Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : « J – 125 »

L’organisation des Jeux Olympiques est toujours un moment important pour le pays hôte. Primo, parce que c’est un honneur de recevoir les athlètes du monde entier. Secundo, parce qu’il espère briller à domicile et engranger le plus grand nombre possible de médailles, ne serait-ce que pour démontrer la supériorité de son système sportif.
En novembre 2023, le président Macron affirmait sa volonté de voir la France intégrer le top 5 des nations médaillées. Autrement DIT, il va falloir que nos athlètes ramènent au minimum 50 médailles. À titre de comparaison, en 2021, à Tokyo, nous en étions à 33 breloques, pire résultat depuis Barcelone 92.
Autant le dire tout de suite : la France (sauf miracle et un bon coup de main de Saint Expédit) n’atteindra pas l’objectif présidentiel. Car nous ne sommes (pas encore ?) un grand pays sportif. Il n’est que de voir la place réservée à l’éducation physique dans les programmes scolaires. Et ce ne sont pas les 30 minutes d’activités physiques quotidiennes dans les écoles primaires qui changeront radicalement la donne. Même si elles s’ajoutent aux 3h d’EPS existantes. Même si c’est un pas dans la bonne direction.
Avant tout ce sont les mentalités et notre rapport au sport qu’il faut changer. Lorsque j’étais étudiant, à l’approche des examens finaux, le dojo où transpiraient 3 fois par semaine les étudiants de mon université se vidaient comme par enchantement. Nous étions au grand maximum 3 ou 4 avec le professeur. Mes condisciples pensaient, à tort, que l’activité cérébrale primait sur tout le reste. Personne ne leur avait expliqué qu’après plusieurs heures de révision, une bonne séance de sport permettait de retrouver un équilibre physique et psychique qui vous remettait d’attaque pour une nouvelle phase de travail intellectuel.
Quoi qu’on en dise, nous restons donc une grande nation sportive en fauteuil. Et l’ukase jupitérien n’y changera rien.
Pour autant, nulle résignation à avoir ! Tout commence dès le plus jeune âge. Et le dispositif “30 minutes d’activité physique quotidienne” est un premier acquis. Pour le reste, il faut multiplier les installations sportives, rénover celles existantes (quelle désolation que la piscine du Butor dont les vestiaires sont dans un état indigne), aider davantage toutes les structures du sport scolaire, les clubs, etc.
Bien entendu, cela prendra du temps car nous ne sommes plus (et c’est tant mieux) au temps de l’ex-RDA où l’on fabriquait des champions et championnes cocote-minute. Le temps de la préparation sportive n’est pas celui du politique qui espère tirer un bénéfice électoral de toute victoire sur un stade.
Mais c’est à ce prix que nous formerons aussi bien des athlètes de haut niveau que des citoyens tout juste désireux de profiter d’un bien-être physique et mental.
Mohamed Aït-Aarab


