La Possession : “En prison, on mange mieux”

“Nous sommes ici pour échanger et apaiser les tensions”, commence en préambule Maxime Fromentin, premier adjoint à la Possession. En effet, ce ne sont pas les tensions qui manquent sur le sujet de la cantine scolaire, et la colère des parents présents va vite éclater. Réunis ce mercredi soir dans la salle du conseil municipal, la quarantaine de parents font face aux élus et aux directeurs de services en charge de la cantine. Les dents ont un peu grincé devant l’absence de Vanessa Miranville, l’édile étant hors-département pour le congrès des maires.
Une première réunion avait déjà réuni ce collectif de parents et la collectivité l’année dernière, sans résultat pour les parents. Pour ces derniers, l’organisation même de cette deuxième rencontre en est la démonstration. “La cantine représente l’un des principaux budgets de la commune, avec un budget annuel de 1,3 million et 145 agents. Ce sont 3980 élèves qui mangent dans nos cantines, pour près de 620.000 repas servis par an”, tente d’expliquer la mairie pour signifier aux parents les difficultés de la restauration collective.
Mais pour ces derniers, la question est ailleurs. “Pourquoi être obligé de peser les assiettes des enfants ? Ils ne peuvent pas se resservir et les portions sont trop petites. Ils rentrent à la maison et se jettent sur leur goûter”, lance une mère. “Nout marmaille la faim. il n'y a jamais de riz, et ils ne peuvent plus voir les légumes qui sont servis. Donnez-nous des menus cohérents. Qui donne à ses enfants des pâtes sauce massalé ?”, s’emporte une autre mère de famille.
En plus de la quantité servie, les parents remettent en cause la qualité des repas. “Cela ne ressemble à rien. Ils ont eu du sosso maïs une fois, le temps de s'asseoir, il avait figé et les enfants avaient l’impression de manger du béton”, tente un père. Les prix sont jugés trop chers, car les enfants qui ne sont pas accueillis par l’école en cas d’absence sont quand même comptés comme présents à la cantine, même s’ils n’y mangent pas. Malgré les protestations de la mairie sur ce point, les parents rappellent les uns après les autres que cela leur a toujours été refusé.
Une question revient sur toutes les lèvres : pourquoi la Possession et pas les autres communes. “Partout ailleurs, la cantine est moins chère et meilleure. On veut peser les assiettes pour lutter contre le gaspillage, mais comme les enfants ne mangent rien ça ne change rien”, rappelle une autre. “Arrête prendre nout zenfants en otages. En prison nou mange mieux”, s’agace un papa. D’autant que les enfants semblent apprécier la nourriture venant des mêmes cuisines lors des journées de centres aérés pendant les vacances. “Pourquoi vous savez faire en petite quantité mais pas en grande ?”, s’interrogent de nombreux parents.
Devant ce flot de questions, Maxime Fromentin tente de distribuer la parole et promet “d’apporter des réponses”. Pourtant, rien ne sortira de cette réunion. Durant de longues minutes, les membres de l’équipe municipale vont tenter d’expliquer aux parents les obligations, notamment liées à un arrêté préfectoral de 2013 qui encadre la cantine scolaire dans l’île. “Nous respectons le cadre légal. Nous devons respecter les règles. Maintenant, nous venons d’avoir un mouvement de grève dans le service cantine, et une réorganisation est en cours”, explique le premier adjoint. “Donc cela veut dire que nos enfants resteront comme cela pour le reste de l’année ?”, s’impatiente le groupe de parents.
Si la mairie promet de faire remonter les informations transmises, la collectivité ne s’engage vraiment sur rien. L’une des rares promesses obtenues est une meilleure organisation de la distribution des invitations aux commissions qui établissent les menus.


