparer, à leur profit, l’économie locale. Une politique culturelle libre et authentique accompagnant les acteurs culturels ; ou une culture officielle dirigée par les politiques, imposée aux acteurs culturels.

Tout le reste découle de ces trois enjeux. Le président Vergès s’étant positionné dans la logique du partenariat et du contrat avec le gouvernement (dans ce domaine "il ne théorise plus, il agit."), et en l’absence de tout autre partenaire, il est devenu le partenaire du tout Paris, de droite et de gauche. En l’absence de toute opposition responsable localement, il a disposé d’un boulevard pour imposer SA politique à Paris, comme étant la seule. Les opposants locaux ont défaussé leurs responsabilités et leur rôle d’opposants, sur l’intervention de Paris, oubliant que ce schéma n’était plus d’actualité.

La campagne électorale a un peu clarifié tout cela. Le sénateur Virapoullé a clamé la liberté, la responsabilité et l’identité à travers sa liste "La Réunion nout fierté" et à travers son slogan "Paris y commande pas nous". Michel Vergoz qui avait commencé sa campagne sur l’anti sarkozisme a davantage insisté, lui aussi, par la suite, sur le bilan du président de région sortant et sur les responsabilités de la Région pour résoudre les problèmes quotidiens des Réunionnais. Didier Robert lui-même, qui avait mal commencé, par une soumission affichée sous surveillance parisienne, a renforcé au fur et à mesure de sa campagne le caractère de son action : pour les Réunionnais, avec les Réunionnais et en réponse aux attentes des Réunionnais. Ceci pour le premier enjeu.

Il a été clair, à la fin de la campagne, qu’il y avait le président sortant, ses alliés et son bilan d’une part ; les opposants, leurs alliés pour une autre politique régionale, d’autre part. Ceci pour le deuxième enjeu.

A la fin de la campagne, également, les candidats sont sortis d’un débat dans lequel le président sortant, quoi qu’il dise, les avait piégés : sur le tram train et la maison des civilisations ; ils ont fini par dire que la Région avaient des responsabilités réelles sur les questions du chômage, de la formation, du logement, etc.. Le piège du président sortant, s’est d’ailleurs retourné contre lui. Le débat sur le tram train, et sur la maison des civilisations a, quelque part, déstabilisé son assurance et ses certitudes plus qu’il ne les a confortées. Ceci pour le troisième enjeu.

Je crois que si ces trois enjeux avaient été plus clairement posés au départ, il y aurait eu moins d’abstentions. Mais la mutation s’étant faite, durant la campagne, le temps a manqué. Pendant cette campagne il y eu du changement, en effet. Les media ne l’ont pas perçu et n’en ont donc pas parlé. Mais il a eu lieu. Je peux, moi, en témoigner.

 

Concernant le premier enjeu : Bien que les choses n’apparaissent pas avec la clarté et la vigueur qui auraient été souhaitables, il est évident que pour gagner des voix, le député Didier Robert a dû insister davantage sur le caractère réunionnais de son projet. Réunionnais par sa finalité et par l’appel aux acteurs du pays. Cela n’est pas allé, cependant, jusqu’au caractère institutionnel de la liberté, de la responsabilité et de l’identité de la Région Réunion dans la conduite du développement de l’île, au sein de la République et de l’Union européenne. Mais il sera obligé d’y venir pour se conformer à la nature des choses.

Concernant le deuxième enjeu : Il a été clair que, vers la fin de la campagne, aucun candidat, toujours pour gagner des voix, ne s’est déclaré en faveur de la poursuite actuelle de la politique régionale. Aucun. Certains se sont intérrogés, d’autres se sont opposés à propos des projets phares de l’Alliance : le tram train, la maison des civilisations. En fin de campagne, tout le monde a insisté sur les réponses à donner à l’attente des populations. Après avoir évoqué "les compétences" de la Région, pour esquiver la responsabilité de celle-ci, concernant ces attentes, les uns et les autres, tous, nous ont dit que la Région était compétente.

Concernant le troisième enjeu : Les choses ont été brouillées dans la profusion des propositions de programmes dans le plus grand désordre. L’un ou l’autre s’est félicité que, pour une fois, la presse a multiplié les articles, les déclarations et les interviews. Malheureusement, sans fil conducteur, le lecteur se perd dans un tel foisonnement.
Les regroupements pour le deuxième tour devraient se faire selon ces trois enjeux. Malheureusement, des interférences d’enjeux nationaux viennent brouiller les cartes. Il ne faut pas mélanger les élections.

A ce sujet, trois remarques peuvent aider la réflexion et les engagements.

1. Il n’est pas vrai que le verdict des électeurs pour les régionales, influencera leur choix pour l’élection présidentielle. La preuve la plus flagrante est qu’en 2004, au plan national ils ont voté à gauche pour les régions, et qu’en 2007, ils ont voté Sarkozy.

2. Avant le premier tour, le président Vergès a durci, dans son discours, son opposition au Gouvernement, pour gagner les voix des Réunionnais, alors qu’il y a une connivence évidente entre l’un et l’autre sur les projets phares du Conseil régional. Les élections gagnées, le président Vergès mettra-t-il la même ardeur à dénoncer la politique du gouvernement de monsieur Sarkozy ; ou reviendra-t-il à l’entente acquise sur le projet réunionnais de l’Alliance ? Le mélange des élections, décidément, jette le trouble.

3. De la même façon, après avoir été docile aux consignes du président Sarkozy, pour ménager les accords passés avec le président Vergès, monsieur Didier Robert, pour gagner les voix des Réunionnais, a dû durcir le ton de son opposition à l’Alliance. Une fois les élections passées, restera-t-il dans cette opposition pure et dure ? le mélange des élections, décidément jette le trouble, au détriment des Réunionnais.

4. Le choix de monsieur Michel Vergoz est tout aussi délicat. Il est évident que le candidat de l’union des socialistes n’est pas pour la poursuite de la politique de l’Alliance (deuxième enjeu). Mais la première secrétaire nationale de son parti n’est pas dans cette disposition d’esprit. De la même façon que le président Sarkozy compte beaucoup sur monsieur Vergès pour gagner sa réélection, madame Aubry compte elle aussi sur le président sortant de la Région. Le mot d’ordre "d’union de la gauche" appliqué à l’union des socialistes et de l’Alliance n’a aucun sens. Madame Aubry devrait pourtant savoir que l’électeur peut voter à gauche pour les régionales, et à droite pour la présidentielle : que les deux élections ne sont pas nécessairement liées. Le mélange des élections, décidément, jette le trouble au détriment de la clarté des problèmes locaux.

 

Comme on peut le voir, la politique, au niveau des états-major des partis et des hommes, ressemble pas mal à un jeu de pocker menteur. Certains s’y adonnent à leur corps défendant. J’imagine le trouble que doivent éprouver certains candidats à opérer des choix. Ils y sont contraints, en effet, parce qu’en face de la pression des partis et des ambitions, il n’y a pas de pression équivalente de la part des électeurs, pour empêcher que les politiques fassent n’importe quoi, soient obligés de faire n’importe quoi.

Deux cents électeurs ont signé un appel qui est une sorte de charte pour les hommes politiques. Deux cents électeurs, c’est énorme, mais c’est insuffisant pour impressionner les partis et la classe politique. Il en faudrait davantage. Ces signatures sont venues à l’occasion de ces régionales. La campagne va se poursuivre après les élections. Il faut bien que l’on finisse par comprendre que c’est l’électeur-souverain qui doit inspirer l’engagement des politiques à son service, non le contraire. Si plusieurs milliers d’électeurs signaient l’appel, il ne fait aucun doute que les prochaines élections se feraient dans un peu plus de clarté.

Aujourd’hui, comme disait un homme politique éminent, un programme, c’est fait pour gagner les élections. Quand le président Vergès attaque le gouvernement comme il l’a fait à la fin de la campagne pour le premier tour, c’est pour être élu, et rester l’interlocuteur privilégié du président de la République. A l’inverse, quand le député Didier Robert, devient l’opposant résolu de la politique de l’Alliance, c’est, aussi, pour être élu et prendre la place du président Vergès. L’un et l’autre ont opéré une volte face dans laquelle l’intérêt des Réunionnais n’est pas l’objectif prioritaire. C’est à ce genre de manœuvres qu’il faut mettre fin pour qu’il y ait plus de clarté dans la chose politique en général.

En attendant, dimanche prochain, deux questions se posent :
Est-il plus important de changer ou de maintenir la polique actuelle de l’Alliance à La Réunion ?
Ou
Est-il plus important de préparer l’élection présidentielle de 2012 ?
Ces deux questions se posent d’abord aux politiques qui négocient en ce moment, les accords du deuxième tour; et se poseront à nous, dimanche, dans le secret de l’isoloir.

 

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