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La fermeture de l’usine sucrière de Stella, une histoire vieille de 45 ans !

Il y a 45 ans, l’usine Stella, comme un bouquet de senteurs aux arômes fruités de jus de canne et du sucre s’est transformée en vinaigre. Aujourd’hui encore, plein d’images me reviennent régulièrement. L’occasion de faire un petit détour dans ce jardin de souvenirs pour remémorer l’événement, pour qu’il ne sombre pas dans l’oubli.   […]

Ecrit par Jean-Claude-Comorassamy – le mercredi 10 mai 2023 à 14H59

Il y a 45 ans, l’usine Stella, comme un bouquet de senteurs aux arômes fruités de jus de canne et du sucre s’est transformée en vinaigre. Aujourd’hui encore, plein d’images me reviennent régulièrement. L’occasion de faire un petit détour dans ce jardin de souvenirs pour remémorer l’événement, pour qu’il ne sombre pas dans l’oubli.
 
Fils d’ouvrier et ouvrier comme une centaine d’autres de l’époque, j’ai assisté à la dernière réunion extraordinaire du comité d’entreprise en ce jour exceptionnel. Ce qui m’a permis d’entendre de vive voix et être témoin, l’annonce de la décision de la fermeture de l’usine sucrière de Stella en 1978. 
 
L’information a été donnée en bonne et due forme, le mardi 18 avril 1978, par le Président Directeur Général des Sucreries Bourbon M. Émile Hugot et d’un certain M. Rousseau, lors de la réunion avec les représentants du personnel, dont je faisais partie. 
 
Réunion qui a pris moins de temps que prévue et qui s’est terminée au bout de quinze minutes maximum. Puisqu’avec colère, déception et émotion, nous sommes sortis dévastés de la rencontre. Tous, visages figés et tristes quittant une salle qui a servi de lieu de rencontre. Dehors, un groupe d’ouvriers nous attendaient pour des nouvelles et quelle nouvelle ! Alors, que des rumeurs circulaient déjà sur une probabilité de fermeture, mais personne n’osait y croire.
 
Jour sombre de l’histoire sucrière 
 
Mais voilà le destin a voulu autrement. Voix étranglée par l’émotion et nous dévastés par le choc. Il revenait à Valère Villaret secrétaire du syndicat aujourd’hui décès, la lourde tâche d’annoncer aux travailleurs de l’usine, la très mauvaise nouvelle. Celui-ci sans micro et à haute voix, informait le personnel présent, de la décision du PDG de fermer l’usine définitivement. Une fermeture qui a été actée comme jour sombre de l’histoire sucrière et de la commune de St-Leu. 
 
Bien que la campagne sucrière de 1977 ait été très bonne, avec un rendement en sucre en forte hausse, et surtout malgré l’opposition du syndicat contre cette fermeture. Rien n’y fait, l’annonce est vécue comme un séisme sans précédent, qui s’est abattu sur tous et dans une incompréhension la plus totale.
 
Évidemment, l’annonce de la fermeture a été accueillie avec beaucoup de colères et parfois avec des pleurs. On peut même lire sur tous les visages, qu’un dénouement tragique venait d’arriver. Alors, que le Directeur Général cherchait à rassurer le personnel, de la possibilité d’un reclassement dans d’autres usines dès juin, possibilité d’avoir une pré-retraite pour les seniors, prime de licenciement etc, etc. Mais, rien sur le moment ne pouvait calmer cette douleur, cette colère et cette grande incompréhension à ce malheur. Désormais personne ne pourra plus rien faire, face à l’inexorable déclin qui s’ouvrait sur les familles concernées, sur les quartiers de Stella, 4 Robinets, Grand fond, Portail voire au-delà.
 
Le temps passant, malgré le traumatisme causé, beaucoup d’ouvriers ont été reclassés comme prévu mais brisés et les plus anciens ont pu bénéficier d’une pré-retraite encadrée par l’Etat. Alors que d’autres n’ont pas eu de chance de retrouver un emploi pérenne surtout les saisonniers. Cependant, quelques-uns ont été employés pendant plusieurs mois encore à démonter les pièces les plus importantes des machines, pour les remonter dans d’autres usines. Le « dépouillement » terminé, l’usine sera abandonnée à son sort jusqu’à1986. 
 
