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Courrier au Président de La République, à la Ministre de L'Outremer et à Ericka Bareigts

Ecrit par zinfos974 – le lundi 22 février 2016 à 13H02

A Monsieur François HOLLANDE, Président de La République
Madame George PAU-LANGEVIN Ministre de l’Outre-mer
Madame Ericka BAREIGTS Secrétaire d’Etat à l’égalité réelle
                                 
Nous sollicitons une nouvelle fois, votre attention et votre aide afin d’intervenir auprès du Préfet de La Réunion, pour célébrer dans cette île, la journée nationale du 10 mai, reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Nous sommes un certain nombre de Réunionnais, à vivre cette non-célébration comme une discrimination, comme une relégation à la marge de l’histoire. Et, nous saurons le faire entendre.
 
Depuis le 07 avril 2014, nous avons tenté par plusieurs courriers de faire entendre notre demande au préfet. Ce dernier reste sourd malgré notre insistance. Le 10 mai dernier, nous nous sommes enchaîné toute une journée devant la préfecture.

A la suite de cette journée, nous nous sommes engagé dans une marche de 25 jours dans l’île parcourant ainsi plus de 1000 km, pour marquer notre demande et son refus, et pour expliquer notre démarche. Les services de la préfecture n’ont émis aucune réaction à la suite de ces courriers et de ces actions.  
 
Une première demande vous a déjà été adressée au début de l’année 2015. Votre réponse, réf : PDR/SCP/BEAR/D028774, Monsieur Le Président de La République, de transmettre notre demande à Madame la ministre de l’outre-mer, sans examen approfondi. Puis la réponse de la Ministre : réf CAB15/03/15-011896-D ; éludant le problème et cautionnant l’attitude préfectorale stipulée par courrier N°1410 en date du 26 novembre 2014, est inacceptable pour nous et pour un certain nombre de Réunionnais.
 
Tous, vous nous renvoyez à la date de commémoration de l’abolition de l’esclavage le 20 décembre à La Réunion. Or, la date du 10 mai, instaurée comme journée nationale, est la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité.

Cette date doit être célébrée par les services de l’état à La Réunion. A moins de vouloir perpétuer une discrimination de La Réunion et par conséquent des Réunionnais dans l’histoire, comme ce fut fait à d’autres dates.
 
Nous ne pouvons entendre de tels arguments. Car quoi qu’en disent les négationnistes ou ceux qui veulent amoindrir les effets de l’esclavage sur notre peuple, il fut ici, comme partout ailleurs un CRIME odieux, dont nous n’en sommes peut-être pas tout-à-fait sorti. Ne pas célébrer le 10 mai à La Réunion, consisterait à perpétuer ce crime, ou à le nier, ce qui est aussi grave.

Nous savons aussi qu’ils sont partagés hélas par beaucoup de Réunionnais qui n’ont pas compris le sens de cette date, simplement parce qu’ils ont été maintenus dans l’ignorance depuis huit ans. Tout comme était partagé par les plus anciens d’entre nous cette vérité absolue que nos ancêtres n’étaient que Gaulois. Tout honnête homme est conscient de l’anachronisme d’une telle situation.
 
C’est pourquoi que nous vous demandons, à vous Monsieur le Président et Mesdames les Ministres, d’intervenir auprès du Préfet,  pour mettre un terme à ce silence, à ce déni, qui peut paraître futile à certains.

Mais qui ne l’est pas dans l’absolu et qui l’est encore moins pour nous car, cette " histoire du silence" est  la nôtre. C’est aussi avec un espoir de guérison de notre âme que nous tentons de lui donner la parole et de la faire respecter. L’enjeu n’est donc pas d’ordre intellectuel, juridique, idéologique ou politique. L’enjeu est d’abord humain. C’est d’abord notre humanité que nous souhaitons faire entendre en parlant nous-mêmes de notre histoire avec notre propre ressenti, dans un contexte qui est le nôtre.

Refuser de nous entendre c’est donc encore et toujours nous réduire au silence, c’est nous considérer comme des citoyens de seconde zone, c’est nier ce qui fait notre propre humanité dans la grande  histoire humaine. Au nom de nos ancêtres qui n’ont jamais pu le dire : "Donnez-nous enfin un peu d’espoir".

Veuillez agréer Monsieur Le Président et Mesdames les Ministres,  l’assurance de nos sincères salutations.
                             
Christophe BARRET

 

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