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La biodiversité se dégrade à La Réunion

Reconnue pour la richesse et l'originalité de sa flore, l'île de La Réunion abrite de nombreuses espèces qui n'existent nulle part ailleurs dans le monde. L’état des lieux réalisé a porté sur l'ensemble de la flore réunionnaise (orchidées, arbres et autres plantes à fleurs, fougères et plantes alliées), soit au total 962 espèces indigènes. Au terme des analyses, les résultats montrent que 395 espèces sont menacées et 31 autres quasi menacées, tandis que 41 espèces ont déjà disparu. Le bilan dressé met en évidence les pressions croissantes qui pèsent sur la flore de l'île.

Ecrit par Bruno Bourgeon, président d'AID – le mercredi 06 décembre 2023 à 09H33

La Liste rouge des espèces menacées en France est un état des lieux détaillé du niveau de menace pesant sur les espèces de la faune et de la flore à l’échelle du territoire national. Établi selon les critères internationaux de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), cet inventaire de référence permet de classer les espèces selon leur risque de disparition, de définir les priorités d’action et d’appuyer les politiques et les stratégies de conservation de la nature. Ses résultats sont diffusés dans le cadre de l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN). Le Comité français de l’UICN, l’OFB (Office français de la biodiversité) et le MNHN (Muséum national d’histoire naturelle) sont les garants de la méthodologie scientifique et de la démarche utilisées. Réalisée avec de nombreuses organisations partenaires et un vaste réseau d’experts, la Liste rouge nationale constitue un indicateur privilégié pour évaluer et suivre l’état de la biodiversité en métropole et en outre-mer.

Comme dans la plupart des îles océaniques, les invasions biologiques par des espèces introduites constituent une cause majeure d’érosion de la biodiversité. À tous les étages de la végétation, les plantes exotiques envahissantes représentent la principale menace pour la flore native de La Réunion : la Liane papillon, d’origine indo-malaisienne, étouffe par exemple les vestiges de la forêt sèche et les derniers pieds du très rare Bois puant, classé « en danger critique », tandis que l’Ajonc d’Europe prend le dessus sur les plantes de haute montagne comme le Petit Tamarin des hauts, classé « en danger ».

Les animaux introduits menacent également la flore locale en consommant les plantes et leurs semences. C’est le cas de l’Achatine, un grand escargot d’origine africaine, ou des rats, qui mettent sous pression des espèces comme le Bois d’ortie et le Mazambron marron, classés « en danger ».

La destruction et la dégradation des habitats naturels dues à l’urbanisation et au développement agricole entraînent la disparition progressive de nombreuses espèces, en particulier dans les zones littorales et de basse altitude. Cette menace marquée concerne par exemple le Bois de lait et la Mauve, inféodés à des milieux secs, classés « en danger critique ».

En raison de leur intérêt ornemental ou de leur usage dans la pharmacopée traditionnelle, d’autres espèces sont soumises à une forte pression de prélèvement. C’est le cas du remarquable Phajus tétragone, une orchidée « quasi menacée », ou de la Cadoque blanche, victime des propriétés médicinales qui lui sont prêtées et désormais « vulnérable ».

Enfin, le déclin et la disparition des animaux assurant la dispersion des semences et la pollinisation des fleurs entravent la régénération de nombreuses espèces. L’extrême fragmentation des milieux due à la déforestation, à l’agriculture et à l’urbanisation entraîne l’isolement de certaines populations de plantes, ce qui altère la capacité des espèces à se reproduire lorsque les individus se retrouvent éloignés les uns des autres. C’est le cas du Bois de senteur blanc, « en danger critique ». Cette perte de fonctionnalité des écosystèmes risque de poser de grands problèmes dans le futur.

Depuis le premier état des lieux réalisé en 2010, les connaissances sur la flore de l’île ont nettement progressé, grâce aux programmes d’inventaires et aux prospections déployées sur le terrain par des professionnels et des amateurs. Parmi les bonnes nouvelles, quelques espèces présumées disparues comme la Lobélie petite ont pu être retrouvées. De plus, de nombreuses espèces au statut de conservation naguère inconnu, classées dans la catégorie « données insuffisantes », sont menacées.

Dans cette actualisation, l’un des faits marquants est que 95 espèces voient leur situation s’aggraver parmi les 97 connaissant un changement de leur statut. C’est notamment le cas de l’Oecéoclade versicolore, une espèce endémique dont la situation s’est dégradée en raison des prélèvements, des défrichements et des espèces exotiques, passant en 13 ans de « en danger » à « en danger critique ».

Face à ces menaces, des actions de conservation importantes ont été mises en place. Des habitats naturels sont en cours de restauration, la lutte contre les espèces exotiques envahissantes s’accentue dans les milieux prioritaires, et des espèces patrimoniales bénéficient de réintroduction ou de plans nationaux d’actions. Cependant, ces programmes n’apparaissent pas suffisants et beaucoup ne portent pas encore leurs fruits, car ils concernent principalement des plantes ligneuses qui présentent des temps de régénération longs. La préservation de ces espèces nécessite la poursuite des efforts engagés pour observer de réelles améliorations.

