Diglossie n’est pas bilinguisme

Le bilinguisme c’est parler deux langues (français et anglais, allemand et chinois, arabe et grec etc.) tandis que la diglossie c’est parler une langue et un patois (français + patois de la vallée de la Bruche, par ex.).
Dire à des enfants (et à leurs parents) qu’ils sont bilingues alors qu’il pratiquent une diglossie (français + kréol), c’est leur mentir.
Il n’y a pas de honte à être diglosse, du moment qu’on le sait et qu’on l’apprécie.
Depuis un peu plus de 40 ans, des gens cultivés mais politiquement très (dés)orientés ont cru bon mettre notre créole réunionnais au rang d’une langue alors que c’est un patois (je n’ai pas écrit « alors que ce n’est Qu’un patois »).
La différence entre un patois et une langue est la même que celle entre un cyclomoteur et une motocyclette.
Tous deux ont deux roues, un guidon, un moteur et une selle mais tous deux n’ont pas la même puissance.
Outre le nombre de mots (un peu moins de 2 500 mots pour le créole et plus de 80 000 pour le français), c’est l’étendue de son emploi qui fait d’un idiome qu’il est un patois, un dialecte ou une langue.
Le patois, c’est au maximum un département, un dialecte c’est deux départements, une langue régionale s’étend sur plusieurs départements (occitan, par ex.) et une langue est utilisée sur tout le territoire (France, Angleterre, Espagne etc.).
Deux choix aberrants ont été faits au départ : affirmer que notre créole est une langue et prétendre qu’il ne fallait surtout pas l’écrire comme le français, dont il est issu à plus de 90 %.
Un choix retenu par Chaudenson, Baggioni, Armand, Marimoutou (le frère du nouveau recteur), Honoré, Gauvin, Waro.
Robert Chaudenson a été le seul à avoir admis, dans une conférence à l’université du Moufia à laquelle j’ai assisté, que ce choix de graphie était erroné. Ce qui n’a pas empêché les autres de persévérer, à tort, dans cette voie.
An randan notre patwa difisil a lir é a ékrir, no zami si desu nomé se son fé lé zotantik foswayeur du kréol.
Il ne faut pas, comme Axel Gauvin, nier la réalité (débat avec moi sur Antenne Réunion) : à Saint-Denis, en tout cas, je n’entends quasiment plus les gamins parler entre eux en créole.
D’autant plus que les petits Mahorais eux-mêmes parlent français entre eux lorsqu’ils jouent. Leurs parents leur ont d’ailleurs formellement interdit de s’exprimer en créole.
Quel avenir pour notre créole ?
Il est sombre, très sombre.
Ce n’est pas en assurant des cours de LCR « an kréol » ni en poursuivant des licences et des masters de « kréol » que l’on va pérenniser notre patois.
Pour l’instant, seuls nos ségatiers et maloyeurs assurent véritablement la survie du créole réunionnais.
Mais comme le mauvais pli a été pris et transmis par les défenseurs auto-proclamés de notre idiome réunionnais, il est à craindre, si l’on ne redresse pas la barre (c’est très mal parti !), que d’ici à vingt-cinq ans plus personne ne s’exprimera dans notre charmant créole à La Réunion.
Il s’éteindra de sa belle mort comme il y a tout juste quelques années le patois de la vallée de la Bruche, au sud-ouest de Strasbourg (on retrouve une bonne dizaine de ses mots dans notre vocabulaire créole réunionnais).
Armand GUNET
Auteur du Grand Lexique créole (épuisé)


