En souvenir d’un type bien, Michel Paquet

C’est avec peine que j’ai appris à la radio le décès hier de Michel Paquet, 81 ans, ancien percepteur. Mon pote.
Son nom ne dira rien à la plupart car cet humaniste épicurien, à la culture flamboyante, pratiquait la discrétion en même temps qu’un humour ravageur quoique pince-sans-rire.
Peut-être certains, chez les socialistes ayant encore de la mémoire, se souviendront-ils que vers la fin des années soixante, Michel fut de ceux qui, avec Hélène et René Vergnet (des Sudistes, allons !) furent parmi les fondateurs de la première section socialiste de La Réunion.
Sous ses dehors nonchalants et m’en-foutistes, Michel était un bosseur. Arrivé chez nous en qualité de simple contrôleur du Trésor, il mena, parallèlement à son travail, des études. Il effectuait formation sur formation pour grimper dans sa hiérarchie. C’est ainsi que, ti pas-ti pas, il accéda à la fonction redoutée de percepteur inspecteur du Trésor. Toute la dernière partie de sa vie, il l’a passée en qualité de percepteur du Tampon.
Nous avons partagé un appartement quand il était en stage au Trésor public à Saint-Denis et que je faisais semblant d’étudier le Droit. L’amitié est née immédiatement car cet homme-là, on ne pouvait pas ne pas l’aimer. Il avait de l’humour, un amour sans faille de la vie, un amour du genre humain (et féminin), une compassion à fleur de peau envers les délaissés. Il le camouflait sous une épaisse carapace d’impassibilité car il était pudique aussi.
Son appétit gargantuesque n’avait d’égal que… le mien. Il me reste ne mémoire le souvenir d’un gargantuesque couscous, rue du Faubourg-Montmartre, où le patron, à la fin, nous a mis la bouteille d’alcool de figue gratos sur la table… pour le spectacle que nous avions donné à liquider scrupuleusement la moindre graine de semoule de nos assiettes respectives.
Après quoi, pour nous dégourdir l’esprit et le corps, nous étions allés nous rafraîchir les idées rue Godeau-de-Mauroy, non loin… Vous connaissez ?
Michel rencontrait un succès époustouflant auprès de la gent féminine. Normal… C’était un grand baraqué, avec une fine barbe et un petit bedon qui, paraît-il, plaît bien aux dames. Il les aimait et elles le lui rendaient bien. Et puis, un jour, il a fini par se caser jusqu’à devenir un compagnon modèle. Toutes les bonnes choses ont une fin.
J’ai encore le souvenir, avec Michel, de longues discussions à bâtons rompus dans notre petit appartement de la Tour du Bois-de-Nèfles, à refaire le monde autour de quelques bons verres, jusque très tard dans la nuit. Le socialiste qu’il était acceptait (j’étais moins âgé que lui) que le petit jeune mît sur la table ses idées gaullistes… qu’il honorait. Ce fut lui qui m’apprit, le premier, que le Général était tout-de-même l’homme qui avait accordé le droit de vote aux femmes et la Sécurité sociale à tous les Français.
Nos bavardages sans frontières tournaient souvent autour de la mythologie, qu’il avait intégrée par cœur, et dont nous partagions la même passion. Nous « causions » femmes aussi, nous insurgeant contre le manque évident de respect envers elles et le manque de considération professionnelle dont elles faisaient l’objet alors. Plus diverses considérations qui n’ont rien à faire ici !
Voilà pour l’essentiel car je pourrais rester des heures à parler de ce succulent bonhomme et de ses grands éclats de rire chaleureux. Qui vont sacrément nous manquer.
Jules Bénard


