Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

Le Changement, c'est vraiment maintenant ?

Ecrit par zinfos974 – le dimanche 6 mai 2012 à 10H29

Le scrutin de ce soir ne laisse pratiquement aucun doute sur son résultat en faveur du candidat socialiste. Les sondages nous assènent depuis le début de la campagne présidentielle tel jadis le consulto romain la victoire incontestable de François Hollande. Il faut désormais croire en l’infaillibilité de leurs instituts Ifop, CSA, OpinionWay et consorts. Si ça continue, le vote ne servira bientôt plus à rien si ce n’est de les conforter dans ce nouveau commerce. Faudrait-il alors interdire aux médias de publier leurs enquêtes de peur d’influencer les électeurs que nous sommes ? Bien entendu, la réponse ne se situe pas sur ce terrain là. La question est-elle la suivante : tel ou tel candidat a-t-il fait la campagne adéquate, a-t-il mis suffisamment de force de conviction dans ses déclarations ? Là encore, la question est au jour d’aujourd’hui totalement inappropriée, encore que.

Nicolas Sarkozy a insufflé quelque chose de nouveau quoi qu’en disent ses plus âpres adversaires. Nous, peuple des Frances, avons assisté à la désacralisation de la fonction ministérielle, de la fonction présidentielle et de la fonction même du politique. Et c’est tant mieux, car c’est le signe que nous avons réussi à tirer ces personnes qui se prenaient jusqu’alors pour des éminences vers nous, nos soucis, nos attentes. Que cela signifie t-il ? Cela veut tout simplement dire que nous avons des politiques et des politiciens qui nous ressemblent. Plus que quiconque, Nicolas Sarkozy a pris une part de chacun d’entre nous et je dirais que c’est l’un d’entre nous qui a logé à l’Elysée pendant ces 5 dernières années. Doit-on rappeler qu’il n’est pas issu des bancs de l’Ecole Nationale de l’Administration ? Plus que quiconque il a bousculé les technocrates du pouvoir installés dans les moindres couloirs des organismes conçus pour les accueillir de Paris à la Réunion et de la Réunion à Wallis-et-Futuna. Depuis des décennies, partout dans nos dîners, au travail ou entre amis, nous nous disions qu’il y a trop de fonctionnaires et pas assez d’initiatives privées pour tirer notre pays vers plus de croissance. Tous ces corps intermédiaires (médias, syndicats, patronat, métiers de la banque, fonction publique de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur, etc.) que l’on retrouve finalement tout autour de nous sont les mêmes défauts, les mêmes défaillances qui ont sonné la mort de la monarchie. Allons-nous vers l’implosion de notre système politique ?

Nous fonctionnons presque exactement comme lors de la monarchie française. Les temps où le fameux ascenseur social fonctionna remontent aux temps de l’Entre deux guerres et après 1945, c’est-à-dire lorsque tout était à re-construire. Il n’y a que dans de rares secteurs encore que seul l’on peut réussir sa vie professionnelle comme sa scolarité et ses études. Il faut dire à nos jeunes que s’ils veulent s’épanouir dans un métier en particulier, il leur faudra un réseau, entretenir des relations et tenir bon.

La France est un pays sous cloche depuis la fin du septennat de Valéry Giscard d’Estaing, c’est-à-dire à la veille des très nombreuses délocalisations et de la désindustrialisation française. Comme les 3 singes, la France s’est bouché les yeux, les oreilles et est restée pantoise face à l’ascension du chômage. Pire, elle n’a pas su se réformer institutionnellement. Au lieu de cela, elle s’est désengagée d’elle-même en se confiant corps et âme à Bruxelles et à sa politique de décentralisation. Ce choix stratégique n’a rien à voir avec la construction sincère d’une Union-Européenne ou avec le fait de concéder une vraie autonomie à nos départements ou à nos régions. Non, nous avons là de formidables boucs-émissaires au cas où nos populations se rebelleraient ou se mettraient à revendiquer ou à contester. Certes, avec le temps, Paris a dû lâcher quelques prérogatives à nos collectivités locales, mais aujourd’hui, elles ne sont plus adaptées à nos réalités. Souvenez-vous des dernières émeutes dans notre île ? Vous vous rappelez que l’Etat ait répondu à nos angoisses sociales et sociétales ? La Ministre de l’Outre-mer n’a même pas fait le déplacement. Pour Paris, problème local, responsabilité de nos politiques locaux. Point final. D’un côté, on peut s’en émouvoir, mais de l’autre, on peut se dire qu’enfin Paris accepte que l’on règle nos problèmes seuls. Il faut y voir le signe de notre émancipation, que l’on tourne la page du colonialisme, de l’infantilisme mais au bout, il faudra que Paris nous accorde les moyens de notre développement endogène. Sans doute pour la première fois, la Réunion est mis sur le même pied d’égalité qu’une autre région métropolitaine. Notre avenir nous appartient et il nous faut le conduire en toutes responsabilités, sereinement, librement et toujours dans la fidélité envers la République française. C’est là un chantier énorme qui se présente à notre destin commun.

Alors, on peut reprocher tant de choses à Nicolas Sarkozy, mais il a été le seul à dépoussiérer la Vème République dont l’encre a plus de 50 ans déjà. Se présenter aux Français comme un monarque à l’abri derrière un Premier ministre n’est plus adapté à un pays concurrencé par le monde. On l’a traité d’Hyper-président. Oui et heureusement qu’il l’a été. Il n’est pas sûr qu’avec François Hollande les dossiers du pays soient vite et bien étudiés. D’ailleurs, dans ce fameux débat entre les 2 finalistes à la présidentielle 2012, le candidat socialiste propose comme seul et unique changement, le remplacement de Sarkozy par lui, Hollande, c’est-à-dire le changement de personne. C’est tout ! Et on l’a vu, tout le discours socialiste a consisté à surfer sur l’antisarkozysme. C’est dire la pauvreté du discours, mais l’efficacité de la méthode sophiste. Alors, le changement, c’est quoi ? François Hollande ne propose pas plus que le retour à la lettre de la constitution de notre chère et si vieille République. Il aura un vrai Premier ministre qui se prendra tous les coups tandis que lui, pourra régner presque tranquillement mais lointainement des préoccupations des Français. François Hollande ne mettra pas les mains dans le cambouis et s’assurera un minimum de sympathie qui ressortira des instituts de sondage pour pouvoir se re-présenter. La France s’apprête à se rendormir. Le changement, c’est vraiment maintenant ? D’ailleurs, c’est quoi ce changement ?

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :