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Mentor et menteurs chez des imans

"Complément d'enquête" a retrouvé le mentor présumé de l'un des kamikazes du Bataclan. Abdelilah Ziyad, qui est aussi le "cerveau" des attentats de Marrakech, prêche incognito dans une mosquée de quartier à Troyes. En seconde partie, on remonte 30 ans en arrière : Un réseau de 35 islamistes en procès à Paris en 1996. Les aveux de l'«émir» Ziyad. Le Marocain a reconnu sa responsabilité dans l'attentat de Marrakech. Un réseau de 35 islamistes en procès à Paris. Haine du régime marocain d'où il est originaire, Abdelilah Ziyad se réfugie en France en 1982 et en 1984 il y est expulsé et part en Lybie une année. Un an plus tard, il est en Algérie reçu "à bras ouverts comme tous les opposants marocains" et il lui est remis un passeport algérien. En 1986, il revient en France avec ce passeport algérien et obtient une carte de séjour grâce à ses papiers algériens
Ecrit par zinfos974 – le samedi 12 décembre 2015 à 00H26

Où se trouve Abdelilah Ziyad, le mentor présumé d'Omar Ismaïl Mostefaï, l'un des kamikazes du Bataclan ? Celui qui est aussi le "cerveau" présumé des attentats de Marrakech, en 1994 (pour lesquels il a purgé huit ans de prison), circule librement en France.

Aujourd'hui, il est installé à Troyes, dans l'Aube, à une quarantaine de kilomètres de la famille Mostefaï. Et il est toujours imam. Malgré son passé de terroriste, il prêche dans une petite mosquée de quartier, sous une fausse identité, depuis au moins deux ans.

En caméra cachée, l'équipe de "Complément d'enquête" a filmé le prêche du vendredi. Même s'il se fait appeler Abdelkrim, c'est bien Abdelilah Ziyad qui s'installe au pupitre. Interrogé sur les révélations de Mediapart selon lesquelles il aurait connu Mostefaï en 2010, à Chartres, Ziyad dit n'en avoir jamais été proche.

Quant au directeur de la mosquée, après avoir reconnu être au courant des liens de son imam avec le kamikaze du Bataclan, il change de discours face à la caméra. Il fait alors mine de découvrir la véritable identité de Ziyad – et promet de le chasser.

Extrait de "Dans l'ombre de Mostefaï", un reportage diffusé dans "Complément d'enquête" le 10 décembre 2015. Source : http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/complement-d-enquete/video-complement-d-enquete-sur-les-traces-d-abdelilah-zyad-mentor-presume-de-mostefai_1216917.html#xtor=AL-67-

Seconde partie :

"Je n'ai pas dit toute la vérité au juge d'instruction et je n'ai pas pris mes responsabilités. Je vais tout dire au tribunal". Avec cette phrase hier, Abdelilah Ziyad, chef présumé d'un réseau islamiste a fait basculer le procès. Depuis lundi, au palais de justice de Paris, on attendait l'audition de cet homme de 38 ans, toujours en blanc, que tout le monde appelait Rachid. Le seul barbu parmi les 21 prévenus qui comparaissent pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Le seul qui, à heures fixes, cesse d'écouter les débats pour prier. Le seul qui demande l'aide d'un interprète pour s'exprimer. Hier il a reconnu «dans l'honneur et le courage» ce qu'il avait jusqu'ici farouchement nié. Oui, c'est bien lui qui a ordonné à des jeunes de Paris, de La Courneuve et d'Orléans de passer à six reprises des armes au Maroc entre 1992 et 1993. C'est encore lui, qui avec "Saïd", son "frère" aujourd'hui en fuite était à la tête des réseaux mis en place en France «pour déstabiliser le Maroc», son pays. Y installer "une république islamiste et supprimer l'injustice du régime de Hassan II". Du coup, le tribunal s'est retrouvé face à une situation bien embarrassante et que dénoncent les avocats depuis le début . A la prison de Rabat, depuis janvier 1995, trois jeunes hommes, dont deux Français sont condamnés à mort et trois autres à perpétuité. Pour des attentats au Maroc, dont l'un a causé la mort de deux touristes à Marrakech. C'est pourtant dans cette même affaire et pour un simple "délit" que sont jugées aujourd'hui à Paris, le commanditaire de ces crimes, et Tarek Fallah, un des jeunes participants à l'attentat. Les aveux de Ziyad hier ont éclairé plus crûment encore cette disparité dont la section antiterroriste de Paris n'a jamais voulu entendre parler. Comment refuser maintenant d'écouter la voix des avocats qui réclament le retour des condamnés du Maroc pour que tous soient jugés ensemble en France? Autre retournement de l'audience, Ziyad a complètement disculpé trois des prévenus. En prison depuis deux ans, malgré leurs protestations d'innocence.

Mais son audition a aussi permis de comprendre l'ascendant qu'il a exercé sur la bande. On attendait le discours d'un fanatique, mais le tribunal a écouté un militant calme. L'engagement lui est venu à 18 ans au Maroc, quand il croise la route du MJIM (mouvement des jeunes islamistes marocains). "Au début, dit-il, nous avions l'ambition de changer les choses pacifiquement, mais chez nous la répression opprime l'opposition. Il nous a fallu tenir le langage que tient le Roi". Autour de lui, pour avoir osé s'opposer, des gens sont condamnés "quiconque ose critiquer Hassan II est passible de cinq ans de prison et jusqu'à la perpétuité. Demandez à la famille Oufkir, elle en sait quelque chose. Nous ne sommes pas violents, nous n'aimons pas le sang, mais nous avons été obligés de porter les armes. C'est ce que vous avez fait en France pour votre Révolution". Les armes, c'est justement pour en avoir importés d'Algérie au Maroc que Ziyad et Saïd prennent perpétuité en 1985. Ils n'attendront pas leur condamnation. Ils ont fui en France en 1982. C'est là que Ziyad apprendra que sa mère «est morte en garde à vue» et que son frère est devenu fou «après avoir été torturé». Cette haine du régime marocain, Saïd et lui vont désormais l'inculquer aux jeunes qu'ils rencontrent en France ,au nom du MJIM. Expulsé de France en 1984, il part pour la Libye "le seul pays qui voulait bien de moi". Un an plus tard, il est en Algérie. Et c'est là qu'intervient l'autre révélation de ce procès. Car, il y est accueilli à bras ouverts et, "comme tous les opposants marocains" il y reçoit un passeport algérien, il est logé et nourri dans un petit hôtel. Revenu en France en 1986, il obtient une carte de séjour grâce à ses papiers algériens. De là à en conclure qu'il a été manipulé par les services algériens, il n'y a qu'un pas. Franchi par le gouvernement marocain, qui après l'attentat de Marrakech l'expliquera dans un long communiqué qui ne figure nulle part dans le dossier d'instruction et que brandit Me Arnaud Montebourg à l'audience. Ressurgissent d'un coup toutes les ombres de ce procès. Qui a véritablement commandité Ziyad? Comment expliquer que certains membres du réseau ont mystérieusement échappé aux policiers qui les filaient? Ce n'est sûrement pas Rachid qui va répondre. Dès que l'on évoque ses sources de financement, il se tait. Il se tait encore devant le nom de Lounici, membre actif du Fis et pourvoyeur d'armes présumé du réseau en France. Mais quand on lui demande s'il n'est pas choquant d'avoir envoyé des gamins au casse-pipe au Maroc sans avoir rien prévu pour qu'ils puissent en revenir après les actions, alors Ziyad perd pied. Il ne sait vraiment pas quoi répondre.
Dominique SIMONNOT
Source : http://www.liberation.fr/france-archive/1996/12/12/un-reseau-de-35-islamistes-en-proces-a-parisles-aveux-de-l-emir-ziyad-le-marocain-a-reconnu-sa-respo_191295

Pour ceux qui veulent un peu plus de renseignements et de précisions et pas des moindres :
http://www.eric-verhaeghe.fr/qui-est-abdelilah-zyad-le-mentor-de-mostefai/
http://libreinfo.perso.neuf.fr/plaquette03_46.htm
http://www.lest-eclair.fr/396517/article/2015-12-11/qui-se-cache-derriere-abdelilah-ziyad (pour la photo)

 

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