Plaisirs et richesses enfermées (Dans l’enclos du volcan)

Au temps jadis, le spectacle du volcan était une vraie aventure. Il fallait le mériter, mais quelle récompense au bout de l’effort.
Et pourtant, en ce temps-là, pas de voiture pour les 24 km séparant le 27° du cratère en éruption. Pas d’hélicoptère pour l’évacuation, pas de PGHM, pas de volcanologues.
Et pourtant encore, tout gamins que nous étions, nous en sommes toujours revenus sains et saufs, le cœur, les yeux, tout l’être, d’images, de poésie et du respect de cette nature, à jamais gravés. Puis vinrent la route et les moyens de secours.
Ma naïveté m’avait conduit à penser qu’ils seraient les promoteurs d’une « démocratisation » de l’accès à un spectacle quasi unique au monde mais aussi plus prosaïquement – l’air du temps oblige- d’un atout de développement dont nous aurions bien besoin.
Mais c’était sans compter sur le « principe de précaution », certes nécessaire, mais faisant peser sur le seul Etat, la responsabilité du risque. Un peu comme si nous n’étions plus responsables et qu’il fallait nous encadrer, nous infantiliser.
Certes, le développement de ces moyens a eu pour conséquence de drainer un flot de personnes imposant des mesures de précautions rigoureuses, mais doit- on se contenter d’un spectacle à distance, comme au cinéma où à la télé, alors que nous pouvons entendre au plus près, battre le cœur de la terre ?
Les ados que nous étions, n’étaient pas plus enclins au suicide que ceux d’aujourd’hui et nos parents pas moins responsables.
Aussi, et je parle là des années 50, nous partions la plupart du temps accompagnés d’un guide qui nous apprenait à connaitre, profiter mais aussi respecter la nature.
Ne pourrait-on aujourd’hui valoriser ce « gisement » de plaisir, de richesses et d’emplois directs et indirects ?
Serait-ce totalement utopique par exemple, d’envisager la création d’une compagnie de guides spécialisés, formés à la connaissance du risque par les volcanologues avec qui ils travailleraient en partenariat ?
Ainsi, l’accès (obligatoirement accompagné), en toute sécurité et au plus près, à un des plus beaux spectacles de notre île et peut-être du monde serait rendu possible au plus grand nombre. La protection du patrimoine serait également garantie.
Tout adepte de la haute montagne, de la haute mer, des airs, n’ignore pas les risques (intempéries, avalanches, chutes de pierres, tempêtes, turbulences…). Il fait avec ! Mais si après l’avalanche, l’alpiniste repart, si après la tempête le marin reprend la mer, l’aviateur, le parapentiste s’envole à nouveau, en revanche, après l’éruption, plus rien à voir. Ici, c’est quand le risque est là que le plaisir est optimal. Encore une spécificité locale !
Doit-on pour autant s’en priver ?
Organisons au contraire la valorisation de ce bout unique de notre patrimoine comme outil pédagogique, économique et de rayonnement de notre île.
Ne serais- je qu’un doux rêveur ?
Un ancien alpiniste, parachutiste, parapentiste et navigateur (côtier) à la voile.
Alix SERY