C’est en cette année de 1986, que la collectivité Régionale dirigée d’abord par Mario Hoarau qui était aussi Maire de la commune de St Leu, qui a eu l’idée de racheter la ruine restante de cette usine ainsi que plusieurs hectares de terrain aux alentours, pour redonner une autre vie au lieu, à travers un projet de Musée. Un Musée pour valoriser l’histoire, mémoire et patrimoine. Puis, avec le changement de présidence, il revenait à Pierre Lagourgue successeur de Mario Hoarau de réhabiliter les restes de l’édifice sucrier de Stella pour une transformation en Musée. 
 
Mémoire, histoire et patrimoine n’ont jamais droit à l’oubli 
 
Plusieurs années de travaux ont été nécessaires pour sa réhabilitation. Et, c’est sous l’ère du Président Pierre Lagourgue que le nouveau Musée verra jour et sera inauguré le 26 juillet 1991 en grande pompe, en présence de plusieurs hautes personnalités. Le Ministre de l’agriculture de l’époque Louis Mermaz, Émile Biasini secrétaire d’État chargé auprès de la Ministre de la culture, de la communication et des grands travaux et un panel d’autres personnalités locales et élus ont été invités. Par contre, les anciens personnels de l’usine sucrière (travayèrs tabisman Stella) ont été oubliés voire exclus en ce jour de l’inauguration. Et il a fallu attendre quelques jours plus tard, pour que la « faute » soit réparée. Alors que c’est eux la mémoire de l’usine.
 
Dix ans plus tard, en 2011, sous la présidence de Didier Robert qu’une nouvelle touche de modernité sera apportée à ce Musée et des nouveaux travaux seront entamés d’une durée de quatre ans pour une nouvelle réhabilitation. C’est ainsi que le nouveau Musée plus modernisé réouvrit ses portes le 7 juin 2015 toujours sous la présidence de Didier Robert et depuis fonctionne sous sa conception actuelle dans sa diversité Muséal enrichie. 
 
Voilà en quelques dates, l’évolution de la vieille usine qui était en ruine depuis sa fermeture en 1978, devenue Musée. 45 ans se sont écoulés depuis sa fermeture mais personne n’a oublié le traumatisme subi lors de l’annonce de la fin de vie de notre usine sucrière. D’ailleurs, quelques ouvriers rencontrés dernièrement, que ce soit Albert qui était employé comme ouvrier ou Louis en chaudronnerie n’ont rien oubliés de ce passé douloureux. 
 
Les anecdotes ne manquent pas, sur la pénibilité et la durée du travail, l’ambiance dans l’usine, la solidarité vécue, les salaires en Franc CFA, la cloche qui sonnait à 7h, les bruits des sirènes à 4h du matin, la gratification récompensant le personnel en fin de campagne, le riz chauffé au petit déjeuner et le repas du midi apportés par nos compagnes ou mères (qui ont toujours apportés un appui indispensable) à l’usine, l’alcool et le sucre distribués gratuitement, l’achat du maïs à l’usine,  haricots,  pistaches à un prix défiant toute concurrence, la petite avion d’Emile Hugot qui se posait à quelques pas de l’usine, le voyage à l’île Maurice avec le comité d’entreprise, le cinéma en plein air, place pavillon martin…Mais aussi les cauchemars de cette forme de dépaysement lors du redéploiement de ce même personnel dans les autres usines du Sud, de l’Est… Autant de souvenirs qui remontent encore en surface aujourd’hui.
 
Ces vieux souvenirs malgré les 45 années passées, ressurgissent encore en famille, entre amis et en tout temps, lors des discussions ou des échanges avec les jeunes collégiens et lycéens de Stella. Comme quoi, mémoire, histoire et patrimoine n’ont pas droit à l’oubli. A notre collectivité de s’en charger pour que la mémoire vivante soit recueillie, transmise et enseignée, avant que les derniers témoignages ne disparaissent à jamais.
 

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