Réhabiliter le vitalisme, en deçà de l’épigénétisme

La revue « Pour la Science » d’avril 2025 n° 570 annoncerait-elle « le retour du vitalisme»? L’article est signé par Janina Wellmann, historienne des sciences de la vie et philosophe à l’institut Max Planck d’histoire des sciences à Berlin.
Paul-Joseph Barthez (1734-1806), médecin et botaniste dont la célébrité l’associe au vitalisme, connu à Montpellier jusqu’à figurer en statue aux portes de l’ancienne faculté de médecine, aurait de quoi se réjouir !
De surcroit cette même revue, en un hors-série n°127 « Pour la Science » annoncé sous le titre de « La conscience », introduit les travaux du remarquable et créatif chercheur en neurosciences Lionel Naccache. Celui-ci fait état régulièrement des avancées des neurosciences et des sciences cognitives. Elles ambitionnent d’extraire et de rationaliser les fonctions de l’esprit par le prisme du « voir » le cerveau in vivo. Et ce, en fonction de ses aires cérébrales, sans trop se soucier du sujet humain et donc sans se référer à ce qui fait qu’un cerveau ne devrait pas ressembler à un autre, du fait de son histoire depuis sa conception par une parturiente qui se poserait la question de son désir d’enfant, tout en sachant qu’il peut être inconscient, ou (et) non désiré…
C’est du moins ce que nous pensons intimement pour avoir entrepris deux expériences de thérapies psychanalytiques, assurément avant de retrouver ma santé et de renouer de nombreux échanges avec mon frère et aîné de quinze mois et les « deux » désirs de notre mère.
Cette culture psychanalytique et ces échanges restaurés font que cette expérience m’encouragea à suggérer à la communauté des chercheurs en neurosciences l’évidence suivante : chaque cerveau est fondamentalement unique en fonction de son histoire, depuis la création de l’être qui le porte et l’anime.
Ces préalables posés, nos travaux mettront l’accent sur les nombreuses influences qui interfèrent dans l’acte d’élever un enfant, jusqu’à publier en écho un ouvrage, « L’éducation se fonde sur les sensations », réédité à l’île Maurice en 2007. Je me rends compte que ce qui était qualifié de sciences de l’éducation devrait plutôt être rangé dans la rubrique des sciences de l’instruction. Les sciences dites cognitives ne peuvent à mon sens être efficientes que déclinées à la première personne. Elles résultent des éprouvés d’évènements rencontrés par l’accès aux cinq sens, ce dont aucune technologie ne peut rendre compte.
Ce sont ces éprouvés que nous avons plaisir à nous remémorer mon frère et moi, ces moments qui entretiennent notre mémoire tout en nous rappelant que nous avons bénéficié d’un contexte de vie à la campagne. L’ensemble des adultes de notre entourage nous renvoyait alors en effet l’idée que nous étions importants parce que jouissant du statut de « fils du patron » nouveau pour nous. Not repère quittait en effet son poste d’instituteur pour devenir exploitant agricole, donc fermier.
Ce changement culturel radical dans ses formes devait avoir des répercutions sur l’expression de notre développement génétique tel qu’entendu sous le terme d’épigénétisme. Cela nous instruit en nuançant la supposée omnipotence du génétisme, permettant au vitalisme de nos deux organismes- mon frère et moi - de se manifester. Pour illustrer ce développement assurément différentiel, j’ajoute que chacun de nous avait « son »olivier, sorte d’arbre « fétiche »que nous sollicitions tel un « jouet » dans le jardin. Mon frère, en bon aîné, s’appropria le plus facile à grimper du fait de la division de son tronc en deux parties. En bon second, je dû me satisfaire de l’autre, au tronc plus raide. Cette différence aura sans doute contribué à nous différencier épigénétiquement en fonction des degrés de difficultés rencontrés. On définit ainsi l’épigénétique par les processus moléculaires permettant de moduler l'expression des gènes, mais non fondés sur des changements dans la séquence de l'ADN.
En fonction de cette réalité épigénétique lors du développement des enfants, la question qui vient à l’esprit est celle-ci : comment le vitalisme intrinsèque à chaque enfant, s’il est respecté, peut-il interférer dans le développement de celui-ci jusqu’à modifier l’expression des gènes tout en dynamisant profitablement les enfants ? Ne pouvant prouver cette évidence pour nous, faut-il avoir recours à la création de deux groupes d’enfants qui seraient scrutés jusqu’à leurs plus intimes molécules avec un groupe d’enfants témoin qui ne bénéficierait pas des mêmes attentions ? Comparer les différences dans leurs développements ? Une telle perspective étant inenvisageable, nous reste la solidité de nos raisonnements et hypothèses.
Définir dans un premier temps le vitalisme
Le vitalisme, qu’il soit végétal, animal ou humain, est non réductible aux lois physico-chimiques. Il envisage la vie comme de la matière animée d'un principe ou force vitale qui s'ajouterait pour les êtres vivants aux lois de la matière. Ceci renvoie de fait à l’origine des premières « briques » que constituent le vivant, c'est-à-dire à la cosmobiologie et aux travaux en France de Marie-Christine Maurel que nous aborderons ultérieurement.
Pour nous persuader d’un vitalisme omniprésent à toutes les strates du vivant, les professeurs Henri Laborit et François Jacob eurent recours à l’image des poupées gigognes (dites aussi « russes ») pour illustrer l’organisation des niveaux structurés et reliés par strates ou en « rétroactions moléculaires » ; dont la logique du tout, selon Laborit au moins, serait de se maintenir en vie. Ultérieurement, nous aborderons la notion de « pulsion de mort » que réfute Henri Laborit, mais n’allons pas trop vite !
Le vitalisme serait une dimension de la vie qui manifesterait sa robustesse. Il est très perceptible à La Réunion, par exemple, après l’apparition d’une coulée de lave. Ainsi, quelques années plus tard, « la nature reprend ses droits ». Laborit rajouterait : « Sans ça il n’y aurait pas d’être », en précisant que son recours langagier au terme « ça » se rapprocherait de celui des « ça » psychanalystes freudo-lacaniens dont je me suis émancipé.
Notre approche du vitalisme abordé lors de plusieurs courriers des lecteurs (voir ci-dessous les liens) rappelle que tôt ou tard cette dimension devra être envisagée au delà des modes.
Par la conférence de Vincent Colot : « L'épigénétique au travers des générations », le Collège de France s'invite chez vous !
Nous en appelons aux diversités de nos façons d’être au monde : richesses, anomalies voire syndromes ou libertés dans lequel le vitalisme serait sous-jacent.
Lesbiennes, gays, bisexuel·les, trans, queers, intersexes, asexuel·les, pansexuel(le)s et plus : voici peu, la psychiatrie conventionnelle abusivement normative aurait interprété, avant la « déferlante » de l’épigénétisme, ces différences dans nos façons d’être comme autant de « pathologies » ou de « déviances ».
Les généticiens initialement "persuadés" que nous étions déterminés par nos gènes découvrent depuis Conrad Waddington (1942) ce qui s'avérait jusque-là être un dogme et est admis désormais depuis une trentaine d'années. Il se confirme être de nos jours comme la "face cachée du génétisme", soit l'épigénétisme. Ainsi, si mon frère et moi avons bien les mêmes parents, nous sommes différents génétiquement et assurément épigénétiquement !
Maintenant nous avançons : à quand l’inclusion du vitalisme ressenti et éprouvé lors du développement de l’enfant? Notre réponse prendra la forme d’un courrier des lecteurs qui devrait susciter échanges et débats au sein de la communauté des psychologues et biologistes du développement des enfants !
Nous disons pour l'instant : « Le développement de l'enfant entraine son développement»,
slogan à populariser car cette formule rhétorique évoque le « meilleur ». C'est un enfant gai, joyeux, heureux de vivre que nous imaginons. Nous sommes donc loin d'être unilatéralement déterminés par nos gènes.
Zinfos974 du 26 avril 2024, voir encore : L’enfant qui s’auto applaudit
https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/l-enfant-qui-s-auto-applaudit,91793
Nous rajoutons un "isme" lorsque les chercheurs restent cantonnés à leurs laboratoires. Ils oseraient des regards restreints tant les processus vitaux échappent à un formalisme strict et ensembliste. Cette crainte s'estompe depuis que les animaux et même les végétaux font preuve de variations épigénétiques...
Les processus moléculaires sont si imbriqués et si formidablement complexes à étudier de façon formelle que nous risquerions d'attendre la "bonne parole" scientifique afin d’envisager éventuellement de modifier nos modes de vie pour accueillir, osons le terme, « épigénétiquement et vitalement », la vie des enfants à venir en 2025.
Nous espérerons que les travaux de Vincent Colot, Professeur au Collège de France, comme ceux de Lionel Naccache, pourront nous aider à nous émanciper d'une approche contrainte. Car ainsi peuvent l'être les études du vivant dans la diversité des vies quotidiennes et écologiques, dont celles qui échappent fondamentalement aux contraintes réductionnistes des laboratoires.
Nous avons soutenu très tôt avec le Professeur Henri Laborit que la logique du vivant chercherait à se maintenir en vie par une PULSION qui, elle, échappe aux limites du « voir » du microscope et autres technologies d’exploration du vivant. Et ce, jusqu’à risquer d’ignorer le vitalisme, pourtant omniprésent au sein du vivant et mettant effectivement à défaut les technologies les plus performantes explorant les organismes -jusqu’aux nanoparticules et a fortiori les cerveaux in vivo, à la première personne.
Le vitalisme se perçoit par les ressentis et les éprouvés soutenant les sensations. C’est ce qu’avaient introduit les philosophes du sensible Etienne Bonnot dit de Condillac (1714-1780) et John Locke (1632-1704) sans avoir conscience d’un inconscient biologique influent jour et nuit, jusque dans nos rêves… C’est pour nous l’infrastructure du psychisme et de l’esprit dont il faudra expliciter prochainement l’influence avec la psychanalyse d’inspiration jungienne.
Frédéric Paulus
Président du CEVE (Centre d’études du Vivant Europe)
Socio-psycho-épigénéticien, « vitaliste » et psychothérapeute


