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Ne pas se tromper d'adversaire... car c'est se tromper de voie et d'objectif

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 25 mai 2012 à 09H20

Depuis quelques temps, mes camarades du PCR s’opposent, s’accusent, s’invectivent et même s’entredéchirent avec une frénésie qui dépasse l’entendement. La campagne électorale qui débute  risque bien de porter l’escalade à des sommets jamais atteints. Daniel Lallemand, un des fondateurs du PCR, n’a pas tort, dans un articulet paru dans la presse, de parler d’une « entreprise d’autodestruction ».
    
Il n’est pas question ici, et à ce stade, de se ranger les yeux fermés derrière la bannière des uns ou des autres : ce serait, par la force des choses, devenir un acteur de plus de cette foire d’empoigne, et donc, se tromper d’adversaire, de voie et d’objectif.
    
Le dernier épisode, en tout cas, témoigne de la violence, insoutenable, qui les anime ; une sorte de frénésie de destruction de l’autre, et en définitive d’autodestruction, non plus de soi, mais de nous, voire de tout.
    
J’ai lu avec grande attention la tribune du maire du Port parue dans la presse. Je comprends son courroux et même son indignation. Mais, point trop n’en faut.
    
J’ai entendu à la radio et lu dans la presse les propos du premier adjoint de Saint-Paul, que je désapprouve et condamne. Mais là aussi, point trop n’en faut.
    
Et surtout, dans un cas comme dans l’autre, gardons nous de faire de la politique un « jeu » à fortiori un théâtre.

La Réunion, notre pays à tous, a été trop longtemps, et dès la naissance de notre peuple, marqué par l’esclavage, puis par l’engagisme, n’oublions pas l’engagisme, pour que l’on se permette de tels écarts. Y compris d’ailleurs, celui consistant à assimiler ceux et celles accusés de « trahison », à des Figaro. Figaro étant cet esclave qui a trahi les siens et cette assimilation visant des petits fils et petites filles d’esclaves, car qu’on le veuille ou non, hormis, pour reprendre une expression bien connue, les « Réunionnais de fraîche date », nous sommes tous et toutes ici descendants d’esclaves, d’engagés. Et de bien d’autres encore. Mais, en même temps, d’esclavagistes et de « maîtres ». Quelle que soit notre couleur de peau et quel que soit notre « rang social ». Si l’on y ajoute la tactique éprouvée du harcèlement – ou plutôt du crazé-pilé - ceci explique peut-être cela.

Il y a certes les faits - ce qui est dit, ce qui est écrit - qui sont incontestables, et il y a ensuite les ressentis, les commentaires rapportés et les interprétations – les ladi la fé - et, éventuellement, les instrumentalisations, qui provoquent bien souvent davantage de dégâts. Individuels, certes, mais également collectifs.
Il serait grand temps que tout cela cesse.

Les propositions de Daniel Lallemand, en l’état actuel des choses et des polémiques, à moins de miracle, sont bien illusoires. En revanche, n’est-il pas encore possible, pour le moins, de décréter une sorte « d’armistice », de « cessez-le-feu » général ? De manière à ce que les uns et les autres puissent, dans une sérénité relative, ne pas se tromper d’adversaire et donc d’objectif, et se consacrer à l’essentiel.
Car l’essentiel aujourd’hui n’est pas dans cette bataille fratricide (laquelle n’en est probablement qu’une des conséquences).

Le PCR se trouve incontestablement à un tournant de sa longue existence. Il a occupé une place prépondérante durant plus d’un demi-siècle avec la création de la fédération de la Réunion du PCF puis du PCR, et même bien plus encore si l’on remonte au CRADS et au mouvement démocratique d’avant-guerre dont il est l’héritier. Il a, qu’on le veuille ou non, marqué l’histoire de la Réunion pendant cette longue période. Il a été une force prépondérante à gauche, avec ses forces et ses faiblesses, ainsi que le moteur de la bataille contre le colonialisme. Or, le risque est grand de le voir à l’occasion de ces élections législatives, passer au second rang. Pour la première fois de son histoire, le PCR risque bien d’être derrière le parti socialiste. Ce serait un événement considérable. Pour le PCR, bien sûr, pour la gauche et les forces de progrès de la Réunion, mais pour la Réunion elle-même. Un événement dont chacun  des belligérants aurait tort de ne pas mesurer les conséquences.
C’est cela l’essentiel.

Au-delà de toute considération personnelle, voire des ego, cela ne mérite-t-il pas, pour le moins un « armistice », un « cessez-le-feu » pour permettre, au lendemain de l’échéance électorale – qui n’est qu’une échéance, car les problèmes de fond auxquels sont confrontés la Réunion et les Réunionnais, tous les Réunionnais, eux restent entiers – de préserver les conditions, non pas seulement d’une « recomposition » qui n’a aujourd’hui aucune chance, mais d’une véritable reconstruction. Probablement pas à l’identique, mais qui s’inscrive dans cette longue tradition qui remonte au début du siècle dernier et qui a abouti à la naissance du PCR. Mais, cela est-il encore possible ?

En tout cas, ce sera une des tâches prioritaires au lendemain de cette échéance électorale. Encore faudra-t-il d’ici là tenter d’en préserver les conditions.

Georges-Marie LEPINAY

 

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