L’état des lieux de 2010 avait déjà permis d’identifier des priorités d’actions, d’orienter les stratégies de connaissance et de conservation et d’étendre la liste des espèces protégées de l’île. Face aux menaces croissantes, les nouveaux résultats de la Liste rouge appellent à renforcer significativement les actions de préservation, pour enrayer les pressions et sauvegarder l’exceptionnelle diversité de la flore de La Réunion. Ils incitent également à une prise de conscience collective et à un changement indispensable de nos pratiques au quotidien pour stopper et inverser la perte de notre patrimoine naturel.

Bruno Bourgeon, président d’AID : http://aid97400.re

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Omarie
2 mois il y a

N’oublions pas l’agame, cette espèce de lézard introduite sur l’île par bateaux dans les années 90. Au début, il n’avait été observé que dans l’enceinte du Port Est et environs. Tout le monde le regardait avec curiosité mais personne ne s’est inquiété de savoir comment il allait se comporter dans notre environnement. Une trentaine d’années plus tard, on se rend compte que l’espèce a proliféré de façon fulgurante et qu’elle est désormais répandue sur toute l’île.

Il se trouve que l’agame, dit « agame des Colons », est un véritable prédateur et qu’il présente une menace pour certaines faunes locales. A savoir, Il saccage les nids d’oiseaux dont ils mangent les œufs, idem pour les nids de guêpes. Il s’attaque également aux autres espèces de lézards notamment, le gecko, le margouillat… Des croisements ont même pu être observés avec le lézard plus gros qu’on trouve communément dans les jardins. Omnivore, l’agame se nourrit de tout, de fruits, de légumes, de restes de nourriture, de cadavres d’animaux, etc. Comme dit en créole : « dann son kafé, na pwin triaz ». Par ailleurs, il est porteur de salmonelles transmissibles à l’être humain.

Vous voulez essayer de capturer la bête ? Peine perdue. Rapide comme l’éclair, l’animal se déplace plus vite que son ombre. Mettez des pièges, il sait les repérer, les évite et vous « nargue » en secouant sa tête orangée.

Questions : Qu’ont fait les autorités depuis tout ce temps (près de 30 ans) et que font-elles aujourd’hui pour lutter contre cette espèce envahissante et prédatrice ? Quelle est la solution ?

Lui
Répondre à  Omarie
2 mois il y a

L’homme est aussi un animal !!
N’est il pas roi de la prédation ??!!
D’ailleurs l’homme les a la bonne place parmi les animaux !!

C’est pas insulte, c’est la vérité !!

Ensuite comme c’est une terre d’animaux chacun les a sa place !!

L’agame prolifère parceque la NATURE le veut !!

Si i raye l’agame de l’écosystème,la NATURE envoiera un plus coriace !!

Tout dans toutes choses est cyclique !!
Avec un évolution et un involution !!

Avec une expansion et une contraction !!

Cherche pas à comprendre vie la vie en harmonie tant que li mange pas de Moune…

polo974
Répondre à  Omarie
2 mois il y a

Il y a un site où on peut déclarer une observation et des gens sont habilités pour les détruire (fusil à air comprimé entre autre).
Bruno pourrait peut-être donner l’information s’il l’a.

Morcicant
2 mois il y a

La « biodiversité », ce n’est pas simplement le catalogues des espèces vivantes. Le terme « biodiversité » recouvre aussi les milieux de vie et les inter actions des êtres vivants avec le milieu et entre elles.
Le site du gouvernement
https://biodiversite.gouv.fr/la-biodiversite-cest-quoi
en donne la définition :
 » La biodiversité, c’est le tissu vivant de notre planète. Cela recouvre l’ensemble des milieux naturels et des formes de vie (plantes, animaux, champignons, bactéries…) ainsi que toutes les relations et interactions (coopération, prédation, symbiose…) qui existent entre les organismes vivants eux-mêmes et entre ces organismes et leurs milieux de vie. Nous, les humains, appartenons à une espèce – Homo sapiens – qui constitue l’un des fils de ce tissu. »

L’être humain et l’espèce vivante la plus perturbatrice de la biodiversité.
Depuis qu’il a mis le pied sur l’île, la biodiversité a commencé à se dégrader. Certains « grands bâtisseurs » à qui on a élevé des statues ont été de grands « dégradeurs » de de biodiversité.
Et les choses ne peuvent aller qu’en s’aggravant avec l’augmentation de la population avec le bétonnage à outrance, l’emprise sans cesse croissante d’infrastructures immobilières routières, agricoles, touristiques etc. sur le milieu naturel, et les pollutions de toutes sortes dans tous les milieux aériens, souterrains et aquatiques, sans parler des espèces vivantes végétales et animales introduites (la pire espèce introduite a bien été l’espèce humaine)