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Jessica, arnaqueuse compulsive : 80.000 euros en trois ans mais… coupable ou victime ?

Tribunal correctionnel de Saint-Pierre, 10 avril 2014:
Ecrit par zinfos974 – le vendredi 11 avril 2014 à 10H28
Dans sa petite tête, elle a trouvé "le" moyen de vivre mieux. Mieux que ce que ses allocations familiales (890 euros) et son RSA, pour faire vivre les quatre enfants que lui ont laissés des amants successifs qui ne l’aident pas à les élever.
 
Lorsqu’elle se présente à la barre, on se demande ce qu’elle fait là.
 
Et j’avoue humblement que moi-même, après avoir assisté à cette audience, j’eus aimé mieux ne pas avoir entendu ça. Je l’ai dit : les audiences correctionnelles sont le miroir de la merde dans laquelle baigne notre société. Là, nous y étions en plein.
 
Cette femme, cette accusée, qui a "baisé la gu…" de dizaines de sociétés et commerces en presque trois ans, ne semble pas comprendre ce qu’on lui reproche.
 
Ce qu’on lui reproche ? C’est très simple. "D’une banalité, d’une facilité confondante", a souligné le procureur.
 
Jessica est nantie de quatre enfants de deux pères différents qui, après l’avoir engrossée, l’ont laissée choir comme une vieille chaussette. Aucune femme ne mérite ça.
 
890 euros de la CAF, et un RSA, pour cinq personnes, ça le fait pas. Alors, elle a demandé un carnet de chèques sa banque. Qui le lui a accordé sans se poser de questions : une banque finit toujours par rentrer dans ses fonds, n’est-il pas ?
 
Jessica déclare la perte de son carnet de chèques, ce qui est faux. Et pendant presque trois ans, va émettre des chèques dans des commerces, à travers toute l’île.
 
Pendant tout ce temps, personne ne va lui chercher des noises. Elle achète dans des grandes surfaces, des quincailleries, des parfumeurs, des lingeries de haute ou moyenne gamme, des stations-service alors qu’elle ne conduit pas et n’a même pas de voiture "mais c’était pour aider quelqu’un de la famille".
 
Elle achète de façon compulsive. Pendant près de trois ans, elle va dépenser sans compter, sans que personne ne trouve à y redire. En gros, elle aura vécu sur un grand pied, environ 2700 euros mensuels, avant que la justice n’y mette le holà.
 
A la barre, elle reconnaît tout ce qu’on lui reproche : "Mi connais lété pas bien ça que moin la fait. Mais mon zenfants lété malheureux".
 
Mais elle est comme absente de son propre procès.
 
Ni la présidente Peinaud, ni le procureur Giraudet n’ont pu lui arracher autre chose que "mi connais lété mal".
 
Il apparait à l’évidence que Jessica n’était absolument pas dans un état de conscience raisonnée.
 
Le procureur Giraudet n’a pas failli à son rôle de défenseur de la société : il est là pour ça. Mais il n’a pas manqué non plus de dénoncer la main-mise des grosses sociétés qui, avec leur publicité à outrance, "obligent" les gens à acheter. Sans nier les "achats incompréhensibles" non plus (un parfum chez Mado au lieu d’une bouteille d’eau-de-Cologne).
 
Ce procureur, très à l’écoute de la société qui l’entoure, a fustigé les banques qui attirent et savent se payer de retour.
 
Il n’en fallait pas plus à Me Frédéric Hoareau, qui n’en rate décidément jamais une, pour aller au charbon..
 
Ce fut une attaque en règle, un tir de barrage puissant, une charge digne des tuniques bleues. S’engouffrant dans la brèche offerte par le procureur, Me Frédéric Hoareau nous a offert un régal.
 
Ce ténor (je pèse mes mots) a expliqué comment la publicité outrancière nous phagocytait l’esprit. Comment cette femme, désireuse de faire plaisir à ses enfants, s’était abandonnée à la facilité d’un stratagème aussi grossier.
 
C’est ce que tout le monde a prouvé, au cours de cette audience : la présidente, incisive ; le procureur, humain ; les avocats, pointilleux ; c’est que cette Jessica n’est que le reflet de notre société.
 
Ce qu’a fait avec un talent sans égal Me Frédéric Hoareau. Bonhomme qui semble craindre ni Dieu ni diable.
 
Les importateurs, "Hayot en tête", a dit Me Hoareau, nous bouffent et font des prix plus élevés de 50 % ici. Leurs publicités, etc.
 
Le procureur ne s’est pas acharné sur l’accusée, plus victime de la société de consommation que réelle délinquante.
 
Thémis, déesse de la justice, soupèse deux poids. Je me plais à penser que M. Giraudet conserve précieusement l’un des fléaux en son sein.
 
Jugement le 24 avril.

 

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