"Nous voulons savoir qui occupe les postes" : que contient la pétition lancée par ces enseignants réunionnais pour dénoncer "l’opacité" des mutations ?

La colère quitte désormais les salles de conférence pour tenter de gagner l’opinion publique. Après deux années de mobilisation discrète, le collectif des "professeurs déchirés" vient de lancer une pétition réclamant "transparence, équité et droit d’enseigner à La Réunion". Un texte qui transforme désormais un vieux malaise administratif en combat politique assumé.
Derrière cette initiative, des enseignants réunionnais mutés dans l’Hexagone ou à Mayotte malgré leurs attaches familiales sur l’île. Certains vivent séparés de leurs enfants. D’autres ont laissé derrière eux des parents malades, des conjoints ou des projets de recherche universitaire. Tous dénoncent un système devenu, selon eux, "incohérent".
La pétition vise directement le manque de transparence dans les affectations de l’Éducation nationale. Le collectif réclame la publication exhaustive des postes réellement vacants dans l’académie de La Réunion, le profil des enseignants entrant sur l’île et une clarification sur le recours aux contractuels alors que des titulaires réunionnais sont envoyés hors département.
"Nous voulons savoir qui occupe les postes restants", écrivent-ils. Une question revenue sans cesse lors de la conférence organisée mardi 12 mai à la Région Réunion autour de la présidente Huguette Bello.
Plusieurs enseignants y ont affirmé que des postes demeuraient vacants dans certaines disciplines malgré des mutations imposées vers Créteil, Versailles ou Mayotte. En espagnol, en lettres-anglais ou dans l’enseignement professionnel, des contractuels seraient recrutés pendant que des titulaires réunionnais quittent l’île.
De meilleures prises en compte
Le collectif demande également une réforme du système des CIMM, les "centres d’intérêts matériels et moraux", censés favoriser le retour des ultramarins sur leur territoire d’origine. Selon plusieurs enseignants, ces critères seraient aujourd’hui trop facilement contournés, notamment via des mutations passant par Mayotte.
"Entre un bien immobilier et toute une vie construite ici, il n’y a parfois que 200 points d’écart", dénonçait récemment Eva Rivière, professeure d’espagnol affectée à Mayotte.
La pétition réclame aussi un moratoire sur les affectations hors académie tant que des postes restent vacants à La Réunion, ainsi qu’une meilleure prise en compte des situations familiales lourdes, notamment pour les parents isolés ou les aidants.
Soutenue publiquement par Huguette Bello, la mobilisation semble cette fois vouloir sortir du seul cadre corporatiste. La présidente de Région a annoncé vouloir écrire à Emmanuel Macron, solliciter les maires de l’île et lancer "une grande mobilisation réunionnaise".
"Ça fait trente ans qu’on parle et qu’on ne nous écoute pas, a-t-elle lancé. Cette fois-ci, on va aller plus loin."
Au-delà des revendications administratives, le texte joue surtout sur une corde sensible à La Réunion. Celle d’une jeunesse diplômée qui a le sentiment d’être poussée dehors au moment même où l’île manque d’enseignants.
"Nous ne demandons pas un privilège, insiste le collectif. Nous demandons simplement de pouvoir vivre et enseigner chez nous."
La pétition est accessible en ligne sur la plateforme MyPetition.


