Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

Lettre ouverte à Madame La Ministre Najat Vallaud-Belkacem

Ecrit par zinfos974 – le mardi 19 février 2013 à 09H29

QUEL AVENIR encore pour les JEUNES REUNIONNAIS ?

Voilà tout simplement la question angoissante que se posent des milliers de familles à la Réunion. Si le taux de chômage, tous âges confondus, représente 30,4% de la population active, il atteint 61,9% pour les jeunes de 16 à 25 ans et de plus en plus qualifiés ! L’offre d’emplois est cruellement dérisoire par rapport à la demande. Par exemple, à Saint-Pierre, selon nos informations, il y aurait en moyenne une offre d’emploi pour mille inscrits. La situation est devenue ingérable pour les conseillers de Pôle Emploi. Loin de nous l’idée d’imputer sans distinction cette situation dramatique au Président F. Hollande ou à son gouvernement. Les Réunionnais ont en réalité largement été délaissés par les politiques de l’offre de la Droite.

Cependant, au regard des espoirs qu’ont placés les Réunionnais en F. Hollande en l’élisant (194 086 voix au 1er tour soit 53,3% des suffrages et 286 109 voix au second tour soit 71,5% des suffrages), ils méritent que notre gouvernement porte un regard particulièrement attentif à la situation de l’île et prenne, coûte que coûte et en urgence, des solutions d’envergure ! Sachez seulement, Mme La Ministre, qu’en annonçant « Le changement, c’est maintenant ! », les Réunionnais vous ont littéralement pris au mot.

Certes quelques efforts sont annoncés par-ci, par-là. Les emplois avenir notamment. Mais, au nombre théorique de cinq mille, ils seront nettement insuffisants pour s’attaquer au stock, cependant que l’économie dite marchande ne peut même pas, au vu de la dégringolade depuis quatre ans de sa croissance, absorber quant à elle le flux des nouvelles demandes. La part résiduelle incombant aux collectivités et associations risquant par ailleurs et au passage de les contraindre au renoncement. De surcroît, vous seriez très inspirée de dire aux Réunionnais ce que le gouvernement compte faire pour compenser les quelques 530 millions de défaut de l’Etat auprès du Conseil Général (CG). Quelques 120 000 allocataires des minima pourraient y trouver, si le CG le veut bien, une majoration de leur revenu de survivance.

La situation, Madame La Ministre, est extrêmement grave. Le feu couve un peu partout. Les familles croient de moins en moins aux vertus de l’Ecole de la République. La société poursuit son délitement malgré les digues posées par les nombreuses bonnes volontés. Le modèle d’intégration réunionnais finira alors par se fracasser sur les larges récifs de la trop grande pauvreté et de la trop grande précarité.

Vous n’aurez aucune difficulté, Madame La Ministre, en vous imprégnant des principaux indicateurs sociaux, à admettre que la transposition de l’économie de « la concurrence libre et non faussée » ne peut être la solution pour l’île. Il vous faudra alors convaincre le Conseil Européen d’abandonner cette pure folie, et de revoir sa politique monétaire et bancaire. Il vous faudra aussi admettre que La Réunion
ne pourra faire société que dans un modèle d’économie mixte. L’argent public injecté dans les entreprises, sous quelque forme que ce soit, doit imposer en contrepartie un partage de pouvoir. La relance économique ne pourra pas se faire si vous ne vous attaquez pas à la demande. N’imaginez surtout pas pouvoir alors vous tirer d’affaire en pratiquant la parcimonie. Les mesures sur la compétitivité que le gouvernement s’apprête à faire adopter par le Parlement fragiliseront encore plus la situation des salariés dans les entreprises et seront sans effet significatif sur la croissance. Pour notre part, nous ne vous avons pas élus pour faire régner la tyrannie dans les entreprises.

La banque publique d’investissement nouvellement créée doit se déployer outre-mer. Ses moyens doivent, il est vrai, être revus à la hausse. Elle doit pouvoir porter l’ensemble des programmes de moyen et long terme (train, énergie renouvelable, pêche, traitement des déchets, logements sociaux et libres, aménagements, environnement, services à la personne, équipements culturels…). Pour le court terme, elle doit pouvoir offrir des facilités de caisse aux entreprises citoyennes actuellement en difficulté.

D’une manière générale, La Réunion ne peut plus se satisfaire d’être seulement un comptoir pour les multinationales. Nous devons passer à la loupe chacun des articles « importés » et répondant à nos vrais besoins, et examiner si leur production peut être localisée en concevant s’il y a lieu des unités de production à notre échelle pour d’éventuels échanges dans la zone Océan Indien.

Malheureusement, Madame La Ministre, toutes ces mesures pourtant nécessaires vont à l’encontre de la politique d’austérité menée par F. Hollande et son Premier Ministre J-M. Ayrault, qui, en supprimant 60 milliards des budgets publics sur cinq ans, va empêcher des milliers de jeunes Réunionnais de construire leur avenir, de vivre tout simplement.

Si gouverner c’est faire des choix, nous – au Front de Gauche – n’aurions pas fait un tel choix, en période de crise généralisée, de récession même en ce qui concerne la Réunion. Nous avons besoin du potentiel d’intelligence et de créativité de cette jeunesse. Elle est l’avenir de notre pays. Permettez-nous alors, en leur nom, de vous demander, Madame La Ministre, d’interpeller le Chef de l’Etat et les autres membres du gouvernement pour qu’ils veuillent bien la considérer à sa juste valeur.

Veuillez agréer, Madame La Ministre, l’expression de nos cordiales salutations.
Pour les Co-Présidentes des Comités du Parti de Gauche :
Marie Jo Lagrange – Comité Nord-Est,
Michelle Brunet – Comité Grand Ouest,
Soah Defrance – Coprésidente de la Coordination
Christiane Sabarly – comité Grand Sud
Eloïse Geers, responsable du réseau jeune

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :