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L’EPSMR à la pointe de la psychiatrie moderne récompensé

L’établissement public de santé mentale de la Réunion (EPSMR) vient d’être certifié avec la mention « Haute Qualité des soins » par la Haute autorité de santé (HAS). Une distinction qui se caractérise par de la reconnaissance et l’engagement des équipes au service des patients. En effet, la politique de santé mentale est une partie intégrante de […]

Ecrit par Jean Claude Comorassamy – le dimanche 03 décembre 2023 à 16H16

L’établissement public de santé mentale de la Réunion (EPSMR) vient d’être certifié avec la mention « Haute Qualité des soins » par la Haute autorité de santé (HAS). Une distinction qui se caractérise par de la reconnaissance et l’engagement des équipes au service des patients.

En effet, la politique de santé mentale est une partie intégrante de la politique de santé publique et la psychiatrie en est le pivot. Mais, au moment même, où cette distinction vient de placer notre hôpital public de santé mentale au-devant de la scène. Ce qui nous honore fortement. Dommage qu’elle reste encore la grande oubliée de la médecine française.
Malgré le long combat mené pour une psychiatrie moderne avec plus de moyens et d’un changement regard de la société sur cette maladie. Il est regrettable que l’image de la psychiatrie reste encore peu flatteuse, celle-ci en raison de l’héritage d’une « politique asilaire » d’une époque historique de cette discipline et parfois de manque de connaissance de cette maladie. Bien que les équipes se donnent aujourd’hui comme hier dans un professionnalisme exemplaire et que les notions de « bientraitance et de bienveillance » occupent une place centrale à l’EPSMR.

Cependant, je ne vais pas vous raconter la psychiatrie asilaire de l’ancien site de l’époque, avec des quartiers hommes, des quartiers femmes. Mais je vais vous parler du seul service d’enfants créé en 1968 (bâtiment démoli dernièrement de l’ancien site du berceau de la psychiatrie) appelé « pavillon des enfants », un bâtiment avec deux espaces, pour garçons et filles séparés, avec deux cours, deux réfectoires, etc, etc, des lieux fermés.

-Un courant d’humanisation et de sectorisation-

Pourtant, il a fallu attendre l’arrivée du premier pédopsychiatre à la Réunion, en la personne de Gilles Vauthier en décembre 1977, pour donner une autre dimension à la psychiatrie infanto-juvénile. Dont les familles deviendront timidement pour la première fois actrices dans les dispositifs de soins et au fil des années. À partir de-là, on peut affirmer que « l’alliance thérapeutique » entre le patient, son entourage, l’école ou institution et l’équipe soignante est devenue fondamentale pour favoriser cette politique de soins et d’inclusion.

Moi-même a été le témoin pendant plus de quarante ans de cette évolution spectaculaire de la psychiatrie de l’enfant et des nombreux dispositifs extrahospitaliers créés en cinquante-cinq ans (1968-2023), surtout avec des équipes pluridisciplinaires, bien que les autres corps de métier n’étaient les bienvenus à une époque car les « infirmiers uniques » faisaient toutes les tâches, du nettoyage aux soins. Mais, ne dit-on pas que pour construire une maison on a besoin de plusieurs spécialistes ? Il a fallu du temps pour l’acceptation.

Je me souviendrais toujours de ce petit groupe pré-adolescents qui rêvait de voir la neige, de prendre l’avion, le train et d’être en Métropole. Ce projet de séjour thérapeutique qui s’est inscrit dans un cadre de soins, a pu se faire il y a une vingtaine d’années, soutenu par un pédopsychiatre, cadre, équipe, direction… comme des dizaines d’autres, grâce à un personnel volontaire qui s’est dévoué pour améliorer la qualité, la sécurité de soins et la bientraitance. Ce qui reflète l’engagement et le professionnalisme des équipes, quand il s’agit de projets de soins.

En final, Cette distinction marque une reconnaissance forte qui en dit long sur l’évolution de la pédopsychiatrie, mais aussi la psychiatrie adulte à la Réunion depuis la politique d’humanisation et surtout de la politique de sectorisation de la psychiatrie démarrée depuis 1975. Avec des dispositifs plus proches des territoires et de la population. C’est le fruit d’un long travail qui se trouve récompenser, même si beaucoup reste à faire pour améliorer de vie des patients, sans oublier le personnel qui s’investit chaque jour avec bienveillance et bientraitance mérite peut-être d’un peu plus de reconnaissance car « l’oubli tue ». Merci à nos héros et félicitations à l’EPSMR pour cette distinction honorifique !

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JD974
2 mois il y a

Dommage que l’auteur oublie de raconter la vie de MAURICE JAY et de son interne RONDEPIERRRE que j’ai connu dans les années 60-70.

Les mémoires de Maurice Jay écrites par sa femme dressent le décor abominable d’un asile psychiatrique de type tropical avec des patients la plupart alcoolisés. ils sont carencés pour deux raisons : ne pas manger à sa faim une alimentation normale c’est le béribéri et c’est faire de l’alcool un autre mode d’alimentation.

Faute de personnel pour la surveillance, faute de neuroleptqiues pour les malades ces derniers sont enfermés dans des grands quartiers la nuit. Ils font leurs besoins à même le sol. Des repris de justice et d’autres patients moins atteints se chargent du nettoyage le matin et apportent les seaux remplis d’excréments jusqu’à la mer.

C’est à peine moins atroce que ce que MJ lit dans les archives de l’établissement. Extrait : « Les malades mentaux sont enchaînés dans d’infects cabanons jusqu’en 1793, quand Philippe Pinel, médecin aliéniste de Paris, met fin aux entraves. »

Retour aux années 60. MJ me parle de la cure de Sakel en 1967 date de ma première rencontre. Cette cure de Sakel était censée traiter les schizophrènes. Sans résultats je le savais par mes oncles tous deus psychiatres.

Plus tard, des molécules chimiques apparaissent et remplacent ces comas provoqués à répétitions.

Un grand oublié de cet apport considérable survenu en 1956 : Henri Laborit après avoir été chirurgien puis anesthésiste devient le spécialiste du comportement animal et humain et trouve parmi les produits anesthésiques les effets du Largactil.

Son principe est qu’un système nerveux sert à agir. S’il ne peut agir, ni par la lutte, ni par la fuite le malade dépérit soit en maladies psychiques soit en maladies physiques.

Si un organisme subit une agression sans pouvoir agir le seul choix raisonnable reste la fuite qu’il expose dans son célèbre essai L’Éloge de la fuite, Robert Laffont

Ses expériences scientifiques dans les années 1950 H L découvre que les désordres somatiques liés à l’agression psycho-sociale sont expliqués par l’inhibition de l’action.

Henri Laborit a écrit une trentaine de livres consacrés à la philosophie scientifique et à la nature humaine afin que son savoir soit accessible par tous : « Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chances qu’il y ait quoi que ce soit qui change. »

Dr JEAN DOREMIEUX
Répondre à  JD974
2 mois il y a

Ce que les gens ne savent pas c’est que la récompense de la HAS accordée aux psychiatres hospitaliers est une sorte de compensation pour leur travail qui est très difficile.

Une distinction qui ne se caractérise non pas du tout par des nouveaux médicaments de BIG PHARMA (il y en a mais bien mal étudiés) mais par l’engagement résiduel des équipes au service de patients que leurs familles rejettent.

 

Par contre, de toutes les spécialités médicales, il faut savoir qu’en termes de progrès sur la connaissance de nos organismes, c’est la psychiatrie qui a pris le plus grand retard en termes de recherche ! Il est vrai aussi que le cerveau est l’organe le plus difficile à comprendre de tous et de loin.

 

Si nous n’avions pas accepté dans les années 30-50 les mensonges de SIGMUND FREUD tels qu’ils ont été dénoncés par le LIVRE NOIR, nous aurions une bien meilleure place. A l’étranger, la psychanalyse est devenue tout à fait marginale. Son histoire officielle est mise en cause par des découvertes gênantes, de vrais mensonges tout aussi faux que ceux distribués lors du COVID.

 

En psychanalyse, l’efficacité thérapeutique s’avère très faible. Mais pas nulle pour avoir le calme. Sa pertinence en tant que philosophie est très contestée. Ses effectifs sont en chute libre. Ils chutent pensant encore que le sol leur sera reconnaissant.

 

La psychanalyse a été vécue par la génération de mai 68 comme un vent de liberté. J’y étais et même à PARIS très proche. Je me souviens que c’est le ministre EDGAR FAURE (conseillé par sa fille une élève de LACAN) qui a séparé la neuropsychiatrie en deux spécialités d’où deux sortes de médecins qui ne se voyaient même plus en congrès.

 

Pourquoi refuser en France le bilan critique que tant d’autres nations a dressé avant nous ? Le Livre noir de la psychanalyse propose une enquête à plusieurs voix, vivante et accessible à tous.

 

Quarante auteurs dont beaucoup avaient connu FREUD à VIENNE et parmi eux les meilleurs spécialistes du monde ont ouvert un débat nécessaire. Freud a-t-il menti ? Oui et souvent ! La psychanalyse guérit-elle ? Même pas en 40 ans ?

 

Comment éduquer nos enfants hors de la peur de  » mal faire  » ? Que penser des autres thérapies ? Le livre noir de la psychanalyse dresse le bilan d’un siècle de freudisme.

 

Un ouvrage international de référence pour tous ceux qui s’intéressent à l’humain et au psychisme une avec bien meilleure place depuis qu’HENRI LABORIT s’est emparé du sujet en 1950.

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