Lundi noir pour la presse... Salut à toi, Témoignages !

Ce 16 décembre, Témoignages va disparaître des kiosques. Bien sûr, il subsistera une version en ligne mais ce ne sera pas la même chose, les journaux en ligne ne connaissant pas tous une heureuse fortune.
Presque 70 ans après sa fondation, le journal des luttes ouvrières et sociales ferme boutique, le tirage et la publicité ne permettant plus de faire face aux charges incompressibles.
Triste journée pour le pluralisme en général et la presse réunionnaise en particulier. Surtout que Témoignages n’est pas le seul organe de presse à s’abîmer corps et biens.
A la fin des années 70, Le Progrès, malgré le soutien matériel du Quotidien, fermait boutique malgré la pertinence de ses propos et le fait qu’il proposait souvent des solutions médianes aux difficultés de notre société, au lieu de se cantonner aux stériles luttes bord contre bord.
Témoignages a été de toutes les luttes ; luttes ouvrières, ce qui était son objectif initial, mais également luttes sociales, combat en faveur des femmes, des démunis, des laissés-pour-compte.
C’était le journal de Raymond Vergès et Léon Lépervenche. Nombre d’hommes de cœur et quelques grandes « plumes » y ont imprimé de bien belles pages : « Lulu » Biedinger, Franky, Sully Damour, Mahdia, Yves van der Eecken, Reynolds Michel. Sans oublier le regretté père René, lequel ne craignait pas d’affirmer que l’idéal communiste originel n’était pas incompatible avec son idéal chrétien.
Il pourra paraître incongru à certains que je vienne verser un pleur dépité sur ce qui est une catastrophe. Car la disparition d’un journal d’opinion (ou autre) est toujours une catastrophe.
J’ai en effet combattu le communisme dans ce qu’en ont fait les staliniens d’ici ou d’ailleurs. Mais la sincérité des animateurs de ce journal n’est pas en cause : militants ils ont été… militants ils resteront, je le suppose. En tout cas je le leur souhaite sincèrement. Le gaullisme que je soutiens (je dis bien « gaullisme » et non pas son ridicule avatar appelé « UMP », ramassis de gredins et de profiteurs), le gaullisme donc est raisonnablement plus proche des luttes ouvrières que des luttes de pouvoir des paniers à crabes de droite qui, on le voit en ce moment, n’ont même plus peur du grotesque et du ridicule.
Lorsque Témoignages prenait fait et cause pour l’ANC de Mandela, personne ne pouvait lui donner tort. Personne non plus, au centre, à droite, encore moins à l’extrême droite, n’a eu ce courage.
Ainsi que je l’ai écrit récemment, je tire à boulets rouges contre des propos ou des idées qui me semblent contraires à l’idéal humaniste qui devrait animer chacun de nous. Mais je me refuse à tirer sur des êtres humains ; encore moins irais-je souhaiter la disparition d’un organe de presse qui a profondément marqué l’aventure politique et sociale de cette île.
Faut-il encore et encore rappeler l’aphorisme de Voltaire à l’adresse de ses contradicteurs : « Je suis contre ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ! »
Salut les gars. Vous avez accompli avec courage et obstination ce que vous considériez comme votre mission. Rien que pour ça vous avez droit à tout mon respect.
Jules Bénard


