Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

À bout de souffle

Ecrit par zinfos974 – le dimanche 6 mai 2012 à 10H11

Actes de vente en main, trois rebelles, skippers de profession, font une arnaque dans leur île natale, vendant à des gogos les deux bateaux du patron. The boss businessman d’origine française, installé à la Gaulette dans l’île Maurice. Entourloupe sans violence, le butin est maigre douze mille euros quand même en liquide, du cash, ça ne laisse pas de trace. Ensuite, ils font main basse sur un canot de sauvetage pneumatique mouillant au port, ils s’embarquent pour l’aventure. Ils ont des jerricans remplis d’essence, des friandises pour la faim, de l’eau pour la soif.

Les jeunes garçons naviguent, dérivent pendant deux jours et une nuit avant de s’échouer sur les rochers, sur la plage de Grand Bois. Dans leur folle épopée, ils pensaient à tort rejoindre facilement Madagascar. Vite, la préfecture ne perd pas de temps pour renvoyer les intrus à la frontière de l’île, la frontière c’est le terme employé. J’en vois un qui rigole. Les garçons de dix-neuf et vingt-ans risquent gros, dix-ans !

La prison mauricienne est redoutable. Incarcérés antérieurement durant trois mois déjà, ils craignent pour leur sécurité. L’univers carcéral est pour eux la pire expérience possible, cette raison les sollicite à fuir le pays. Dans les geôles Mauriciennes, les assassinats déguisés en suicide ne sont pas rares. Le chanteur de reggae Kaya allonge la liste des victimes de bavure. Retrouvé mort un matin, sur son corps des traces de coups. La police, la justice est sévère mais la population est épatante, accueillante, admirable de gentillesse dans l’île sœur.

Les frères Yanesh et Kris et leur pote Ludovic méritent mieux que la prison.
Le JIR écrit à sa Une :
"Au secours la liberté est en danger, face aux envahisseurs ennemis publics No 1" Ce journal de Droite est à vomir.
J’entends le refrain préféré de radio Freedom :
"Nous sommes trop sur la terre. Nous n’avons même plus un petit bout de terrain à nous, on n’a plus rien !"
Freedom, une radio quelconque. Sur les ondes, on entend la haine ordinaire à longueur d’antenne. Le Préfet, ainsi que les Juges réunionnais, restent de marbre devant la demande de refus d’extradition des trois gamins.
- Demande rejetée, au suivant !

Qui, a le droit de condamner celui qui cherche à s’évader, se faire la belle, voire même habitant d’un pays libre. Il faut absolument classer cette affaire dans les aventures insolites. Le délit de vol de la petite embarcation est une erreur de jeunesse. D’une grande part d’inconscience, il en résulte un exploit hors du commun. Une nuit, deux journées passées sur un frêle esquif, à la merci des quarantièmes rugissants, des gamins perdus au beau milieu de l’Océan Indien. Quand je pense aux marins chevronnés, préparant en grands professionnels leur bateau de rêve bourré d’électronique, s’entraînant pendant des mois pour la traversée Réunion-Maurice.
Marquons le coup et pourquoi pas avec les félicitations de Maud Fontenoy, la marraine de la mer à contre courant.

Je ne pense pas l’espace d’une seconde, que les trois naufragés volontaires soient de dangereux individus. Le danger était pour leur vie pendant la traversée. Je ne me fais pas l’avocat du diable. Le démon est ailleurs. Il est extrême. Chez ceux qui pour un oui pour un non sont toujours prêt à tirer sur l’ambulance. Il faut être borné et inculte, avec l’envie de propager la haine pour passer son temps à peigner la girafe. Il faut rien avoir à faire d’autre pour penser que notre territoire sera envahi par trois jeunes téméraires venus de l’île blonde. Rêvant d’aventures extraordinaires. La belle vie en liberté.

Recherchés activement par toutes les brigades de la Réunion, les globe-trotters n’ont pas le goût perdu pour la randonnée, dans le paradisiaque cirque de Mafate. Pas question de voitures, vélos ni mobylettes, ici ce sont les mollets qui travaillent, même le facteur y vient à pied. Personnellement, je garde un souvenir extraordinaire quant à la beauté de la nature. Il faut de bonnes jambes croyez-moi, de l’endurance pour venir en touriste, hormis ceux qui choisissent l’hélicoptère comme moyen de locomotion.

Les fins limiers de la police, les képis sont encore une fois ridiculisés devant toute la population, car avant d’arriver à Roche Plate, les garçons ne passent pas inaperçus sur la route, faisant la diagonale de l’île à pied, en bus et auto-stop à visage découvert, tout le monde les voit sauf les flics.

Après les déferlantes, les coups de boutoir, les embruns. L’accostage est périlleux sur les rochers pointus de Grand Bois. Ensuite, la traversée est infernale. Attaquant à pied la montagne, le répit est de courte durée dans le confort de la végétation de Marla, la luxuriante.

Les trois gaillards remplis de bonne volonté, insouciants du tintamarre médiatique qu’ils provoquent depuis une semaine, fatigués par la traversée pédestre, dans la montagne volcanique de la Réunion. Fourbus, éreintés, cassés, ils font une halte réparatrice à l’abri de la pluie, dans une des nombreuses grottes naturelles qu’on dirait qu’elles ont été creusées par la main de l’homme. Les parois sculptées par le temps, le vent et l’eau. Le périple des trois amateurs de camping sauvage forcé prend fin à l’arrivée de douze policiers chevronnés, armés jusqu’aux dents. Les mutins n’opposent pas de résistance, bien contents que leur aventure prenne fin. Lorsque les forces de l’ordre lancent l’assaut, il en manque un, parti faire ses courses dans l’unique boutique de Marla, étonné de voir qu’un petit pain au chocolat peut atteindre la somme de deux euros.

Dans les journaux, il faut un certain culot pour écrire que notre sécurité est menacée par l’ennemi public N°1.
Je suis de tout cœur avec eux. Bon vent, pour les aventuriers du temps moderne. Le ciel bleu, toute la vie !

Gilles Bayet.

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :