Infantilisation de la société réunionnaise

A La Réunion, patrie des bureaucrates indexés et des chômeurs de masse, à rebours de toutes les évolutions qu'on constate dans les pays démocratiques développés, et au moment même où la mondialisation accentue la compétition entre les économies et appellerait donc plus d’effort, plus d’engagement, plus d’ouverture et de compétences, on s'interroge donc s’il vaut mieux :
-1- confier notre destin à un binôme où se sont accouplés :
- une communiste qui n’avait pas brillé jusqu’alors par son esprit d’ouverture, -ex ou pseudo communiste peut-être, on ne sait plus très bien, vu qu’on n'a jamais lu Marx et considérant surtout qu’on a aperçu notre candidate matérialiste athée au Maido, dans un grand élan métaphysique et mystique, priant le ciel qu’il ne nous tombe pas sur la tête- ,
- et un socialistoïde patrimonial, défenseur de la préférence régionale, familiale et surtout pas trop cérébrale.
-2- ou bien de laisser la gestion des affaires régionales au pontife en place (au sens étymologique) qui jure qu’il achèvera l’ouvrage, en dépit de la lapidation systématique dont il fait l’objet, le grand dépassement tenant lieu d’adultère, avec Franck quotidiennement à la manœuvre comme grand inquisiteur.
Au milieu, attendant son heure, arbitre du second tour mais dont on sait déjà qu’il rejoindra finalement le camp des héritiers de Guy Mollet et de Georges Marchais qui rêve d’une nouvelle alliance, un spéculateur immobilier, poujadiste, qui promet de démanteler notre chère sécurité sociale, de transformer notre île en Monaco et de défaire nos deux parcs naturels.
Et n’oublions pas la régie publicitaire assurée par Camille qui n’est plus réellement Camille depuis que Maxime, l’imprimeur en chef, a pris indirectement le contrôle de la station des doléances, la dernière du chemin de croix de La Réunion.
Allez comprendre comment nous en sommes arrivés là ? Ou plutôt ne serait-ce pas finalement dans le désordre des choses.
Michel Schneider, dans son livre Big Mother, nous avait à peu près tout dit sur la psychopathie de la vie politique. La montée du score de Huguette Bello vient confirmer de manière éclatante ses sombres prédictions.
Huguette nous fait oublier le père et substitue à cette figure le profil "mamellaire" de la mère nourricière et bienveillante, rassemblant et protégeant ses enfants contre tous les maux et surtout ceux importés par les barbares venus de métropole.
Cette mère est devenu l'idéal de l'électeur réunionnais moyen. Assisté ou fonctionnaire, l'électeur moyen est d'abord un "être infantilisé affecté d’envies" (qui sont des désirs qui ont mal tourné) cherchant une prothèse pour les plus démunis et une antithèse rédemptrice pour ceux qui sont hantés par la mauvaise conscience des privilégiés.
Les sondages donnent la température de ces envies et pour le moment ils indiquent une nette montée de fièvre au point que l’on peut craindre paradoxalement qu’une grande partie de la nursery reste alitée le 6 décembre, dans un grand accès de bouderie, faute de trouver dans les linéaires politiques de quoi passer joyeusement Noël en famille.
Femme (comme Ericka, Monique, Léopoldine, Jeanne, Rose et consorts) Huguette rassure. Elle offre tout ce dont rêvent les bébés citoyens : proximité, caresses, assistance, soins, protection, soutiens, aides, éducation, encouragements, sports, justice.
La couleur de sa campagne est le rose bonbon, décliné en "Mode Bello", comme belle évidemment, comme le sont toutes les mamans du monde, avec en anglais sur la boîte la mention de la date de péremption, et ce dièse à ne pas confondre avec le bémol pour nous faire comprendre que l'assistanat généralisé n'est pas si démodé que ça et que c’est même, plus encore que la femme, l’avenir de l’Homme.
Elisabeth s’y était essayée il y a 3 ans ; elle y avait mis trop de cœur et pas assez de volonté. L’affaire n’était pas mure et l’intendance n’avait pas suivi.
Huguette ne nous offre pas que des bonbons sucrés. Elle nous prend la main et nous entraîne vers des horizons radieux. Son visage rayonne de grâce comme celui de la Vierge Marie. Photoshop a gommé les rides d’amertume et le sillon nasogénien pour témoigner encore plus de la bienveillance dont elle nous couvrira.
Seule l’Eglise et les laboratoires Loréal sont encore capables de fabriquer une telle image. Mais depuis la lecture de Philippe Muray, je me suis laissé convaincre que le socialisme, qu’on nous présente comme le produit du pseudo-athéisme antichrétien du 19e siècle, est en fait, depuis sa conception, une vision occultiste de l'univers. La pensée magique nourrit la "réflexion" économique socialiste et Mitterrand lui même consultait Elisabeth Tessier.
Comme en écho à cette icône, déployée sur le fronton de la mairie de Saint Denis, une bannière de rose bello nous promet, au cas où des pervers sadiques s’interposeraient, de contribuer à la lutte contre les violences faites aux femmes, aux mères et même aux amantes, ce que nous suggère, comme en un clin d’œil coquin, le stick de rouge à lèvres qui a servi à écrire le message.
Et, comme dans tout système bien régulé, on a prévu l’antidote. Après les bonbons, Monique aux côtés d’Huguette prendra soin de notre santé. Elle se bat farouchement contre les sucres des sodas et l'alcool. Si elle délaisse la lutte contre les benzo pyrènes hautement cancérigènes des barbecues et des boucanés, ce n’est pas faute d’y avoir pensé mais c’est pour simple contre indication culturelle et donc politique. Pour soigner les gens il faut d’abord gagner le pouvoir ou le conserver. Voilà un principe de bon sens.
Dans son combat contre l'alcool elle s'indignait avant hier de la modification de la loi Evin oubliant, absorbée sans doute par ses dossiers, ces grands panneaux publicitaires au bord de nos routes , y compris à Saint Denis, vantant de manière parfaitement illégale les vertus du rhum ou de Johnnie Walker.
Bientôt délaissant un moment la gastronomie, elle va avec ses collègues de l'Assemblée régenter les sexualités coupables. La masturbation infantilo-politique dont on sait pourtant qu’elle rend, ne sera pas comprise, je vous rassure, dans le plan de lutte.
Le 7 décembre l’équipe sanitaire et sociale sera renforcée par Léopoldine qui lutte contre le cancer, Rose, enivrée par l’action parallèle ou perpendiculaire, qui s’occupe des insuffisants rénaux qui n’auront pas compris suffisamment tôt le message de Monique et Jeanne enfin pour la chirurgie générale prescrite dans les cas les plus désespérés. C’est fou comme Thierry qui a l’air pourtant bien portant s’est entouré d’infirmières.
Voilà pour l’infirmerie de campagne, mais quand je faisais mon service militaire on m’avait dit de ne jamais me fâcher avec le fourrier. Gilbert remplit cet office, en soutien un peu en arrière, parce qu'il ne colle pas tout à fait à l'image "soft" de notre dame. Enfant de troupe aguerri et maîtrisant parfaitement le merchandizing politique, qui n’est à y regarder de plus près qu’une déclinaison particulière du commerce des shampooings, il a cru néanmoins utile de se faire assister d’un lieutenant colonel. Notre légionnaire a été préposé à la logistique et à l’ordre public. Il a des états de services à faire valoir puisqu’il s’est battu sur les fronts africains auxquels nous savons, selon son propre témoignage, ressemblent beaucoup les scrutins locaux, surtout du côté de la vierge Marie. Un colonel ne se déplace jamais sans son aide de camp et il en a trouvé un qui servait autrefois la droite dure et sait donc de quoi il en retourne.
Avec Gilbert tout le monde est en ordre de marche. Ce qui manque souvent à la gauche ce n’est pas l’argent, -aux dernières législatives Ericka avait devancé tous ses concurrents dans la collecte de dons défiscalisés à hauteur des 2/3- je vous rappelle que l’exercice fiscal sera clos le 31 décembre- . Non ce qui manque souvent aux trop scrupuleux socialistes, c’est de l’audace toujours de l’audace et Gilbert en a à revendre. D’ailleurs justement il nous a promis pour bientôt à la Cité des arts l’ouverture d’une école de théâtre non pas conçue comme une pratique artistique mais comme une thérapeutique à la timidité et à l’éthique paralysante. Il nous avait déjà appris à nager dans les pataugeoires, spécialité dans laquelle il excelle.
Je crains que le prochain scrutin n'emporte tout dans l'abyme du renoncement collectif. Pas cette armée en campagne. Oh non, ils ont assuré leurs arrières et leurs devants ! Mais tout le peuple, avec ses illusions.
La Réunion est malade de sa mère bureaucratique qui ne sait plus où donner du sein. Elle s’empare de tout, promet tout mais la tâche est au dessus de ses forces et au final elle laisse tout en plan, tandis que les enfants qui n’en ont jamais assez, réclament toujours plus: plus d’argent, plus d’aides, plus de loisirs, plus de repli sur soi. Et toujours moins: moins d’effort, moins de contraintes, moins d’engagement, moins de concurrence, moins d’intelligence. Et ils protestent de plus en plus fort et menacent de changer de sein .
Le processus d’émancipation se fait ici à l’envers et va d’une indépendance relative et à dépendance absolue. Surtout ne pas devenir adultes. Tel est le mot d’ordre.
Entraînés par une dépendance accrue, on ne pourra plus revenir en arrière !
Rappelons nous ce qu’écrivait Tocqueville : "En vain changerez vous ces citoyens que vous avez rendus si dépendants du pouvoir, de choisir de temps en temps leurs représentants… cela ne les empêchera pas de perdre peu à peu la faculté de penser, de sentir et d’agir par eux-mêmes et qu’ils ne tombent peu à peu au dessous du niveau de l’humanité...
Pierre BALCON


