8 mai 1945 : une mémoire toujours vive, jusqu’à La Réunion

Ce vendredi marque un nouveau temps de recueillement autour de la victoire des Alliés en Europe. 81 ans après la fin des combats contre l’Allemagne nazie, la France commémore une date clé de son histoire, à laquelle La Réunion a aussi pris part, à sa manière.
Chaque 8 mai, la France se souvient. Souvenir d’un conflit mondial d’une violence inédite, souvenir de près de 85 millions de morts, et surtout souvenir d’une victoire : celle des Alliés sur l’Allemagne nazie, actée le 8 mai 1945 après la capitulation du régime d’Adolf Hitler. Une date devenue jour férié en 1953, inscrite dans le calendrier républicain comme un moment de recueillement et de transmission.
Si cette journée est célébrée en France, elle ne l’est pas partout de la même manière. Le Royaume-Uni et les États-Unis ne l’ont pas instituée comme jour chômé, tandis que la Russie commémore la victoire le 9 mai, en raison du décalage horaire au moment de la capitulation allemande. Une nuance historique qui rappelle que la fin de la guerre en Europe s’inscrit dans une chronologie mondiale plus large : les combats se poursuivent encore plusieurs mois en Asie, jusqu’à la capitulation du Japon le 2 septembre 1945.
9.000 Réunionnais mobilisés
À première vue éloignée du front, La Réunion n’est pourtant pas restée en retrait. Près de 9.000 Réunionnais auraient été mobilisés entre 1939 et 1945. Parmi eux, environ 3.500 quittent l’île pour rejoindre les troupes françaises engagées en Europe, tandis que près de 200 s’engagent dans les Forces françaises libres, répondant à l’appel du général Charles de Gaulle. Un engagement significatif, au regard de la population de l’époque, qui témoigne du lien fort entre l’île et l’histoire nationale.
Dans cette mobilisation, les femmes réunionnaises occupent une place souvent méconnue. Le parcours de Marguerite Jauzelon en est une illustration marquante. Née à Saint-André en 1917, elle abandonne son métier d’institutrice en 1943 pour rejoindre l’armée de libération comme ambulancière. Formée à Madagascar, elle participe à l’évacuation des blessés, avant de suivre l’avancée des troupes alliées via Alger, la Corse puis la Provence. Elle termine la guerre en Allemagne, témoin direct de la capitulation. Revenue à La Réunion en 1946, elle reprend sa vie civile et sera décorée de la Légion d’honneur en 2002.
Autre trajectoire singulière, celle d’Hélène Legros. Née au Tampon en 1912, elle quitte Madagascar en 1941 pour rejoindre les Forces féminines de la France combattante à Nairobi. Engagée dans la guerre des ondes, elle participe à des émissions radio destinées à soutenir la résistance contre le régime de Vichy. Son engagement lui vaut une condamnation à mort, finalement non exécutée. Elle sera ensuite reconnue pour son rôle dans la France libre.
Plus jeune, Lucile Germaine Peraldi s’engage à 19 ans comme conductrice ambulancière au sein de la première armée française. Elle participe aux opérations de la Libération avant de poursuivre son parcours après-guerre, marquée par cette expérience. Jusqu’à la fin de sa vie, elle plaidera pour une meilleure reconnaissance des femmes engagées. Elle sera décorée de la Légion d’honneur en 2010.
À La Réunion, comme ailleurs, cette date rappelle que l’histoire nationale s’est aussi écrite avec des destins venus d’outre-mer. Des parcours parfois oubliés, mais essentiels pour comprendre l’ampleur de l’engagement et la nécessité, aujourd’hui encore, de transmettre cette mémoire.


