La Chaumière à St-Denis : Des jeunes font régner leur loi face à des locataires craintifs

Arrivé dans cette résidence à caractère social en août 2015, Daniel (prénom d’emprunt) a vite compris que les chosent ne tournaient pas rond dans le secteur. Régulièrement, la vie de la résidence est perturbée. Des chiens hurlent à la mort.
Daniel se tourne alors vers d’autres résidents, installés là depuis plus longtemps. "On s’est renseigné avec des gens du quartier et personne ne voulait parler. Nous l’avons appris avec des enfants du quartier qui nous ont dit que des jeunes, qui ne sont pas de la cité, torturaient les chiens errants".
Les chiens étaient torturés avec des brûlures de cigarettes, battus, quand ils n’étaient pas tout simplement tués… "Certains chiens étaient carrément enterrés vivants. Les enfants ont également vu un chien pendu à un arbre", rapportent les locataires. Mais tout le monde laisse faire.
Pourtant, un soir de janvier, ne pouvant plus supporter le martyr subi par les chiens du quartier, le locataire interpelle directement la bande de jeunes en leur disant de cesser leurs exactions. Message reçu, pour un temps. Trois semaines plus tard, rebelote : "Je les ai vus tuer un chien en le fracassant par terre avec une corde attachée autour du cou. Ils étaient à quatre sur lui et une fille filmait avec son téléphone portable. J’ai eu peur face à un tel déchaînement de violence et je n’ai osé rien dire", regrette-t-il aujourd’hui.
Les maltraitances vis-à-vis des animaux ne sont qu’une partie du climat d’insécurité que subissent des locataires silencieux. Mais c’est une agression qui fera basculer le rapport de force.
"Les jeunes m’attendaient avec une demi-masse"
"Deux jours plus tard, j’ai entendu un grand bruit au niveau du hall d’entrée aux alentours de 22 heures, reprend-il. J’ai vu cette bande de jeunes prendre à partie mon voisin, qui leur avait fait une réflexion parce qu’ils détérioraient la porte d’entrée du bâtiment. Je suis intervenu verbalement afin d’apporter soutien au voisin, mais ils étaient vraiment excités. Je suis descendu pour leur dire de cesser leur tapage mais ils m’attendaient avec une demi-masse et m’ont poursuivi. J'ai eu la vie sauve ce soir-là grâce à un voisin, qui m’a ouvert la porte de son appartement", raconte Daniel.
Le nouveau locataire décide alors de franchir le pas. Il porte plainte. Quatre des jeunes de la bande ont été formellement identifiés. Ils seront jugés le 20 mai pour agression physique envers le locataire, mais pas pour les actes de barbarie contre les chiens.
Sur cet aspect, l’agence immobilière qui gère une partie des appartements de ce parc locatif social de Saint-François a alerté l’association Agir pour protéger les animaux réunionnais (APPAR). Un courrier a été envoyé au sous-préfet chargé de la cohésion sociale, Rémy Darroux, et au maire de Saint-Denis, pour faire part de ces exactions, mais également pour "des attroupements nocturnes, de trafics divers, de nuisances sonores ou encore de voitures abandonnées". Bref, un climat d’insécurité intenable.
"Quand les résidents voient ces jeunes se réunir, ils appellent la police qui envoie automatiquement une équipe sur place. Ces rondes policières permettent aux locataires qui n’osent pas s’interposer, par peur de représailles, d’avoir un soutien. Elles sont également dissuasives auprès des jeunes qui essaient de créer des sortes de ghetto où ils peuvent se livrer à toute sorte de trafic ou de violences", termine-t-il.
Depuis le mois de février et le dépôt de cette plainte, les nuisances et les actes de barbarie ont cessé dans le quartier, nous indique le locataire, grâce aux rondes menées par la police. Même si de temps en temps, des jeunes continuent à venir, pour selon lui, "créer une oppression".
Un extrait du courrier adressé au sous-préfet et au maire :






