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Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Araab : "Les jeux de la honte. Anneaux olympiques et croix gammée"

Découvrez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab :
Ecrit par Mohamed Aït-Aarab – le samedi 10 août 2024 à 14H13

En 1931, le Comité Olympique International attribue l’organisation des 11e Olympiades à la ville de Berlin. Choix éminemment politique : il s’agissait, après le traumatisme de la Grande Guerre, de réintégrer l’Allemagne de Weimar dans le jeu diplomatique international. Mais c’est Adolf Hitler, devenu chancelier en janvier 1933, qui hérite de l’événement.

Hitler n’avait aucune conscience de la portée médiatique et politique des Jeux Olympiques dans lesquels il ne voyait qu’une nouvelle « invention des Juifs et des Francs-maçons ». Joseph Goebbels, son ministre de la Propagande, avait lui parfaitement compris le profit que le régime nazi pouvait en tirer. Comme l’avait compris un autre homme qui jouera un rôle important dans l’organisation des Jeux de 1936 : l’universitaire Carl Diem. Peu apprécié des dignitaires hitlériens qui le jugeaient trop anglophiles, il fut la cheville ouvrière de cette olympiade. C’est à lui que l’on doit le relais de la flamme olympique depuis les ruines du temple d'Héra à Olympie jusqu’à la ville organisatrice.

Très vite se pose, pour la première fois depuis 1896 (mais ce ne sera pas la dernière), la question du boycott des Jeux. Un sondage, en 1935, relève que 43% des Américains souhaitent que leurs athlètes restent à la maison. Des manifestations sont organisées un peu partout en Europe pour défendre la non-participation. L’ambassadeur des U.S.A. à Berlin, George S. Messersmith, fut l’un des rares politiques à faire preuve de lucidité : « Pour le parti [nazi] la tenue des J.O. de 1936 à Berlin est devenue le symbole de sa conquête du monde. Si les Jeux ne se tenaient pas à Berlin, ce serait un des coups les plus durs portés au prestige du national-socialisme […], un des moyens les plus efficaces de montrer à la jeunesse allemande ce que le monde entier pense de la doctrine nazie. »

Autre voix forte, celle de l’écrivain Heinrich Mann, mettant en garde les athlètes qui, en participant aux Jeux ne seraient que des « gladiateurs et [des] bouffons » à la solde d’Hitler.

Après les lois anti-juives de 1935, c’est au tour du député communiste Florimond Bonte, de s’alarmer : « Aller à Berlin, c’est accepter une sorte de complicité avec les bourreaux. »

Des contre-Jeux furent même envisagés : les Olympiades populaires de Barcelone auxquels plus de 5000 athlètes (dont 1200 Français, soutenus par Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux Sports dans le gouvernement de Léon Blum) étaient inscrits. La cérémonie d’ouverture était prévue le 19 juillet. Le 17, les forces franquistes lançaient leur coup d’État. La guerre d’Espagne débutait. Les Jeux anti-fascistes sont annulés.

Tentatives multiples et vouées dès le départ à l’échec. Car dès 1933, le C.I.O. avait pris sa décision : les Jeux nazis auront lieu. Sous l’influence d’Avery Brundage (sinistre personnage que nous croiserons trois décennies plus tard), président du Comité olympique américain depuis 1928. Les athlètes, selon lui, ne doivent pas se mêler de « l’altercation » (sic !) entre Juifs et nazis. Quant aux appels au boycott, ils sont le fruit d’une « conspiration judéo-communiste ».

Dès lors, l’alliance des anneaux olympiques et de la croix gammée était scellée.

Mais c’était compter sans celui que Hitler traitait de « supplétif africain de l’équipe américaine ».

Merci M. Owens !

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