Désintox

Après le cours de métaphysique politique qui nous a fait passer du formel au réel et qui demain nous prépare à la pornographie (qui est le réel du réel) s’est mise en marche la machine à gloire au fonctionnement de laquelle ont été convoqués à participer John Rawls, Condorcet et Dominique Strauss Kahn.
Les pseudos socialistes pays n’ont pas voulu être en reste et, dans leur coin, se sont livrés à un exercice d’enfumage, prétendant que tout allait réellement de mieux en mieux à La Réunion.
Quel mépris pour les citoyens que de les assommer de contre vérités. Et en même temps quelle passivité coupable de la part des journalistes qui rendent compte de ces sornettes, débitées au cours de conférences de presse bidons, sans formuler la moindre objection.
La réalité est plus cruelle.
Sur le chômage d’abord :
Les demandeurs d’emploi de cat A étaient 122.500 en mai 2012 ; ils sont aujourd’hui 136.220, soit 11% de plus.
Si on consolide les 3 catégories A, B, C ils étaient 139.410 ; ils sont aujourd’hui 160.810, soit une évolution de 15 %.
On comptait en mai 2012 72.560 chômeurs de longue durée ; on en dénombre aujourd’hui 88.720, soit 22 % de plus.
La seule embellie est venue du chômage des jeunes, qui est passé de 19.950 en mai 2012 à 19.200 4 ans plus tard ; mais c’est une évolution en trompe l’œil pour deux raisons : le volume des nouveaux entrants sur le marché du travail est en décroissance régulière tandis que les sorties dans cette classe d’âge sont évidemment constantes en ce sens que quand on a 25 ans une année, on en a 26 l’année suivante et l’on sort donc des statistiques. Deuxième raison : cette stabilisation du taux de chômage des jeunes actifs n’a été obtenue qu’au prix d’un recours massif aux emplois aidés, ce que tout le monde sait faire avec l’argent du contribuable. Les statistiques de Pôle Emploi sont éclairantes à ce sujet. Considérez donc les demandeurs classés dans le bulletin mensuel sur la DEFM en cat E qui recense les emplois aidés. Vous constaterez qu’ils totalisent chaque mois en moyenne 15.000 soit 5.000 de plus que sous Sarkozy. Moralité : s’il n’y avait pas eu ces emplois aidés et en dépit de la décroissance des entrées dans la population active, le chômage des jeunes actifs (et non pas des jeunes comme on entend trop souvent) serait resté au niveau de 2012.
Concernant la création d’emplois, si l’on se réfère à l’étude du CEROM de sept 2015, on constate que le rythme moyen de créations d’emplois dans le secteur marchand était entre 2001 et 2007 de 5.170 emplois marchands/an. Ce rythme s’est effondré après la crise de 2008 pour passer à 2.020 emplois/an entre 2007 et 2013. Pour 2014 et 2015, nous ne disposons pas de chiffres définitifs mais on est loin d’avoir retrouvé le rythme des années 2001 à 2007 où il n’existait pas de CICE !
Sur le soutien aux travailleurs pauvres :
On se souviendra que la mesure la plus généreuse en la matière a été prise sous Sarkozy, avec la création du RSTA, mesure que les socialistes se sont empressés de supprimer à leur arrivée au pouvoir.
La création récente, et en fin de mandat Hollande, de la prime d’activité n’effacera pas cet affront. Contrairement à ce qui est avancé, la prime d’activité se substitue à la prime d’emploi et au RSA activité et ne coûtera pas un sou de plus à l’Etat. Le nouveau régime ne fait qu’opérer une redistribution entre catégories d’ayant droit : il y aura des gagnants sans doute mais il y aura aussi des perdants.
Sur le maintien des dotations de l’Etat
La gauche locale ne fait que reprendre les sempiternels arguments des politiciens de tous bords et de la techno-structure administrative locale qui la soutient qui sont des spécialistes de la voltige budgétaire et statistique.
Ils ont malheureusement oublié que depuis plusieurs siècles a été inventée l’imprimerie et qu’internet a pris le relais depuis quelques décennies.
Je vous suggère donc de vous reporter à ce que l’on appelle désormais les "documents de politique transversale" qui sont publics et publiés. Il y en a un consacré spécifiquement à la Mission Outre Mer.
Vous pouvez y accéder en allant sur le site [www.performance-publique.
Ce document qui est désormais annexé à la loi de finances est une mine de renseignements sur toutes les politiques de l’Etat outremer et donc à La Réunion.
Il comporte au surplus un volet évaluation où vous apprendrez que les administrations naviguent généralement à vue (absence d’indicateurs et de résultats) et que les politiques publiques ne sont pas aussi efficaces qu’on le prétend.
