Abus de biens sociaux: Les deux dirigeants de Korbey d'Or fixés sur leur sort en janvier prochain

Le plan de redressement judiciaire a été validé en octobre dernier par le tribunal de commerce de St-Denis mais pour Sergio Toinette le gérant de Korbey d’Or et de la Holding Advitam Run Sap ainsi que Stéphane Denize ex-gérant de cette dernière, les ennuis judiciaires se sont poursuivis ce jeudi devant le tribunal correctionnel de St-Pierre.
L’affaire n’est pas sans rappeler le scandale de l’Arast. La société spécialisée dans le service à domicile pour personnes âgées, dépendantes et handicapées connait d’importantes difficultés financières dûes à des erreurs de gestion mais aussi en raison notamment de mouvements de fonds opaques. Les deux hommes devaient ainsi répondre d’abus de biens sociaux.
Korbey d’Or a été créée en 2008 notamment par Stéphane Denize dans un contexte où la silver economy a le vent en poupe. Korbey d’Or participe au sauvetage d’une partie des salariés de l’Arast. Elle passe ainsi de quelques milliers d’euros de chiffres d’affaires à des millions.
Une croissance exponentielle qui leur fera "tourner la tête", "déconnecté de la réalité", a reconnu Stéphane Denize. Achat d’un billet d’avion sur le compte de la société pour permettre à la compagne de Sergio Toinette de rendre visite à son oncle malade, achat d’un véhicule de luxe sur le nom de la fille mineure de Sergio Toinette, encaissement d’un chèque de 6 500 euros sur un compte personnel, location en leasing de BMW X5 et X6...Est également reproché à Stéphane Denize son installation dans une villa de fonction avec piscine à l’Etang-Salé pour un loyer de 2 500 euros par mois.
"Des éléments signifiants sur le train de vie mené par les deux prévenus", souligne le parquet. Pour la défense, des pratiques pour certaines certes illégales, mais qui pour d’autres sont présentées comme "fallacieuses". "Il y a une différence entre le droit et la morale qui n’a pas sa place dans un palais de justice", ont-ils plaidé.
Des mouvements financiers complexes et anormaux
En 2013 afin de développer l’activité autour de la société sur un marché concurrentiel, en compagnie de Sergio Toinette qui en prend la tête, les deux hommes créent la holding Advitam Run Sap, "vaisseau mère" d’une demi-douzaine de filiales. Mais la loi de 2015 relative à l'adaptation de la société au vieillissement remet en cause leur idée de départ et par là-même les dividendes reversés aux actionnaires.
En parallèle, la justice s’interroge sur des sur-facturations de fournitures et personnels émises par la holding et payées par Korbey d’Or pour un préjudice estimé à plus de 440 000 euros. Sont également reprochés aux deux hommes des remontées de trésorerie de 1, 9 millions d’euros, un prêt de 275 000 euros effectué entre Korbey d’Or et TD (Toinette Denize) Invest mais également le règlement d’une facture de 83 000 euros pour une étude sur un projet de ludothèque. Des opérations qui ont contribué "à piller la trésorerie de Korbey d’Or", a argué le procureur.
De "mauvaises décisions prises" et "de mauvais choix de partenaires" a concédé la défense. "Aujourd'hui le tribunal de commerce leur fait confiance" , a-t-elle ajouté avec un plan de redressement validé par la fusion absorption de Advitam Run Sap par Korbey d'Or. Un passif de plus de 5 millions d'euros avait été enregistré.
Un troisième prévenu comparaissait ce jeudi à la barre. Jean-Eric Fontaine, gérant d’une société de pompes funèbres à St-Louis, filiale de la holding, est poursuivi pour travail dissimulé mais également pour abus de biens sociaux. 6 mois de prison avec sursis, 1000 euros d’amende et l’interdiction d’exercer une activité de gérance pendant 5 ans ont été requis à l’encontre de ce dernier.
24 mois de prison dont 18 de sursis, 3 ans de mise à l’épreuve, 50 000 euros d’amende, l’interdiction d’exercer durant 10 ans pour Sergio Toinette. A l'encontre de Stéphane Denize: 24 mois de prison dont 14 de sursis, 3 ans de mise à l’épreuve, une amende de 150 000 euros, l'interdiction d'exercer 10 ans et d'entrer en contact avec Sergio Toinette.
Le verdict est attendu pour le 31 janvier prochain.


