Saint-Louis : la dernière case du camp des engagés du domaine de Maison Rouge toujours debout

Au bout du chemin qui mène au domaine de Maison Rouge, "dan tan l'abitasion", c’était presque hier. Malgré la modernité, la famille Coupama, installée depuis plusieurs générations sur la partie basse du dernier domaine caféier, conserve précieusement la petite case en bois sous tôle dans laquelle vivaient leurs aïeux.
Roland Coupama, 86 ans, est un ancien ouvrier agricole du domaine. Au XVIIIᵉ siècle, c'était l'une des plus grandes habitations de l’île, une exploitation agricole de près de 300 hectares dédiée d’abord au café, puis au sucre au cours des deux siècles suivants.
Souvenirs de vie au domaine
Coupeur de canne, Roland aimait particulièrement s’occuper des écuries. Il se rappelle le nom des mulets et chevaux qu’il affectionnait, ainsi que les ordres donnés par les gérants, dont Adrien Grondin, en poste de 1926 à 1960. Fernande Bénard, épouse du maire Léonus Bénard, lui avait confié la mission de veiller à la comptabilité générale, à la paye des ouvriers, à la gestion des stocks, du cheptel et des récoltes — cannes à sucre, maïs, cacahuètes ou manioc — principales productions de Maison Rouge.
Roland se souvient aussi du chemin en terre qui menait au domaine, de la poussière soulevée à chaque passage, et de la grande chaîne qui contrôlait les entrées et les sorties. La maison de sa mère avait été construite sur l’ancien camp des engagés : une case en bois sous tôle et bardeaux, conçue pour mieux résister aux intempéries. Elle se composait d’une unique pièce sans intimité, avec la cuisine et les toilettes à l’extérieur.
"Une maison qui a résisté au temps et au mauvais temps", en reste admiratif Roger, fils de Roland, du travail des bardeaux cloutés à la main.
Le morcellement du domaine
En 1971, à la mort de Fernande Bénard et alors que la crise sucrière frappe l’île, le domaine se morcelle. La partie haute est cédée pour la construction de logements sociaux. La maison de maître, la cour et les dépendances agricoles sont vendues à la mairie, puis plus tard à la Région, et l’ensemble est classé monument historique. Les anciennes écuries accueillent aujourd’hui le Musée des Arts décoratifs de l’océan Indien (MADOI). La maison de maître, lauréate du Loto du patrimoine en 2018, attend toujours d’être réhabilitée.
Les parcelles de l’ancien camp des engagés sont, elles, restées la propriété de la commune.
La case des ancêtres toujours debout
En 1989, après le cyclone Firinga, la municipalité de l’époque reconstruit les maisons dans un style architectural créole et reloge les familles. Mais la famille Coupama a tenu à conserver la première case de ses ancêtres, tout en prenant soin de sa maison actuelle. C’est là qu'elle continue de se retrouver chaque week-end.
"On est fier d’habiter ici plutôt que dans un immeuble", confie Jean-Pierre, autre enfant de Roland, le regard tourné vers la petite case qui résiste encore au temps.