Si vous n’avez pas le temps de lire tout le document, allez directement à la page 291 pour le DPT 2015 et 306 pour le DPT 2016.
Monique Orphée eût été bien avisée de s’y référer plutôt que de nous débiter des âneries de circonstance.
Ainsi, se référer au seul budget du Ministère des outre mer pour nous garantir la constance des efforts budgétaires de l’Etat à La Réunion, en prétendant qu’il serait en hausse de plus d'1 milliard, n’a aucun sens. Les crédits de ce ministère ne représentent qu’une faible partie des crédits injectés par l’Etat dans l’économie locale. Le champ d’intervention de ce budget est au surplus chaque année modifié pour intégrer d’incessantes redistributions de charges entre les ministères techniques ou les opérateurs et le ministère des OM.
La vérité est plus triviale : les deux principaux postes du budget de l’Etat aux OM sont constitués de la masse salariale des fonctionnaires affectés OM (40 % du total des crédits d’Etat) et des dotations aux collectivités locales (23 %). Et La Réunion n’a pas échappé aux économies imposées à l’ensemble de la Nation sur la maitrise des effectifs et la baisse des dotations aux collectivités locales qui plafonnent à 1 milliard d’euros alors que la population réunionnaise est en croissance forte .
Au total force est de constater, à rebours de ce qui nous est dit, que les crédits de l’Etat à La Réunion ont fléchi ces dernières années .
En 2013 ils représentaient 4,545 milliards d’euros, en 2014 4,504 milliards et en 2015 4,379 milliards.
Cette baisse affecte toutes les missions y compris celle de l’éducation, pourtant affichée comme prioritaire.
Pour 2016 le mouvement de baisse se poursuit et s’accentue même. L’affichage d’une hausse de 250 millions n’est qu’un trompe l’œil puisqu’elle concerne le programme 109 "aide à l'accès au logement". En fait il s'agit d'un simple aménagement technique de présentation qui n'aura aucune incidence sur les droits "réels" des Réunionnais. En effet à compter du 1er janvier 2016, l’État finance l'allocation de logement familiale, en plus de l'allocation de logement sociale. C'est la raison pour laquelle un saut important est constaté entre les valeurs 2015 et les valeurs 2016. L'allocation de logement familiale était financée ici par la branche famille de la sécurité sociale.
La question que pose cette affaire est triple :
- Pourquoi les politiques nous racontent ils (elles) des salades ?
- Pourquoi les journalistes ne font–il pas leur boulot de décryptage ?
- Pourquoi la population se satisfait elle de ce statut de sous citoyen auquel on les assigne ?
Une autre question me vient à l’esprit : pourquoi les administrations publiques sont elles si réticentes à communiquer aux citoyens les informations pertinentes, alors que la loi de 1978 (votée sous Giscard d'Estaing) était censée nous garantir l'accès aux documents publics ?
6 exemples :
- Le dernier rapport de la commission sur la transparence de la gestion des emplois aidés remonte à février 2015
- Le comité départemental de l’habitat qui publie des informations essentielles sur les programmes de logement sociaux sont publiés avec 3 ans de retard
- L’IEDOM qui dans son rapport annuel d’activité rendait compte de l’ensemble des transferts budgétaires et sociaux a cessé de le faire depuis 2014
- Le rapport d’activité des services de l’Etat à La Réunion est réduit à une feuille de choux avec des informations contredites par le DPT
- Les données sur les relevés de prix du bouclier qualité prix ne sont pas accessibles si au moins elles existent
- Notre députée se réfère à des statistiques sur la création d’emplois marchands invérifiables puisque les derniers chiffres publiés par l’INSEE remontent à septembre 2015
Consolation : dans la presse de samedi, notre procureur général de la république s’est autorisé un accès de réalisme, sans doute porté par l’élan métaphysique qu’a impulsé notre gouvernement. Il a dressé un tableau un peu moins glorieux que celui que voudrait nous dessiner la fédération locale du PS : la délinquance générale a augmenté chez nous en 2015 de 9,8% , les atteintes aux personnes de 10% , les cambriolages de 24 % et les vols de voitures de 40%.
Et afin que nous ne sombrions pas dans le plus total nihilisme, soucieux d’efficacité parlementaire, notre nouveau député esquisse les contours d’une nouvelle constitution en déclarant : "Je vais travailler au service du gouvernement et dans l’intérêt des Réunionnais". Exit donc la séparation des pouvoirs et l’interdiction du mandat impératif et vive l’égalité réelle.
Pierre BALCON


