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La mort programmée de mon fleuriste

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 4 novembre 2015 à 11H35

Nous sommes le 1er novembre et mon fleuriste est fermé.

J'ai cru d'abord qu'il était mort car rester fermé un 1er novembre, quelle drôle d'idée pour un fleuriste! Non, il a juste pris ses congés annuels comme il l'a si bien spécifié sur l'affiche collée sur sa devanture: "Congés annuels du 20 octobre au 12 novembre".

Cette année, mon fleuriste a boycotté le jour où chacun va fleurir les tombes de ses proches.

La quincaillerie du coin a comme chaque année commandé de petits pots de peinture argentée et les pinceaux qui vont avec pour rafraîchir les croix. Le bazar chinois a sorti son stock poussiéreux d'arrosoirs indémodables. La boutique chinois a rempli ses bocaux de bonbons acidulés exclusivement de couleur orange pour célébrer Halloween. Et mon fleuriste, pourtant un bosseur acharné, a préféré se la couler douce au lieu de se battre contre les grandes surfaces qui proposent des fleurs d'origine lointaine, contre le vendeur d'orchidées qui a installé son tréteau au bord de la nationale, contre les marchands forains qui ont inondé dès la veille les entrées des cimetières.

Mon cher fleuriste baisse les bras, lui qui a tant déboursé pour être labellisé sur le plan national, lui qui se renouvelle sans cesse tout en ne comptant plus les heures supplémentaires, lui qui ne pensait vraiment pas que devenir le patron de sa propre boite le rendrait aussi précaire. Usé par les charges, fatigué par le manque de liquidités, il vieillit mal et sa passion d'antan est devenue son calvaire quotidien.

La vie a beau être dure, la crise a beau s'installer dans chaque foyer réunionnais, mon fleuriste ne comprend plus que le bouquet de fleurs annuel pour Mamie reste sacré.

Durant quelques jours on espérera la paie qui n'est pas encore tombée, les allocations qui ne vont pas tarder et les jouets déjà présents dans les catalogues de Noël.

Les cimetières vont se remplir de fleurs fanées, les vases déborderont d'eau croupie grouillant de larves. Les allées vont se vider aussi vite qu'elles s'étaient remplies, les poubelles déborderont de bouquets non recyclables et les gens regagneront leurs pénates le coeur rempli de la satisfaction du devoir accompli. Et lorsqu'il reviendra de ses congés annuels, mon fleuriste se mordra les doigts, persuadé d'avoir raté l'unique occasion de sortir la tête de l'eau.

Tant pis pour lui, il se rattrapera à la St Valentin, s'il n'a pas définitivement fermé d'ici là.

Albert GROPOUNE

 

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